LE FIGUIER FOUDROYÉ
Fable.
Près de Lesbos fut jadis un Figuier ,
Qui rappottoit le plus beau fruit du monde; Planté sur le bord d’un vivier,
11 se lavoir les pieds dans l’onde.
Tous les oiseaux d’alentour Se donnoient rendez-vous sous son épais fcuil!agcj Et tant que duroit le jour Ils y chantoient leur amour ,
Et bénissoient son ombrage.
Wais , comme dans le monde il n’est rien de certain , Et que c’est une mer qui n’est point sans naufrage , Après un tems calme et serein,
Il survint, tout à coup, un furieux orage.
Les vents en un moment agitèrent les airs;
Il sembloit que la pluie inonderoit la terre ;
Enfin , après beaucoup d’éclairs ,
Le Figuier malheureux fut frappé du tonnerre.
Les oiseaux , effrayés d’entendre un si grand bruit , Dans le hameau prochain vont chercher un asylc ’•
Et l’orage passé chacun d’eux s’entresuit ,
Pour venir habiter son premier domicile.
Mais l’aibre , qui pour eux avolt tant eu d’appas ,
.COMÉDIE héroïque. «
Accablé sous le fa'X d’une telle disgrâce,
A voit si fort changé de face Qu’on ne le reconnoissoit pas.
Les premiers qui le reconnurene Furent un milan , un autour ,
Qui l’insulterent tour-à-tour ,
Et , pour ne le point voir , il l’instant disparurent,
« SuivcE-nous , et vous ferez bien , ->y r>irent-ils aux oiseaux qu’ils crurent pitoyables.
Ce Figuier ^ désormais au rang des misérables ,
Kc peut plus nous servir à rien, w « Pour moi , dit une tourterelle ,
Connue aux environs pour un oiseau d’honneur ,
SI Je prétends partager sa fortune cruelle ,
SS Puisque j’ai partagé ce qu’il eut de bonheur, s* ti II m’a tant fait de bien , reprit une colombe,
SS Quejcm’cn souviendrai toujours;
SS Je veux être avec lui le reste de mes jours ,
SS Dans quelque disgrâce qu’il tombe, s* tt Plût au Ciel pouvoir par mes chants ,
A jouta tendrement un rossignol habile ,
» ! ui rendre ses attraits , et forcer les méchan*
3> A revenir un jour lui demander asylc ; s>
Combien au tableau qui paroît En voit-on qui sont tous semblables ?
C’est ainsi que l’on rcconnoît Les faux amis des véritables.
J.imais votre portrait ne futmicux.cn son jour :
Vous ôtes , TOUS et lui, le milan et l’autour ,
Qui voyant du Figuier le destin déplorable ,
Dès qu’il fut malheureux le trouvèrent coupable.
Tel paroît à vos yeux Iphis disgracié :
Votre infidcle cœur , qui le voit foudroyé ,
Oubliant ses bienfaits, dans cette humble posture.
Ne le rcconnoît plus que pour lui faire injure.
Si du sort inconstant j’éprouvois le courroux ,
Que diriez-vous de moi qui ne fais rien pour vous ? Iphis.... Mais je me trompe ouc’estlui qui s’approche... Adieu : d; sa présence évitez le reproche.
Son faux discernement se connoit assez bien ,
Puisqu’il s’est pu résoudre à vous faire du bien.