‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 47 sur 118 · M. GRIFFET, ÉSOPE · texte numérisé non relu

M. GRIFFET, ÉSOPE

^V^ous voyeaun vieillard d’une assez bonne 'pSte> Qui savoir ses ayeux , sans pourtant avoir hâte ,

Et qui souhaiteroit être assez fortuné Tout vous entretenir, sans être détourné.

C’est pour le bien public que je vous rends visite. > •

ÿt ÉSOPE A LA COUR,

És O 9 Z.

Ah ! pour le bien public il n’cst rkn qu’om ne qtntte...» ( A Lieas , en-dehors. )

Holà ! s’il vient^iuelquîun , o« ne tne*pade point....

{ A M. Griffes. )

régirai ^e concert a«c vous suroe point.

Allons d-abord au fait : point d’inutiles termes.

M. G-RUZBT. • -

On doit le mois prochain rcnouvellcr les Fermes ;

Et si par votre appui j’y pouvois avoirpart ,

Jamais homme pour vous n’auroit eu plus d’dgard.

Pour me voir élever à ^tte place exquise Je me crois le mérite et la vertu réquiser H ne me manque rien qu’un Patron obligeant.

isopz. ,

Et quelle est. la vertu d’un Fermier^

. , AL ix iRi o vair .

De l’arj;€nt.

Ih'nc ÎFairpoint de cas des vertus inutiles ,

Des soins infructuaux et. des-veille&stéôles.

D’une voix unanime et d’un commun accord .

les vertus d’un Fermier sont ?daus rson ,cqf&c-fort;

Et son zele est si grand pour des vertus si belles Qu’il en veut tous les jours acqu'érir de nouvelles.

La vertu toute-mio.a l’ak tippiindigent t

Et c’est n’en point avoir qucrn’avoir |>oiot d’ai;gent.

JÉ sio.-ra*

Fort bien. Ma|s,jCroyeZ'Vous y trouver -votre tcompte# Avcz-vaus

■Comédie héroiqué. yj

Toute charge pay^e y voyez-yous du bon ?

Parlez, en conscience.

En conscience r non.

Mais un hommt d’esprit versé dans la finance »

Pour n’avoir rien à faire avec sa conscience , - t Fait son principal soin , pour le bien du travail ,

D’être sourd à sa voix , tant que dure le bail.- Quand il est expiré, tout le passé s’oublie i Avec sa conscience il se réconcilie ,

It libre de tous soins , il n’a plus que celui De vivre en honnête homme , avec le bien d’autruû Si vous me choisissez et que le Roi me nomme ,

Je doute que la Ferme ait un plus habile homme»

J’ai du bien , du crédit et de l’argent comptant.

Quant au tour du bâton vous en serez content :

Votre peine pour moi ne sera point perdue:

Je sais trop quelle offrande d cette grâce est due.

Quoi que vous ordonniez tout me semblera bon»

Qu’est-ce que c’est encor que le tour du bâton ?

Je trouve cette phrase assez particulière.

Vous voulez m’avettir qu’elle est- trop familière t î’ai regret avec vous de m’en être servi.

Ésope, , .

Vous en avez regret, et moi j’en suis ravu Pour familière, non; je vous en justifie!»

Dites-raoi seulement ce qu’elle signifie* . . ; „ -• i

^ ÉSOFE A LA COUR,

M. G Kl TT ET.

Le tour du b£ton ?

Oui.

M. G R lïT E T.

C’est un certain* appas ....

Un profil clandestin. . . . Tous ne l’ignorez pas î

7*ai là-dessus , vous dis-je, une ignorance extrême.

M. Griffe T.

Pardonnez-moi.

Ésope.

Vraiment, pardonnez-moi vous-raëme.

C’est peut-être unjargon qu’on n’entendqu’cn ces lieux} M. G R I F F £ T.

C’est par tout l’univers ce qu’on entend le mieux.

Que l’on aille d’im grand implmcr une grâce ,

Sans le tour du bâton je doute qu’il la fasse >

Pour avoir un emploi de quelque Financier,

C’est le tour du bâton qui marche le premier ;

On ne veut rien prêter, quelque gage qu’on offre.

