LA VIE D UN SEEF AU IX<^ SIECLE
grande de toutes ces joies poui' un père, celle de voir ses enfants appelés un jour à une situation supérieure à la sienne. Il connaît les joies saines de l'épargne, l'orgueil légitime de la propriété conquise par la privation et l'effort. Enfin il n'est pas sevré des joies de l'âme. De place en place, dans les campagnes habitées par des serfs et des colons, s'élève la petite église, à l'entretien de laquelle un manse spécial est consacré. Le Polyptiqued'Irminon compte trente-cinq églises desservant les terres qui j sont décrites. Ces églises sont moins humbles ^ moins rustiques qu'on ne serait tenté de le croire : Charlemagne ordonne de décorer de peintures murales toutes celles qui font partie du domaine royal : plusieurs documents publiés par Guérard, la description d'une église dépendant des propriétés du fisc, et située dans une île de la Meuse, l'inventaire du mobilier de l'église du Saint-Sauveur à Sténeland, dans le diocèse de Térouanne, dépendant de l'abbaye de Saint-Omer, nous permettent de juger de la magnificence qu'offraient, en certains jours, ces sanctuaires de campagne. C'est là que, le dimanche et les jours de fête, les serfs se rendent en famille : c'est de là qu'ils reviennent, le soir pour commencer la veillée joyeuse, dans la petite maison éclairée par le feu pétillant de l'âtre et les torches de bois résineux. Les joies de l'esprit elles-mêmes ne sont pas oubliées : l'abbaye appelle à l'école les enfants des
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serfs (1), les moines se livrent à leur éducation avec une prédilection telle que les lois (capitulaire de 789) leur reprochent de refuser d'instruire les enfants libres, et de se donner tout entiers aux autres : et il faut croire que nul moyen n'était négligé pour rendi^e douce aux lèvres de ces petits enfants la coupe toujours un peu amère de la science, car, parmi les redevances énumérées dans le polyptique d'une abbaj'e, figure " le miel pour les écoles enfantines, » ad scolam infant uni lihras VI (2).
1. Sur les écoles de petits enfants tenues par les moines ou sous leur surveillance, voir de nombreuses chartes du Cartulaire de Saint-Bcrtm, p. 147, 212, 371, et du Cartulaire de Redon, p. 243, 291, 308, 329, 351.
2. Statuta antiqua abbatiœ S. Pétri Gorheiensis, Brevis de melle quod solvere debent majores. Dans Guérard, Polyptiqiie d'Irminon, t. II, Appendix, p. 356.