‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 107 sur 118 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

• ZIMA, ALDOBRANDIN , LUCELLE.

Z I M A , à Aldobrandin , lui donnant un papier.

TTenez, voilà la cession en bonne forme. Lisez.

. Aldobrandin, après avoir lu bas.

On ne peut pas mieux !.... Voici aussi Lucelle pr£te i vous écouter. ( Tirant sa montre et la mettant sur la table. ) Regardez bien qu’elle heure il est à cette montre.... Dix minutes.... la voilà sur la table ; ne perdez rien de votre quart-d’heure.

Reculez encore un peu , Seigneur. Vous savez nos conventions i

COMÉDIE

Aidobrandin, reculant sa chaist^

Oh ! je n’ai garde d’y contrevenir.

Z I M A , d Lucelle , se plaçant pris d’elle. les momens me sont précieux, charmante tuccllc t mais heureusement tout vous a déjà dit que je vous adore. Toutes mes fetes ont été des déclarations assez éclatantes ; et il ne me reste à vous demander pour prix de mon amour que si vous avez daigné l’apercevoir.. Parlez , de grâce ! parlez > dites un mot. Si cet amnuc vous offense je me retire dans le moment; mais si vous l’avez vu avec quelque bonté, il n’y arien que je n’entreprenne pour mériter un plus grand bonheur. Aldobranoin , à part , voyant que Lucelle ne ripond rien. Je ne me sens pas de joie 1

Z I M A , à Lucelle.

Vous ne me répondez rien ?,... Quelle froideur ! Ah ! vous n’etes pas capable d’un dédain si grossier; c’est sans doute un jaloux qui vous gêne , et qiii m’envie jusques à la douceur de votre voix..., { A Aidobrandin. > Seigneur Aidobrandin !....

Aidobrandin.

Ne vous interrompez pas ; les momens s’écoulent ■bien vite !

Z I M A , à Lucelle^

ïl est donc vrai qu’ Aidobrandin vous défend de me répondre? Je ne saurois croire que vous vouliez lui complaire à ce point par un véritable attachement pour lui : il en est trop indigne. Préféreriez-vous un tyran qui n’imagine de plaisir que votre possession , sans c’embarrasser du bonheur de vous plaire » i un homme

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»o le MAGNIFIQUE,

qui voudroit payer de mille vies le moindre de vos sentimens ?

Aldobrandin, à part .

J’ai toutes les peines du monde à m’cmpScher d’éclater.

Z I M A , à Lueelle.

lîon , vous n’aimci point Aldobrandin : vous lui obcissci malgré vous; mais sa précaution est inutile, et il ne tiendra qu’à vous delà rendre vainc.

Aldobrandin , à part , après avoir regarde' la montrt»

J’ai déjà quatre minutes sur la maison.

' Z I M A , à Lueelle,

Je vais me parler pour vous, charmante Lueelle. Vous pourrez désavouer d’un geste tout ce que j’oserai me dire : je m’arrête au moindre signe: mais trouvez bon ^ue je prenne votre silence pour un aveu , et que je m’y conforme comme à un ordre inviolable.

Aldobrandin,* part.

Cela est trop plaisant.

Z I M A , à Lueelle.

» Oui, Zima, ( c’est vous qui me parlez, Madame. ) « j’ai vu votre amour , et je vous avoue meme que j’en »Vai été touchée; mais je dépends d’ Aldobrandin; il est » le maître de disposer de mon sort , et je ne veux pas « m’abandonner à une inclination qui ne s.iuroit être sî heureuse. Qui ne sauroit être heureuse, dites-vous? Quoi donc ! Est-il impossible de vous tirer des mains d’un jaloux? Consentez-y seulement: je romprai votre esclavage ; et si je vous mets en liberté de recevoir ma fgi » et d« m’engager la vôtre , vous rcfuscrcz vou» au

SI

COMÉDIE

plus amoureux et au plus fidele de tous les hommes ? » Non, Zima ; mais je n’ose me flatter du succès, et « s’il manquoit , à quel état m’auriez-vous réduite } « Ah 1 que vous m’enflammez encore par de pareils discours ! ( car enfin c’est vous qui me parlez.) Ne craignez rien; il suffit d’éluder quelque tems les instances d’un jaloux. Différez seulement le mariage qui vous menace; c’est à moi à le prévenir, et je vous en réponds^' au péril de ma vie ! ( A Aldoirandin , en frappant du, pied.) Seigneur Aldebrandin

Aldobrandik.

Qu’cst-cc ? vos afiFaircs ne vont-elles pas bien ?

Vous y avez mis bon ordre !

Aldobrandin.

Ne vous découragez pas.

Z I M A , à Lucelle,

Je vous avertis déjà qu’il va arriver ici une femme qui a toute ma confiance , et à qui vous pouvez donner la vôtre. I.c frere d’Aldobrandxn est lui même de notre intelligence, fl’cst i vous à seconder nos vfTux; et, puisque vous m’aimez, ( car vohs ne m’en désavouez pas ) votre vertu meme doit tout tenter pour n’etre qu’à moi. «Soyez content, Zima. » Acchevez , Madame , j’attends vos ordres. « Soyez con- >•> tent , je consens à tout ce que vous voulez ; il ne 5) m’est pas échappé le moindre geste de désaveu. J’aî M toujours eu les yeux sur mon jaloux ; mais c’étoit » pour le mieux surprendre. Achevez ce que vous »î avez commencé, et délivrcz-moi , dès aujourd'hui j

il L K M A G N I F I Q U E ,

» s’il est possible , de l’horreur de le revoir. » ( II se leve ) J’y vais travailler de ce pas. ( A Aldolrandin , tn se rapprochant de lui. ) Je me rends , Seigneur Aldobrandin , la maison est à vouj. je ne la tiens pas trop bien gagnde ; je la mets sur votre conscience. Aldobrandin.

Pourquoi vous pressez-vous tant? Il vous reste encore cinq bonnes minutes.

M-.n r«tSt-il vingt , nfimporte > Tcn feroi.

IZt T ' -lu’- faire

>upr&,i„„c «„ue, don, on ne „„toit tirer un

Aldobrandin.

Elle est un peu silenticuse ; mais, vous, en revanche, je ciois que vous lui avez dit de jolies choses ? ’

Mc voilà guéri pour jamais de l'entretien des Dames.

Aldobra^nd in.

Vous réussirez mieux une autre fois.

^ Adieu. Gardez la maispn ; mais je vous avertis que J y sais un trésor que je n’ai pas prétendu mettre

dans le marché, et que je m’y réserve tous mes droits.

Bon! un trésor J belle chimère!..,. En tout cas nous verrons.

COMÉDIE

Z I >i A , à Lucelle,

Adieu , Madame. Jugez combien je suis charmé de votre conversation ! il n’y a pas un mot à en perdre.

( U sort. )

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