‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 52 sur 118 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LES GARDES, apportant une cassette i CRÉSUS, ÉSOPE, TIRRENE, IRAS IB ü L E.

C-*’est ton trésor, Ésope} avant qu’on l’ouvre. Et que ce qu’il renferme à tr.es yeux se découvre , Eais-m’en, je t’en conjure! un sincère détail.

C’est le prix de tes soins, le fruit de ton travail* Cette épreuve t’cM rude et me fait violence.

Jio ÉSOPE A LA COUR;

Cette épreuve à l’envie imposera silence ;

Et je ne puis. Seigneur , en être mieux vengé Qu’en la rendant témoin de tout le bien que j’ai.

Tout ce que je dirois lui sembleroit frivole.

Qu’attendez-vous , Seigneur , à nous tenir parole ?

De sa fausse fierté faites-le répcntir.

Eh ! bien ,.puisqu’on m’y force , il y faut consentir. '

( Après avoir ouvert la cassette , et vu ce qu'elle contient, )

Ouvrons Ciel 1 quel spectacle est- ce ici que l’oix

m’offre?..,. , ;

Cardes !

Seigneur ? '

Voyez ce qu’enferme ce coffre,

( Le Garde cherche dans le coffre , et n'y trouve que l'habit d'Ésope , quand il était esclave. )

Est-ce-là le trésor qu’on m’oblige à chercher?

ÉSOPE

Oui, Seigneur ; vous voyez ce que j’ai de plus cher. C’est l’habit que pavois quand par un sort propice.

Il vous plût me choisir pour me rendre service.

Habit vil, mais qu’on porte avec tranquillité,

• Qu’inventa la pudeur, et non la vanité ,

Qui jamais contre moi n’eût soulevé l’envie >

Si je l’eusse porté pendant toute ma vie,

Et que je redemande à votre Majesté ,

Avec plus de plaisir que je ne l’ai quitté.

COMEDIE HÉROIQUÊ. xU

Comme je n’ai rien fait pour m’attirer la haine Dont vouloicnt m’accabler Trasibule et Tirrene ,

C’est de mon crédit seul dont iis sont mécontens ,

It tous deux ne font rien qu’on n’ait fait de tout tems. Quelque soin qu’il se donne, et quelque bien qu’il fasse , Quel Ministre est aimé , pendant qu’il est en place i Xt quand de sa carrière il a fini le cours ,

Ceux qui le haïssoient le regrettent toujours.

D’un si dangereux poste approuvez ma retraite : Jeconnois, mais trop tard, la faute que j’ai faite.

Que ferojs-jc à la Cour, moi, qui ne suis , Seigneur , Hypocrite , jaloux , médisant , ni flateur î C R B s us.

Tour ta retraite , non -, tu m’es trop nécessaire.

Mais pourquoi cet habit , et qu’en voulois-tu faire î Quel bizarre plaisir t’obligeoit à le voir ?

ÉSOPE

JL*orguciI suit de si près un extrême pouvoir

Que souvent dans la place où j’avois l’honneur d’être

De ma foible raison je n’étois pas le maître.

Souvent l’éclat flateur de ce rang fortuné ,

M’élevant au-dessus de ce que je suis né ,

Pour être toujours prêt à rentrer en moi-même ,

Je gardois ce témoin de ma misère extrême ;

It quand l’orgueil sur moi prenoit trop de crédit ,

Je redevenois humble, en voyant mon habit.

Voilà tout mon trésor. Quelque peu qu’il me coûte • Je ne m’en dédis point, c’est un trésor, sans doute | Puisque lorsqu’on travaille à me sacrifier ,

U vient i mon secours pour me justifier. ^

Si contre mon devoir c’est tout ce qu’on oppose , Combien de gens. Seigneur, s'ils fiisoient même chose. Sachant ce qu’ils étoient , et voyant ce qu’ils sont , Auroient à votre Cour moins d’orgueil qu’ils n’en n’ont.

C R É s U s , à Tirrene et à TrasibuU,

Eh! bien, mes vrais amis, que ce succès désole.

Vous ne me presser plus de vous tenir parole !

Je vous pardonnerois un effort plus puissant Pour me faire trouver un coupable innocent î Mais de vous pardonner je me sens incapable Lorsque d’un innoetnt vous faites un coupable.

Pour agir sans aigreur je suis trop irrité ;

Esope plus tranquille aura plus d’équité.

sûr qu’il est toujours juste , en tout ce qu’il ordonne ,

A son ressentiment le mien vous abandonne :

II ne peut , quoi qu’il fasse , après vos duretés ,

Vous causer tant de maux que vous en méritez.

( Aux Gardes. )

Vous , que je laisse exprès pour garder cette porte ,

Que sans l’aveu d’Ésope aucun n’entre ou ne sorte ;

Et que son ordre ici puisse autant que le mien.

{lïsoru)

COMÉDIE Héroïque.

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