‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 46 sur 118 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLiOK, iSOPE,

Eh ! bon jour, mon Patron.

{Ils s'embrassent.)

Baisez iv.oi., je vous prie.... Encore une fois.... Bon.. :

Les yeux vifs, le teint frais , la £ace rubiconde:

Vous fem , j’en suis sûr , l’dpitapbe du monde.

Jamais homme à mon grd , ne se porta si bien.

ÉSOPE

Ma santé > par malheur , ne vous est bonne à rien.

Puis-je compter sur vous pour me rendre un service }

Ésope.

Pouvez-vous en douter et me rendre justice ?

M’en oflFrir un moyen c’est flatter mon désir:

Le plaisir d’obliger est mon plus grand plaisir.

Quand il faut à quelqu’un refuser quelque chose >

J’en ai plus de chagrin que ceux à qui j’en cause. Jticnne m’est plus sensible et ne me touche tant Que lorsque d’avec moi l’on s’en va mécontent.

^’ai tablé lâ-dessus, et viens vous mettre en oeuvre.

Je suis homme de guerre , et j’en sais la manoeuvre. Expert en ce métier , je distingue d’abord D’une armée ennemie et le foible et le fort.

Chagrin contre Ariston , qui ne fait rien qui vaille »

A le couler à fond sourdement je travaille ;

Et pour m’aider , sous main , à le rendre odieux ,

C’est sur vous , mon Patron, que je jette les yeux.

Je vous préféré à tous , tant je vous Crois fidele.

ÉtOPX.

Pour le couler à fond ? La préférence est belle ! Povrqttoi chercher à nuire à ce Brigadier-là ?

Ce O M.

Pour mettre uniiabile hommecn la place qu’il a.

J*en

, COMÉDIE Héroïque. Sj

J’en sais un ( avec vous je m’explique sans feindre ) Qu’on ne fcroit pas mieux, quand on le fcroit peindre; Fier, sans erre orgueilleux ; doux , sans être soumis ; Estimé des soldats , et craint des ennemis;

Enfin ce qu’on appelle un des plus jolis hommes Qu’on aitvude long-tems à la Cour où nous sommet. C’est le meilleur présent qu’on puisse faire au Roi.

Ésope.

ih ! quel est , s’il vous plaît , cet habile homme ?

Vous!

Moi.

Oui. Je vous surprends de ce que je me nomme ? Eh ! qui sait mieux que moi que je suis habile homme ? I.a modestie est belle enchâssée â propos;

Mais hors de son endroit , c’est la vertu des sots. Fiex-vous-en à moi ; jetais un peu la carte :

Quand on a mes talens rarement on s’écarte.

Me proposer au Roi ce sera le ravir.

Ésope.

Du meilleur de mon cœur je voudrois vous servir.

Vous ne pouvez jamais me causer plus de joie Que de m’en procurer une équitable voie ;

Mais quel tort , dites moi , m’a fait cet Officier j ' Pour obliger Crésus à le disgracier ?

Parlez-moi d’élever et non pas de détruire.

Je n’ai point de pouvoir quand il s’agit de nuire, îîc me detnandex point ce qui n’est pas permis.

8r, ÉSOPE A LA COUR,

II est permis , parbleu ! d’obliger ses amis.

Et je vous crois le mien , comme je suis le vôtre.

Ésope.

Pour en obliger un faut-il en perdre un autre }

Il n’est tien de si beau que d’être généreux.

Vous auriez du scrupule à faire un malheureux.

Bon ! c’est bien à la Cour que l’on a du scrupule i On cherche k s’avancer , sans voir qui l’en recule.

Il n’est point de moment où l’on ne soit au guet. Pour y mettre à profit les faux pas qu’on y fait i Et pourvu qu’à son but un Courtisan arrive..

On l’applaudit toujours , quelque route qu’il suive. Aller à la fortune est mon unique fin.

ÉSOPE

AlIez-y , croyez-mo! , par un autre chemin.

Crésus, des Potentats l’un des plus équitables,

A qui , depuis un an , j’ai dédié mes Fables ,

Se fait lire avec soin , le matin et le soir.

Celles que sans foiblesse un grand Roi peut savoir ; Et le plus lâche crime étant la calomnie ,

Pour ne pas un moment la laisser impunie ,

Il s’est fait un devoir d’apprendre celle-ci.

Quel bonheur , si les Rois en usoient tous ainsi l L’envie , au désespoir honteusement réduite ,

De leurs paisibles Cours prendrott bientôt la fuite. Ecoutez,

COMÉDIE Héroïque. «7

LE LION DiCRtl'IT.

Fable.

Le Lion , accablé par les ans ,

Et n’ayant presque plus de chaleur naturelle,

Avoit autour de lui nombre de Courtisans ,

Qui par grimace ou non lui témoignoient leur xele.

Le Loup , qui ne peut faire une bonne action , Voyant que le Renard n’étoit pas de la bande,

Le fit remarquer au Lion ,

Qui jura de punk une audace si grande.

Mais le rusé Renard , plus adroit que le Loup ,

Averti de son insolence ,

; Ken crmtent de parer le coup Résolut d’en tiret vengeance, n va rendre visite au Roi des animaux.

