SCENE II
tSOPE, CKÉSUS, TIRRENE, TRASIBULE, gardes.
Cr É s us.
Ës O P 1,
On t’accuse en ce lieu de me manquer de foi.
Je t’en veux croire seul, Mc trompes- tu , djs ?
Seigneur? De votre part ce soupçon m’est sensible i Je ne vous au point dit que je fusse infaillible.
Peut-être , avec ardeur prenant vos intérêts,
Ai-jepu me trMnper et vous tromper après;'
Mais d’aucune action je ne me sens capable -Qui me puisse envers vous rendre un moment coupable.
COMÉDIE Héroïque. i©y
Cr i s U s.
Et si je te conraincs , quand je me fie k tôt ,
De me foire un secret contre la bonne foi ,
Que diras-tu î
Ésope.
Seigneur , ce discours m’inquietteî Moi , des secrets pour vous ]•
Et dans une cassette f
Qui dans ton cabinet conduit souvent tes pas ,
K’as-tu rien de caché , que je ne sache pas i
ÉSOPE
Eh ! bons Dieux ! se peut-il que pour si peu de chose Vous ayez du chagrin et que j’en sois la cause î
Je la veux voir.
,C RÉS XJ s.
Seigneur, daignez m’en dispenser!
J’ai mes raisons.
Qu’cntends-jc ? et que puis- je penser?
Quelles raisons as-tu que tu n’oses me dire ?
Eh ! n’est- ce pas. Seigneur, assezvousen instruire ?
Que voulez-vous de plus ? interdit et contraint ,
Le refus qu’il vous fait montre assez ce qu’il craint. Trasibvle.
Seigneur , de la parole il a perdu l’usage;
Vous faut-il de son crime un plus grand témoignage ? S’il étoit innocent , pour sortir d’embarras ,
I0« ÉSOPE A LA COURi
Une Fable à propos ne lui manqueroit pa$i Mais de sa trahison la preuve esc si facile Qu’un si foible secours lui paroît inutile.
On t’accuse, on t’insulte , et tu ne réponds rien?
QuediroiS'je , Seigneur, que vous nesachiei bien? Quel qu» soit rembarras où leur haine me jette ,
Elle est de mon silence un mauvais interprète: L’innocence esc timide et non la crahüon.
Si je ne réponds pas , en voici la raison.
LA TROMPETTE ET L’ÉCHO, Fable.
« D’où vient , dit un jour la Trompeté , y> Qu’il ne m’échappe rien qu’Écho ne le répété ?
39 Et que, pendant l’été , quand il tonne bien fort,
>• loin de vouloir répondre, il semble qu’elle dort? n Le bruit est bien plus grand quand le tonnerre gronda )> Que lors qu’en badinant je m’amuse à sonner. »
. Echo , de sa grotte profonde ,
L’entendant ainsi raisonner:
cc A tort mon silence t’étonne.
» Je n’hésite jamais à répondre à tes sons :
33 Mais j’ai , dit-elle, mes raisons 3> Pour ne répondre pas lors que Jupiter tonné.
33 Aux suprêmes divinités 33 Jamais nos respects ne déplaisent *,
33 Et quand les grands sont irrités ,
33 II faut que les petits se taisent. 3>
ÇOMÉDIE HÉROIiQUE. 107
Parle ; je ne suis point irritd contre, toi;
Tu n’as aucun ami qui le soit plus que moi.
Ta. vertu soupçonnée est tout ce qui m’krhe»
En disant une Fable il croit en être quitte.
C’est ainsi que du peuple obsédant les esprits,
Par sa fausse morale il en a tant surpris Pendant qu’à vos sujets il débite des Fables ,
Il acquiert sourdement des trésors véritables.
Combien dans sa cassette en va-t-on découvrir I
^Eh ! bien , Seigneur , eh ! bien , il la faut faire ouvrir. Quoi que jusqu’à ce jour j’ose croire ma vie A couvert des efforts de la plus noire envie .
J’avoue ingénûment qu’il m’eût été bien doux Que jamais ce secret n’eût été jusqu’à vous.
Vous le voulez savoir , il faut vous satisfaire,
Tra sibvlï.
Seigneur , s’il y va seul , il en va tout distraire. Détourner les moyens de sa conviction ,
Et, peut- être, en bijoux sauver un million:
Il peut en un moment taire tout disparoître,
Pour ne rien détourner je veux bien n’y pas être,
^n garde contre vous , comme vous contre moi ,
Tout ce que je demande est que ce soit le Roi ( Lui qui de l’équité fait son plaisir suprême )
Qui la fasse apporter et qui l’ouvrç lui-même. .
«o8 ÉSOPE A LA COUR,
{ A Cresus , en lui donnant ses clefs. ) Heureusetnent , Seigneur , j’en ai les clefs ici.
La clef du cabinet est celle que voici (
L’autre, qu’aucun mortel n’aurott qu’avec ma vie,' Est celle du trésor dont on a tant d’envie, fe les mets avec joie entre vos mains.
C R É s V s , appellent.
Holà !. . . .
( Il parle hu aux Gardes. )
< Haut. )
Observez bien mon ordre > et ne touchez que là. fe vous attends.
( Les Gardes sortent. )