‹ Esclaves, serfs et mainmortablesChapitre 87 sur 111 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La féodalité mit plus de temps à s'établir en Allemagne qu'en France et en Angleterre. Les bénéfices, héréditaires en France depuis 877, ne le devinrent en Allemagne que vers le onzième et le douzième siècle. En même temps les alleux, ou propriétés indépendantes, promptement absorbés en France dans le système féodal, se maintinrent pendant un temps beaucoup plus long en Allemagne. Ces faits eurent des conséquences importantes pour les individus de condition servile.

Dans les propriétés soumises au régime féodal, la condition des serfs, des colons, des tenanciers libres,

finit toujours par se niveler : les obligations de diverse nature auxquelles chacun était tenu vis-à-vis de celui qui réunissait la double qualité de propriétaire et de seigneur, se ressemblaient trop pour que leurs différences, plus sensibles, souvent, dans la théorie que dans les faits, tardassent beaucoup à s'effacer. Au contraire, la propriété allodiale, ordinairement petite, connaissait seulement le pouvoir du père de famille. Il la cultivait, comme les anciens « Germains, au moyen d'esclaves attachés à la glèbe, véritables serfs, non plus d'origine romaine, mais d'origine germanique, et auxquels pouvait probablement s'appliquer encore la description donnée neuf cents ans plus tôt par Tacite (1). Ainsi le servage, dans l'une de ses formes primitives, se maintenait, en Allemagne, parla persistance des alleux.

En même temps que les alleux se perpétuaient, les bénéfices gardaient leur ancien caractère d'usufruit. J'ai expliqué plus haut (2) quelle influence il eut sur l'état des esclaves attachés à la culture. Le bénéficier, ne recevant qu'une jouissance viagère, n'en pouvait modifier les conditions. Il devait respecter " la substance de la chose. » De là, pour lui, l'impossibilité de changer l'état des esclaves qui cultivaient son bénéfice. Il n'avait point la faculté de les aliéner, de

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