‹ Esclaves, serfs et mainmortablesChapitre 6 sur 111 · Exode, I · texte numérisé non relu

Exode, I

L ESCLAVAGE EN OEIENT ET EN GKECE. 15

coûté une vie liumaine. « Quand, malgré les travaux écrasants, les mauvais traitements, les privations de toute nature, les populations asservies se multipliaient trop rapidement, et commençaient à inquiéter par leur nombre les politiques égyptiens, ceux-ci avaient recours aux expédients les plus barbares pour en arrêter subitement la croissance : l'édit dii "^ Pharaon commandant de mettre à mort tous les enfants mâles des Hébreux montre jusqu'où pouvait aller leur cruauté.

Les étrangers ainsi transplantés de gré ou de force en Egypte étaient de vrais colons ou serfs attachés à la glèbe, desquels on exigeait, comme aujourd'hui encore des f^ahs, des corvées et des redevances de toute nature. Le document suivant, traduit par M. Maspero, s'appliquait-il à eux, ou bien à la population rurale libre ? Je ne sais, mais il est intéressant de le citer, soit comme peinture des misères infligées en Egypte aux serfs de la glèbe, soit comme témoignage du mépris et de l'oppression qui pesaient dans ce pays sur le travail manuel, quelle que fût la condition de celui qui l'exerçait.

C'est un papyrus du British Miiseiiui, contenant la correspondance du chef des bibliothécaires de Ramsès avec un de ses amis. « Ne t'es-tu pas représenté, lui demande-t-il, l'existence du paysan qui cultive la terre?... L'attelage se tue à traîner la charrue. Le collecteur des finances est sur le quai à recueillir la

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dîme des moissons : il a avec lui des agents armés de bâtons, des nègres avec des lattes de palmier ; tous crient : « Çà, des gi'ains. ^ S'il n'y en a pas, ils le jettent à terre tout de son long ; lié, traîné au canal, il y est plongé la tête la première. Tandis que sa femme est enchaînée devant lui, que ses enfants sont garrottés, ses voisins les abandonnent et se sauvent poui' veiller à leurs récoltes, n A-t-on remarqué ce mot : - L'attelage se tue à traîner la charrue ? n J'en trouve le commentaire dans une peinture du musée égyptien du Louvre, qui nous montre, entre autres scènes de vie agricole, quatre hommes, probablement esclaves, attelés deux à deux comme des animaux et traînant la charrue dans la plaine de Thèbes (1).

D'une civilisation étrange, grandiose, comme celle de l'antique Egypte, passons à une civilisation plus rapprochée de nous, plus proportionnée, si l'on peut dire, à notre taille, et de laquelle nous avons beaucoup plus reçu, la civilisation hellénique : le spectacle qui se présente à nos regards est le même. L'esclavage exista chez les Grecs dès les temps chantés par Homère. Plus la société grecque s'affermit, plus les armes grecques étendirent leurs conquêtes, plus

1. Salle civile, armoire E. — Voir Emm. de Eougé, Notice des monuments e'gyiAiois du musée du Louvre, Paris. 1876, p. 85.

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