‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 59 sur 118 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

^^ÜAND je lus les . d’Aristophane, je

ne songeois guercs que j’en dusse faire les Plaideurs. J’avoue qu’elles me divertirent beaucoup , et que j’y trouvai quantité de plaisanteries qui me tentèrent d’en faire part au Public j mais c’étoit en les mettant dans la bouche des Italiens , à qui je les avois destinées , comme une chose qui leur appartenoit de plein droit. Le Juge qui saute par les fenêtres , le chien criminel et les larmes de sa famille me sembloient autant d’incidens dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur interrompit mon dessein , et fit naître l’envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre Théâtre un échantillon d’Aristophane. Je ne me rendis pas a la première proposition qu’ils m’en firent Je leur dis que , quelque esprit que je trouvasse dans cet Auteur , mon inclination ne me porteroit pas a le prendre pour modèle , si j’avois' à faire une Comédie , et que j’aimerois beaucoup

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t) PRÉFACE.

mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence que la liberté de Plaute et d’Aristophane. On me répondit que ce n’étoit pas une Comédie qu’on me demandoit, et qu’on vouloit seulement voir si les bons mots d’Aristophane auroient quel * que grâce dans notre langue. Ainsi , moitié en m’encourageant, moitié en mettant eux-mêmes la main à l’oeuvre , mes amis me firent commencer une Piece qui ne tarda gueres à être achevée.

Cependant la plupart du monde ne se soucie point de l’intention , ni de la diligence des A uteurs. On examina d’abord mon amusement comme on auroit fait une Tragédie. Ceux mêmes qui s’y étoient le plus divertis eiuent peur de n’avoir pas ri dan^ les réglés , et trouvèrent mauvais que je n’çusse pas songé plus sérieusement à les ftirc rite. Quelques autres s’imaginèrent qu’il croit bienséant à eux de s’y ennuyer , et que les matières de Palais ne pouvoient pas être un sujet de divertissement pour les gens de Cour. La Piece fut bientôt après jouée à Versailles. On ne fit point de scrupule de s’y réjouir j et ceux qui avoient cru se déshonorer de rire à Paris fuient

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peut-être obligés de rire à Versailles, pour sc faire honneur.

Ils auroient tort , à la vérité , s’ils me reprochoient d’avoir fatigué leurs oreilles de trop de chicane. C’est une langue qui m’est plus étrangère qu’à personne , et je n’en ai employé que quelques mots barbares , que je puis avoir appris dans le cours d’un Procès , que ni mes Juges , ni moi n’avons jamais bien entendu.

Si j’appréhende quelque chose , c’est que des personnes un peu sérieuses ne traitent de badificties le Procès du chien et les extravagances du Juge. Mais enfin je traduis Aristophane , et l’on doit se souvenir qu’il avoit affaire à des Spectateurs assez difficiles. Les Athéniens savoient apparemment ce que c’étoit que le sel attique ; et ils étoient bien sûrs quand ils avoient ri d’une chose qu’ils n’ avoient pas ri d’une sottise.

Pour moi , je trouve qu’ Aristophane a eu raison de pousser les choses au delà du vraisemblable. Les Juges de l’Aréopage n’auroient pas peutêtre trouvé bon qu’il eût marqué au naturel leur avidité de gagner , les bons tours de leurs Secrétaires , et les forfanteries de leurs Avocats. Il étoit

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?j SUJET

Chicaneau a une fille , nommée Isabelle , dont Léandie est amoureux et aimé j mais ces amans ne peuventse voir, parce que Chicaneau ne voulant pas marier Isabelle , dans la crainte d’ctre oblige à la doter, ne permet pas qu’elle parle à personne. Léandre engage l’intimé à se déguiser en Huissier , et à se munir d’un faux exploit , à la faveur duquel il s’introduira chez Chicaneau. pour faire parvenir une lettre à Isabelle. Fort à propos la Comtesse prenant l’intimé pour un véritable Huissier , le charge d’assigner Chicaneau , en réparation d’injures. Le stratagème de Léandre réussit J et, sur la rébellion que fait Chicaneau , il survient lui-même, en Commissaire , feint de dresser un procès-verbal , et fait signer au pete et à la fille un vrai contrat de mariage. Cependant , pour empêcher Dandin de sortir de chez lui , et satisfaire sa manie de juger, sans se fetigucr beaucoup , Léandre lui a conseillé de rendre des arrêts sur chacun des divers événemens qui arriveront dans sa maison. On vient lui apprendre que Citron , son chien , a volé et inangé un chapon dans sa cuisine. Il choisit des Avocats, pour et contre le chien. Petit-Jean

DES PLAIDEURS. vi|

doit l’accuser et l’intimé le défendre. L’afiFaire est plaidée avec apparat , de part et d’autre j et rintimc parvient à intéresser le Juge , en lui montrant des petits chiens , en^ns de son client , et dont la jeunesse et l’innocence demandent grâce pour leur pere. Le coupable est absous. Chicaneau se présente ensuite , voulant qu’on lui rende justice contre la surprise qu’on lui a faite de sa signature pour le contrat de maijiagc de sa fille , et qu'il a découverte. Léandre explique tout au Juge , sans lui dire d’abord quel intérêt il a dans cette affaire , et Dandin prononce que le mariage doit avoir lieu. Léandre se déclare à son pere, qui approuve tout j et Chicaneau, à qui l’on ne demande point de dot , finit pat y consentir aussi.

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