‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 48 sur 118 · M. G RI F F E T · texte numérisé non relu

M. G RI F F E T

Plus elÜ durera , pliis j’aurai de plaisir.

Une Fable un peu longue est une double grâce.

’ ^ Ésope,

Vous y verrez des foux dont vous suivez la trace ,

Et vous en verrez tant de toutes qualitez Que vous réfléchirez sur vous-même. Ecoutez.

• Fable,

AJ'excmpIc d’Hercule, un certain téméraire.

S’étant fait jour jusques dans tes Enfers ,

Voulut voir des damnés les supplices divers:

Ce n^étoit pas une petite affaire.

Un jeune diable, à qui Pluton Permit cojour-là d’être bon ,

.y ; ( Sans tirer à conséquence )

Conduisit l’homme par-tout, '

Et, de l’un à l’autre bout,

L’honora de sa présence. •

Il trouva' là des gens de toutes les façons i - Hommes femmes , filles, garçons ,

Grands , petits , jeunes , vieux ; de tout rang , de tout

âge: > i ” >

Il n’est profession , art, négocié métier'

Qui n’ait là-dcdans^n quartier ,

.comédie-héroïque,

Et qwi. n’y ÎQuë un personnage. . . -j

Combien trouva rt-ij dans les fers De gros marchands drapiers , le teint livide et jaune,

Qui, par le calcul des. Enfers , /

De trois quarts et demi faisoient toujours une aunç^ • Combien de merciers du palais, ^ .

Tourmentés d’autant de méthodes Que pour flatter le luxe ils lui prêtent d’actraics Par la multitude des modes ,

Que de coiffeuses en lieu chaud . Pour avoir, au tems où nous sommes » ..

Coiffe les femmes aussi haut Que les femmes coiffent les hommes!

Que de cabaretiers , caÉFctiers , et traiteurs 1 Ces premiers corrupteurs de la vie innocente Sont dans une chambre àrdente Au rang des empoisonneurs.

Combien de flnaiiciers et de teneurs de banque , Voulant compter le tems qu’ils seront encor là , Trouvent que le chiffre leur manque , *

Et ne peuvent hombrer cela !

Combien de grandi Seigneurs, qui d’un devoir austere'. D’une dette du jeu s’acquittoient sur le champ ,

Et qui sont morts sans satisfaire Ni l’ouvrier, ni le marchand I Combien de magistrats , l’un bouru , l’autre avare.

Que jamais la main vuide on n’osoit approcher ,

Voyant que de leur tems la justice étoit rare,

Prenoient occasion de la vendre bien cher !

Combien d’avocats célébrés , ’

I iJ

lOo ÉSOPE A *»LA COLTR,

Qui rendolent noir le blanc , par leurs subtilités » Maudissent dans les ténèbres Leurs mallieuteusec clartés !

Si je voulois nommer les fragiles notaires ,

Les dangereux greffiers , les subtils procureurs t Les avides secrétaires Des nonchalans raportcurs »

Et certains curieux , galopeurs d’inventaires ,

Qui séduisent l’huissier pour tromper les mineurs:

Si je voulois parler de tant de conunissaires ,

Qui font , comme il leur plaît , avoir raison > ou tort g Des médecins sanguinaires , !

Et précurseurs de la mort ;

Enfin , si je faisois une liste fidelle

De tous les réprouvés que Pluton a chex lui »

Ce seroit une kyrielle

Qui ne finiroit d’aujourd’hui.

Voici.pour vous. Lejeune diable et l’homme.

Qui voyoientde l’Enfer tous les bijoux gram.

Après s’etre bien divertis A voir les damnés que je nomme ,

Entendirent hurler des vieillards langoureux, ce Qui sonteeux-U, dit l’homme , et quel soin les agite « Nous sommes , répond l’un d’entr’ eux >

» Les affligés de mort subitç. o » Taisez-vous , imposteur , ou parlez autrement , « *

Dit le jeune habitant du pays des ténébres i 51 Vous mentez aussi hardiment 55 Qu’un faiseur d’oraisons funèbres.

» Le plus jeune de vous a quatre-vingt dix ans^

COMÉDIE Héroïque! ioi

. « Et vous avez eu tout ce tcms

*> Pour penser à la mort , sans y donner une heure. a> Vieux , cassé , décrépit ,1a mort vient et vous prend * » Apres un terme si grand « Est-iJ étonnant qu’on meure ?

«Dans le moment que la mort vous surprit,

«Une vétille, un rien occupoit votre esprit ,

« Vous aviez l’ccil à tout , jusqu’à la moindre rente;

« Et vous faisiez , quant au surplus ,

« L’affaire la moins importante « De celle qui l’étoit le plus.

« Allez, pour jamais, misérable!

» Pleurer d’un tems si cher l’usage si fatal. •»

Ne m’avoucrez-vous pas que, pour un jeune diable.

Il ne raisonnoit pas trop mal ?

Examinons un peu, vous et moi , que! usage Vous avez fait du tems pendant un si grand 5gc.

Vos quatre-vingt deux ans contiennent dans leurs cours Le nombre , ou peu s’en faut , de trente mille jours ;

Et de ces jours usez pour bien finir le terme.

Près d’entrer au tombeau , vous entrez dans fa Ferme! Et pourquoi pour du bien vous donner tant de soin , Vous , qui dans quatre jours n’en aurez plus besoin ? Pour vous ouvrir les yeux j’ai dit ce qu’on'peui dire : ' Adieu. Quoi que ma Fable ait su vous faire rire ,

Faites réfiexion , en homme prévoyant Que c’est la vérité que je dis , en riant,

' Fin du quatrième Acte.

JOt

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