‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 39 sur 118 · XE FLEUVE ET SA SOURCE · texte numérisé non relu

XE FLEUVE ET SA SOURCE

Fabli.

Un Fleuve , enfl<î d’orgueil de l’abondance d*eaa Qui, de plusieurs endroits, avoir grossi sa course. Avec indignité désavoua la Source Qui l’avoir en naissanr fair un simple Ruisseau, cc Ingrar! lui dir la Source, à qui ce coup fur rude ,

» Que tu reconnois mal ma tendresse et mes soins;

» Quelque injuste raison qu’ait ton ingratitude ,

» Sans moi , qui ne suis rien , tu serois encor moins. 1 »

Eh ! bien , de cette Fable avei>vous l’ame émue ? Sentez-Vous qu’en secret votre coeur se remue } Vous pleurez i

Ro D O P s.

Est-ce à tort?... je suis au désespoir!

rai trahi la nature , oublié mon devoir ,

Sacrifié ma gloire à des chimères vaines ,

Et fait taire le sang qui coule dans mes veines : Semblable au Fleuve ingrat , né d’un foible Ruisseau , Qui méconnut sa Source , orgueilleux de son eau , Ayant reçu le jour d’une esclave étrangère ,

Par orgueil comme lui , j’ai méconnu ma mere. .

Vous, Rodope?

R o D O PX.

Moi-m8me. Est-il rien de si bas?

Surprise d'un accueil qu''elle n’attendoit pas : w Eh ! bien , ma-t-ellc dit , en versant quelques larme»,

« Rassurez-vous , Rodope , et n’ayez point d’alarmes ,

>> Prête à m’aller rejoindre à mes pauvres ayeux ,

« Je venois vous prier de me fermer les yeux ,

» Et croyois que le sort , lassé de me poursuivre,

» SoufFriroit qu’avec vous j’achevasse de vivre, il Puisqu’il est si contraire à mes plus doux souhaits,' îi Tout ce que je demande est de mourir en paix.

» Adieu, il La pauvre femme à l’instant est sortie, Etj'pours’cn retourner, est sans doute partie.

A peine de ma chambre a-t-elle été dehors Que pour la retrouver j’ai fait de vains efforts, taites , au nom des Dieux ! qu’on me rende ma mere : Plus elle est malheureuse et plus elle m’est cherc ;

Je veux souffrir sa peine , ou me faire un honneur De lui voir avec moi partager mon bonheur.

Calmez l’émotion où me met votre Fable.

Ce que vous m’avez dit , Rodope , est-il croyable î Rodope.

Non , il n’eit pas croyable , â vous parler sans fard , Qu’un enfant pour sa nserc ait eu si peu d’égard.

Si mon crime fut grand , mon remords est extteme. Envoyez après elle , ou bien j’y vais moi-même.

Je ne puis sans la voir demeurer plus long-tems.

Ésope.

Est-ce d’un coeur touche que part ce que j’entends ?

Ne me faites-vous point une promesse vainc ?

Rodope.

Quel plaisir prenez-vous à prolonger ma peine ?

Les momens sont trop chers pour les perdre en discours.

COMÉDIE héroïque, rç

Ma mere à qui tout manque a besoin de secours.

Je dois à sa mlsere une prompte assistance.

Ésope.

T’entrevois dans ce zele un peu de bienséance:

Un amour tendre et pur ne vous fait point agir;

C’est la crainte du blâme et la peur de rougir.

Votre faute est secrette et deviendroit publique ;

Et la nature agit moins que la politique.

Mon coeur de vos mépris , désespéré , confus , Quelques rudes qu’ils soient , en mérite encor plus. Soupçonnez d’artifice un repentir sincère;

Je ne-'me plains de rien que des maux de ma mere.

Loin que notre dispute en termine le cours , «

Pendant que nous parlons , ils augmentent toujours. Ce que je sens pour elle est si pur que je jure De ne prendre jamais repos , ni nourriture Que nous ne partagions , pour tout dire en deuxmots> La mcnic nourriture et le même repos.

J’aime mieux devancer que voir ses funérailles. .. . Adieu. '

{Ellf veut sertie. J

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