Si le tour du bâton ne fiait ouvrir le coffre :

Il n’est point de coupable un peu riche et puissant Dont le tour du bâton ne fasse un innocent ;

Point de femme qui joue , et s’en fosse une affaire % Que le tour.du bâton ne dispose à pis foire ;

Ministres de Thémis ,«t PsStres d* Apollon Ke font quoi que ce soitsans le tour du bâton :

Pt tel paroi t du Boi le serviteur ‘fidole

Dont le tour dti bâtonfoit'les trois quarts du zek.

Vous êtes dans un poste d k ‘«avoir fort bien.

COMÉDIE Héroïque. ^

le vous jure pourtant que je n*en savoîs rien, le vois , par ses effets et ses métamorphoses ,

Que le tour du biton est propre à bien des chosest Mais je ne conçois point où l’on peut l’appliquer,

Pour vous faire plaisir , je vais vous l’eipliqucr.

Bien n’est plus nécessaire au commerce des hommes | Et pour ne point sortir de la Ferme où nous sommes , Lorsque l’on oflflrc au Roi la somme qu’il lui faut ,

On ne biaise point et l’on parle tout haut ;

Cent millions , dit-on , plus ou moins , il n’importe.

On ajoute à cela 5 mais d’une voix moins forte ,

D’un ton beaucoup plus bas, qu’on entend bien, poucunt ,

Et pour notre Patrmi une somme de tant ,

Soit par rcconnoissance , ou soit par politique ;

C’est l’usage commun qui par- tout se pratique.

Il n’est point d’intendant en de grandes maisons Qui n’ait le même usage et les mêmes raisons.

Quand on y fait un bail , de quoi que ce puisse être ,

Et qu’on a dit tout haut ce que l’on offre au maître,

On prend un ton plus bas pour le revenant bon ,

Et voilà ce que c’est que le tour du biton.

Son étymologie est sensible , palpable.

Ésope..

Ce n’est pas le seul tour dont vous soyiez capable ?

Peu de Fermiers , je crois, sont plus intelligeiis î M. G R I F F E T.

J’en connols quelques-uns assez habiles gens 1

Mais qui ne feront point > tant ils sont débonnaires» le bien de l’état , ni leurs propres affaires.

Pour faire aller le peuple il faut être plus dur.

II est vrai : vous voulez le bien public » tout pur. Vous avez l’appétit toujours bon î

Je dévore !

Ésope.

Quel âge avez-vous bien pour travailler encore ?

Xe inentez point.

Lundi j’eus quatie>vingt-deux ans.

Ésope.

Vous avez des enfans et des petits enfans ?

Aucun : je suis g.arçon. Le ciel m’a fait la grâce ,

De même qu’au Phénix , d’être seul de ma race. Avec économie ayant toujours vécu ,

J’ai depuis soixante ans mis écu sur écu ;

Si bien que ce matin , en consultant mes Livres,

J’ai trouvé dei>ien clair quinze cents mille livres» Sans avoir un parent à qui laisser un sou.^

Vous ?.

Moi.

Point d’enfans ?

M. Criffit.

COMÉDIE Héroïque, rr

Non.

Ésope, à part.

Peste soit du vieux fou î

Un homme de bon sens travaille en sa jeunesse Pom passer en repos une heureuse vieillesse;

Mais U est un insensé qu’un voyageur bien las ,

Qui peut se reposer , et qui ne le fait pas.

Quel indigne plaisir peut avoir l’avarice ?

Et que sert d’amasser , à moins qu’on ne jouisse J C est bien être ennemi de son propre bonheur.

Je veux , si je le puis , mourir au lit d’honneur. Quelque vieux que je sois , je me sens les pieds fermes. J’ai rempli dignement tous les emplois des Fermes. Directeur, Réviseur, Caissier, C emtra ;

Et je prétends aller jusqu’au non plus ultrâ ,

Être Fermier.

Ésope.

Eh ! quoi n’avez-vous rieh à faire ^

Et de plus sérieux et de plus nécessaire ?

La mort toujours au guet avec son attirail ,

Est-elle caution que vous passiez le bail ? •

Ne l’entendez-vous pas qui vous dit de l’attendre !

Et que demain peut-être elle viendra vous prendre !

Il faudra tout quitter quand elle arrivera ;

Et vous ne songez point à ce non plus ultrà !

Quel âge attendez-vous pour être raisonnable i Voulez-vous U-riessus écouter une Fable ?

*>3 èsOPE A'LA'COURi

Volontiers.

ÉSOPE

Elle est longue ; auret-Vous le loisir ?

Page 1