‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 105 sur 118 · ALDOBRANDIN · texte numérisé non relu

ALDOBRANDIN

AhI Seigneur , je suis ravi de vous voir. Je vous ai fait prier de vouloir bien passer ici. T’ai un marché A faire avec vous, ou plutôt j’ai une grâce à vous demander.

Parlez , Seigneur. Je suis trop heureux , si je puis vous obliger en quelque chose.

Aldobrandin.

COMÉDIE

Aldobramdim.

Vous le pouvez ; et je compte beaucoup sur cette politesse magniâ.que que tout le monde vous connoîc.

De quoi s’agit-il ?

Aldobrakdin.

Je voudrais acheter votre maison. J’ai dessein d’f faire mille accommodemens, qui ne vousconviendroienc pent-être pas , et que je ne dois pas risquer sur le fonds d’autrui. Je suis prêt à vous en donner un prix raisonnable. Que m’en demandez-vous^

Écoutez , Seigneur Aldobrandin ; c’est un bien de mes parens : j’ai de la répugnance à m’en désaisir; mais pour un ami que ne fait-on point J Cette acquisition vous tient-elle bien au coeur i

Aldobranoik.

On ne peut pas plus.

Il faut donc sacrifier mes répugnances , et rélârhcr même beaucoup de mes intérêts. Vous ne sauriez m’en donner moins de vingtrcinq mille écus.

Aldobranoin.

Vous n’y songez pas, Seigneur. Vous parlez d’obliger, et vous me demandez un prix exorbitant. Allons quinze mille écus , et finissons.

Vous vous moquez aussi. Ceseroitvous donner la maison , et vous croiriez l’avoir achetée ; encore vaudroit-il mieux que vous m’en eussiez toute l’obligation,

AlDO BRANDI N. '

Non pas, s’il tous plaît. Quinxe mille écus; et je

Tousserai obligé tant qu’ii tous plaira pour le reste.

Attendez, Seigneur Aldobrandin.... il me passe une folie par la tête. ,

Aldobrandin. '

< Quoi donc i

Vous allez tous moquer de moi ; mais à quoi sert le bien qu’à satisfaire ses caprices ?

Aldobrandin»

Expliquez-vous ?

On dit que vous avez chez vous une personne admirable i que Lucelle esc un prodige d’esprit et de beauté ? *

Aldobrandin.

Eh ! bien , qu’a de commun ce prodige avec votre maison ? '

Le voici ; c’est que la maison est à vous , si...» Je ris de ma fantaisie , si. . . .

Aldobrandin»

Si ?....

Si vous m’accordez un quart-d’heure d’entretien avec Lucelle i et, déterminez-vous, il ne s’agit plus de vingt-cinq mille écus» je n’abandonne plus ma maison qu’à ce prix.

COMÉDIE. 1

Aldobrandin.

Fn vérité , Seigneur Zima , la proposition est trop folle , si elle est sérieuse. Qu'ci donc ! me csoyez-vous homme à commettre mon honneur et celui de Lucclic? Non , non , vous me connoissez mal. Finissons i il n’y a plus rien à faire entre nous.

Zima.

Vous vous épouvantez trop tôt. J’imagine des conditions qui vont vous rassurer.

Aldobrandin.

Voyons ?

Zima.

Comme je ne veux point attaquer sa sagesse , je consens que vous soyiez présent.

.Vldubrandin.

Cela change l'alFairc !

Zima.

Vous vous placerez de manière qu’aucune de nos actions ne vous échappe : il me suffit que vous n’entendiez pas nos discours. C’est un caprice qu’il faut contenter , quoiqu’il m’en coûte. Je veux faire ma cour aux Dames par ce trait de galanterie qui n’a point encore en d’exemple , et qu’on sache par-tout quel cas je fais de leur mérite , puisque j’achette si cher un quart-d’heure d’entrefien avec une belle. Aldobrandin.

Ma foi ! Seigneur Zima , la rareté du fait me pique aussi. Il est juste que vos caprices vous coûtent ; et peut-être l’aventure vous coirigera- t-elle. Passez dans mon cabinet} signez-moi une bonne cession de la mai-

Bij

son. le vais faire venir Luccüc , et , la montre sur la table , vous viendrez l’entretenir tout votre quartd'heure, en ma présence. Songez bien que ce sontlà nos conditions; et, de plus, j’exige votre parole de ne lui rien dire qu’une fille sage ne puisse entendre.

le VOUS le promets sur mon honneur.

Aldobrandin.

Allez donc. .

( Zima entre dans un cabinet. )

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