‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 104 sur 118 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

zima.hor'ace.

Ah! vous voilà. Seigneur Zima. Mon frere va se rendre ici tout-à l’heure. Il a quelque affaire à traiter avec vous.

Zima.

11 est avec Lucelle , n’est-cc pas ?

Horace.

I-ucclIc vous vient d’abord dans l’esprit? Cela signifie quelque chose , Seigneur Zima !

Cela signifie seulement qu’on est instruit de son attachement pour elle.

Horace.

Cela ne significroit-il point encore qu’on la trouve

lo LE MAGNIFIQUE,

belle, et qu’on porte envie à la fortune d’un homme qui peut la voir à toute heure ? Vous me répondex tnieux que vous ne pensez, par votre peu d’attention à ce que je dis. Vous tournez les yeux de toutes parts, dans l’espérance de voir Luccllc ?

Te suis un peu distrait.

ih! que ne dites-vous amoureux?

Vous 6tcs bien pressant , Seigneur Horace!

Horace.

Et vous bien dissimulé , Seigneur Zima. Tenez , je ga-gerois volontiers mille pistoles, contre votre beau cheval d’Espagne , que vous en voulez à Lucellc.

• Zima.

Vous avez gagné , Seigneur Horace. Je vous enverrai le cheval , dès que je serai de retour chez moi.

Horace.

Non pas , s’il vous plaît ; j’avois trop beau jeu. Vous l’aimez donc enfin ? et c’est bien fait. Mais vous en tiendrcz-vous-là? Laisserez-vous la plus belle fille de Florence au pouvoir de l’homme qui lui convient le moins ? Fi î cela scroithonteux...Vousvousétonnezqucjevous parle ainsi ? Je suis frère d’Aldobrandin ; mais c’est pour cela meme que je m’intéresse à la sottise qu’il est prêt à faire. S’il épouse Lucelle , voilà deux malheureux : une jeune £llc dans l’esclavage ; cela vous fait pitié : mon pauvre frere dans un trouble éternel; cela me touche. Allons, courage , Seigneur Zima i délivrez mon frère de ce

danger , et assurez par un bon mariage votre bonheue et celui de Lucellc. Il vous en coûte un argent infini dans vos fêtes , qui ne vont au plus qu’à être aperçu de Lucellc. Kc vaudioit-il pas mieux l’employer à de bons stratagèmes pour la tirer des mains d’un jaloux ? Courage, vous dis-je; rétablissez un peu l’honneur de la galanterie; il y a long-tems que nos amans n’ont fait parler d’eux à Florence.

C’en est fait, je n’ai plus de défiance; je vois que vous êtes un bon patent ; il faut répondre à vos intentions, et je vais vous ouvrir mon coeur. Il y a six mois, que , pour la première fois , j’aperçus Lucelle i sa fenêtre: j’en fus frappé jusqu’au fond du cœur; mais le farouche Aldobrandin étoit avec elle. 11 ne me laissa jouir qu’un moment d’une vue dont il craignoit sans doute toute l’impression qu’elle fit sur moi. Lucclle disparut , et me laissa le plus amoureux de tous les hommes. Depuis ce moment, je n’ai songé qu’à la revoir; toutes mes fêtes n’ont d’autres fins que de l’engager à reparoître. Je l’ai revue quelquefois, en eflFcc; mais toujours avec ce maudit Aldobrandin , qui ne levoit presque pas les yeux de dessus elle. Si pat hasard pourtant il regardoitun moment la fête, il me scmbloic qu’alors Lucelle ne regardoit que moi. Plaise à l’Amour que je ne me trompe pas ! Mais, pour peu qu’elle m’ait vu, elle ne sauroit douter que je l’adore. Je n’ai pu jusqu’ici l’assurer mieux de mon amour; mais heureusement il vient^e s’offrir une occasion favorable , que j’ai cru ne pouvoir trop acheter. Une femme arrivée

Il LE MAGNIFIQUE

de Bologne a demandé à mon valet votre demeure et ccilc d’Aldobrandin. De questions en questions, car il est curieux , il a appris qu’un ami l’adressoic à votre frere pour la mettre auprès de Lucelle , comme une gouvernante incorruptible. Scapin m’a averti de sa découverte, Avec bien des prières et un diamant de dix mille écus , j’ai enfin résolu cette femme A n’entrer chex Aldobrandin que pour m’y servir, Elle m’attend chex moi.

Horace.

Je vais la trouver, et je veux l’introduire moi-même. Je prends l’aventure sur mon compte. C’est un service que je dois à mon frere. Adieu.... J’entends du bruit i c’est lui sans doute.

{Il sort.)

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