Et d’un ton asuré : » Vous voyez , dit-il. Sire ,

3) Des sujets de votre Empire » Le plus sensible i vos maux.

Pendant 4}u’ou vous faisok des complimens stériles, 31 Qui ne partent souvent que d’un zeleafiTccté,

11 Je cbcrchois des secrets utiles 31 Pour le soulagement de votre Majesté.

3> Elle est hors de péril, et l’état hors de crainte.

>1 La peau d’un Loup , écorché vif,

31 Est un remede aussi prompt qu’câFectif 31 Pour ranimer votre chaleur éteinte, >3 Son attente eut un plein effet.

On écorche le Loup, on en couvre le Sire ;

H il

Et ceux qui du Renard l’avoicnt ouï mddire.

Dirent tous que c’dtoit bien fait.

Messieurs les Courtisans, qui cherchez à vous nuire > Quel plaisir prenez-vous à vous entre-détroire ?

Si par la calomnie un homme a réussi ,

Cent pour un , tout au moins , s’y sont perdus aussi, le sais bien qu’à la Cour , au milieu des caresses , *

La jalousie immole amis , parens , maîtresses :

A qui veut s’agrandir le cas n’est pas nouveau :

Mais je sais bien aussi que cela n’est pas beau.

Quand d’une bonne race on a l’honneur de naître.

On cherche à méiiter le poste où l’on veut être ;

Et si de vos ayeux vous avez les vertus ,

Vous irez par leur route aux emplois qu’ils ont eus. C’est la plus juste voie , et la plus raisonnable.

K’avez-vous autre chose à m’offrir qu’une Fable,

Le bon ami 1

ÉSOPE

' Meilleur que vous ne le croyez.

C’est moi qui me dots plaindre , et c’est vous qui criez. Je ne murmure point que pour votre service ,

Vous me sollicitiez à faire une injustice i Et vous murmurez, vous, qui me la proposez ,

De ce qu’à vos désirs les miens sont opposés 1 Qui de vous ou de moi mérite qu’on l’excuse ,

Vous qui la demandez , ou moi qui la réfuse i

Vous ne voulez donc pas me servir } .

COMÉDIE héroïque, ip

l’y lUÛ ^ëty

Et mEme, s’il le faut , contre mon intérEc.

Ne me pjtoposea rien<l0ntpour vous je rougisse.

Et vous verrez alors si je rends bien service.

Vous seriez mai paré des dépouilles d’autrui.

Ca é O N.

Savez.rousd«r)ueUang j’eus l’honneur de naître ?

Ésope.

Oui.

Vous avez des ayeux idont la giloireest insigne. Héritiecdeleut rKus« rtiohez d’en être digne »

Tâchez. ...

Pointde leçons. le «vus, grâces aux Dieux, Plus bid>Ue .que vous . quoique je sois moins vieux.

É s O P jE .

Je le^crois. l’ai de j’ige at n’ai ;poH*t de sci^e î Mais j’ai du train d.u tnonde un peu d’expérience.

A la guerre, et par-tout, da générosité Est ce qui sied le mieux aux gens de qualité.

It quiconque est iortné.d’WD sang cQinme le vôtre iDoit naumelhaxtentifin avoir >pius «qu’un autre.

Parlons net. Mon dessein est de perdre Ariston : Voulez-vçus m’y sccrâr ?

É-S PPE.

Peur cela , Monsieur , non.

Si c’est le seul motif qui vers moi vous amène C’est, à vous parler net, une visite vainc.

H iij

C l iov.

£h ! vous figur«-vous , mon cher petit Monsieur > Qu’un Ministre inutile ait un vrai serviteur ?

I.ors(}u’à vous encenser tant de monde travaille • Est-ce pour vos beaux yeux , ou votre belle taille i Le pr<sumer-vous î

É s O PI.

Non ; qui feroit ce projrt

Auroit assuriémcnt grand tort sur mon sujet.

Autant que je l’ai pu pendant une heure entière »

Je vous ai combattu d*unc honnête manière î Mais les coups éloignés ne vous émeuvent point t Il faut vous les tirer plus à brûle pourpoint.

Puis donc qu’à votre insulte il faut que je réponde «

Je n’ai pas en laideur mon pareil dans le monde:

Je lésais î mais le Ciel, propice en mon endroit. Dans un corps de travers a mis un esprit droit. Quelque hommage forcé que la crainte leur rende , Je méconnois les grands qui n’ont pas l’ame grande ; Et je n’ai du respect pour l’éclat de leur sang Que lorsque leur mérite est égal à leur rang.

Les grands et les petits viennent par même voie >

Et souvent la naissance est comme la monnoie ,

On ne peut l’altérer sans y faire du mal ,

Et le moindre alliage en corrompt le métal.

Un soldat comme vous s’imagine peut-être. . .

Je ne suis point soldat, et nul ne m’a vu l’être.

Je suis bon Colonel, et qui sert bien l’Etat,

COMÉDIE Héroïque,- ,i

Uonsieur le Colonel , qui n’etes point soldat >

Je ne sais ce que c’est que de rendre service .

Contre la bienséance et contre la justice. .

Adieu , Monsieur. Bientôt. ... Je ne m’explique pas» ■ t {Il sou. )

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