L ESCLAVAGE EN ORIENT ET EN GRECE
les navigateurs grecs ouvrirent au commerce des routes nouvelles, plus aussi l'esclavage envahit les glorieuses et florissantes cités de la péninsule hellénique, ^ • Il y reçut deux formes principales : le servage rural et la servitude domestique. Les pénestes de la Thessalie, les périèques et surtout les ilotes de la Laconie, les cynophiles de Corinthe, les ornéatés, les cynuriens et les gymnètes d'Argos, les craulides de Delphes, les conipodes d'Epidaure, les corunéphores de Sicyone, les cylicranes d'Héraclée, les mnoïtes de Crète, étaient des serfs, c'est-à-dire des cultivateurs attachés à la glèbe, et travaillant pour des maîtres : c'étaient les débris de peuples primitifs, vaincus et asservis par des races conquérantes.^ Ils dépassaient considérablement leurs maîtres en nombre et en force réelle. Ainsi, à Sparte, on comptait 140 mille périèques et 220 mille ilotes, pour 32 mille Spartiates (1). Les périèques, bien qu'exclus des droits politiques, jouissaient d'une assez grande liberté, et constituaient plutôt une classe inférieure qu'une catégorie d'esclaves proprement dits. Mais le joug le plus dur pesait sur les ilotes ^^Esclaves de l'Etat, ils cultivaient les terres que celui-ci, considéré comme le véritable propriétaire du sol, avait
1. "Wallox, Hi^t. de l'esclavage dans l'antiquite'f Paris, 1845, t. I, p 109.
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partagées entre les hommes libres. Ils payaient à leurs maîtres une redevance en nature, que la loi avait fixée une fois pour toutes : le surplus des fruits leur appartenait. Ils travaillaient pour nourrir les orgueilleux citoyens de Sparte, auxquels Lycurgue avait interdit toute profession lucrative, et inspiré le plus grand mépris pour le travail (1). Le sort des ilotes eût pu être assez heureux, s'ils n'avaient été traités avec une véritable férocité. Quelques auteurs rapportent qu'on les flagellait tous les ans, et que si quelqu'un d'entre eux devenait trop vigoureux, il était mis à mort. Non seulement on leur interdisait les chants mâles et les danses belliqueuses de leurs maîtres, mais, les jours de fête, on les faisait boire avec excès, afin d'inspirer aux jeunes gens libres, par ce dégradant spectacle, le dégoût de l'intempérance ./Aristote dit que, chaque année, les magistrats entrant en charge déclaraient la giierre aux ilotes. Les jeunes Spartiates quittaient alors la ville, armés de poignards : ils se répandaient dans la campagne, employaient la journée à dresser des embuscades, et, la nuit, égorgeaient tous les ilotes qu'il rencontraient sur les chemins : c'est ce qu'on appelait la cryptie. Il paraît impossible de révoquer en doute
1. Voir FusTEL DE CouLANGEs, Z)(6 droit de propriété à Sparte, dans le Journal des Savants, mars, avril 1880, et Claudio Jannet, Les Institutions sociales et le droit civil à Sj-iarte, 2*^ édit., Paris, 1880.
l'esclavage en OEIENT et en GEÈCE. 19
cette épouvantable coutume, qui a pour elle l'autorité d'Aristote et de Plutarque. Elle n'est point en désaccord avec ce que Thucydide raconte des cruelles précautions prises par Sparte contre les ilotes.
. Ceux-ci accompagnaient leurs maîtres dans les combats : un jour, on décida d'affi^anchir ceux qui se seraient le plus signalés par leur valeur. Les 2,000 plus braves ilotes furent désignés : on leur mit des couronnes sur la tête, et on leur fit visiter, suivant l'usage des afcancliis, les divers temples des dieux. Peu après ils disparurent, et nul ne sut comment ils avaient péri.
V A Athènes, nous rencontrons non plus le servage, mais l'esclavage domestique, entretenu parla guerre, la piraterie et le commerce. La constitution économique de Sparte et celle d'Athènes différaient profondément. La première était fondée sur le communisme : communauté des biens et, dans une certaine] mesure, communauté des femmes et des enfants .1
» Athènes , au contraire, reconnaissait la propriété m-\ dividuelle, la sainteté du mariage, l'autorité pater- l nelle. Tandis que le législateur de Sparte avait fait / de l'oisiveté une obligation poui^ ses citoyens, Selon avait obligé, sous peine d'amende, tous ceux d'Athènes à l'exercice d'une profession. Cependant le travail avait fini par être aussi peu honoré à Athènes qu'à Sparte, et se trouver, là aussi, rejeté presque tout entier sur les esclaves.
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Si l'on en croit Athénée, dans l'Attique, qui ne dépassait guère en étendue le département de la Seine, on comptait 400 mille esclaves des deux sexes : le nombre des citoyens s'élevait à 20 mille, celui des étrangers libres à 30 mille ; en ajoutant à ces deux derniers chiffres celui des femmes et des enfants, on peut porter à 500 mille habitants au moins la population de l'Attique. Les esclaves en formaient à peu près les quatre cinquièmes. Le chiffi'e de 400 mille esclaves a été mis en doute par plusieurs érudits modernes, entre autres par M. Wallon, qui le croit exagéré de moitié (1). Quand je songe aux myriades (dizaines de mille) d'esclaves qui, au témoignage du même Athénée, étaient occupés à l'exploitation des mines de l'Attique ; quand je me rappelle que la plus grande partie des travaux d'agriculture, de métallurgie, d'industrie, d'économie domestique, se faisaient, dans tout le territoire d'Athènes, par des esclaves ; qu'on y employait des esclaves dans les travaux publics, dans la marine de guerre et dans la marine marchande ; que, d'après Platon, un bon nombre d'Athéniens possédaient cinquante esclaves et davantage ; quand je relis le tableau que Xénophon, dans sa Cyropédie (où il faut chercher non des mœurs persanes, mais des mœurs grecques), trace de l'extrême division du travail en