XE FLEUVE ET SA SOURCE
Fabli.
Un Fleuve , enfl<î d’orgueil de l’abondance d*eaa Qui, de plusieurs endroits, avoir grossi sa course. Avec indignité désavoua la Source Qui l’avoir en naissanr fair un simple Ruisseau, cc Ingrar! lui dir la Source, à qui ce coup fur rude ,
» Que tu reconnois mal ma tendresse et mes soins;
» Quelque injuste raison qu’ait ton ingratitude ,
» Sans moi , qui ne suis rien , tu serois encor moins. 1 »
Eh ! bien , de cette Fable avei>vous l’ame émue ? Sentez-Vous qu’en secret votre coeur se remue } Vous pleurez i
Ro D O P s.
Est-ce à tort?... je suis au désespoir!
rai trahi la nature , oublié mon devoir ,
Sacrifié ma gloire à des chimères vaines ,
Et fait taire le sang qui coule dans mes veines : Semblable au Fleuve ingrat , né d’un foible Ruisseau , Qui méconnut sa Source , orgueilleux de son eau , Ayant reçu le jour d’une esclave étrangère ,
Par orgueil comme lui , j’ai méconnu ma mere. .
Vous, Rodope?
R o D O PX.
Moi-m8me. Est-il rien de si bas?
Surprise d'un accueil qu''elle n’attendoit pas : w Eh ! bien , ma-t-ellc dit , en versant quelques larme»,
« Rassurez-vous , Rodope , et n’ayez point d’alarmes ,
>> Prête à m’aller rejoindre à mes pauvres ayeux ,
« Je venois vous prier de me fermer les yeux ,
» Et croyois que le sort , lassé de me poursuivre,
» SoufFriroit qu’avec vous j’achevasse de vivre, il Puisqu’il est si contraire à mes plus doux souhaits,' îi Tout ce que je demande est de mourir en paix.
» Adieu, il La pauvre femme à l’instant est sortie, Etj'pours’cn retourner, est sans doute partie.
A peine de ma chambre a-t-elle été dehors Que pour la retrouver j’ai fait de vains efforts, taites , au nom des Dieux ! qu’on me rende ma mere : Plus elle est malheureuse et plus elle m’est cherc ;
Je veux souffrir sa peine , ou me faire un honneur De lui voir avec moi partager mon bonheur.
Calmez l’émotion où me met votre Fable.
Ce que vous m’avez dit , Rodope , est-il croyable î Rodope.
Non , il n’eit pas croyable , â vous parler sans fard , Qu’un enfant pour sa nserc ait eu si peu d’égard.
Si mon crime fut grand , mon remords est extteme. Envoyez après elle , ou bien j’y vais moi-même.
Je ne puis sans la voir demeurer plus long-tems.
Ésope.
Est-ce d’un coeur touche que part ce que j’entends ?
Ne me faites-vous point une promesse vainc ?
Rodope.
Quel plaisir prenez-vous à prolonger ma peine ?
Les momens sont trop chers pour les perdre en discours.
COMÉDIE héroïque, rç
Ma mere à qui tout manque a besoin de secours.
Je dois à sa mlsere une prompte assistance.
Ésope.
T’entrevois dans ce zele un peu de bienséance:
Un amour tendre et pur ne vous fait point agir;
C’est la crainte du blâme et la peur de rougir.
Votre faute est secrette et deviendroit publique ;
Et la nature agit moins que la politique.
Mon coeur de vos mépris , désespéré , confus , Quelques rudes qu’ils soient , en mérite encor plus. Soupçonnez d’artifice un repentir sincère;
Je ne-'me plains de rien que des maux de ma mere.
Loin que notre dispute en termine le cours , «
Pendant que nous parlons , ils augmentent toujours. Ce que je sens pour elle est si pur que je jure De ne prendre jamais repos , ni nourriture Que nous ne partagions , pour tout dire en deuxmots> La mcnic nourriture et le même repos.
J’aime mieux devancer que voir ses funérailles. .. . Adieu. '
{Ellf veut sertie. J
G il