UN PETIT GÉNIE
Ç^UE direz-vous. Messieurs, àmoins d’6trcindulgens> De voir d’abord paroître un Marmot sur la Scene ?
Est- il à présumer que je vaille la peine D’amuser tant d’honnêtes gens ?
Au bonheur d'être grand j’aurois tort de prétendre;
C’est un bien qui m’est interdit ;
L’Auteur pour son Génie ayant voulu me prendre ,
Se faut-il étonner que je sois si petit i
Je laisse aux grands esprits à choisir dans l’ Histoire Des évenemens de grands poids.
C’est un si vaste champ que le champ de la gloire Qu’on y peut arriver par dilFérens endroits.
Les Grecs et les Romains ont épuisé les veilles Des Racines et des Corneilles :
Molieie a critiqué les habits et les moeurs ;
Et je souhaiterois , avec l’aide d’Esope ,
Pouvoir déraciner des coeurs Les vices qu’on y développe.
V Quel petit génie est-ce là
A if
Diront ceux qui sont las des Fables : «
tt Tour qui nous croit-il prendre , en débitant cela ?»
Pour qui ? Pour des gens raisonnables ;
Pour des gens de bon goût, qui , loin d’etre l’appui Des impertinences d’autrui ,
Sont ravis de les voir pour s’empêcher d’en faire.
Les plus judicieux conseils A nous porter au bien servent moins d’ordinaire Que les fautes de nos pareils.
Ne vous attendci pas à des éclats de rire Dans ce qu’on va représenter ;
. L’intention de la Satyre Est d’instruire et non de flatter.
Quoique depuis Esope , il plaise aux destinées Avoir fait écouler plus de deux mille années (Ou la Chionologic a tort)
Tous les hommes étant des hommes ,
Ceux des siècles passés et du tems où nous sommes y Ont toujours eu quelque rapport.
Si quelqu’un , par hazard , d’un mauvais caractère S’y trouve si bien peint qu’il soit presque parlant »
Il ne tient qu’à lui de bien faire,
Il ne sera plus ressemblant.
Je ne vous dis rien de l’Ouvrage >
S’il mérite votre suffrage ,
• Sans vous le demander , il est sûr de l’avoir.
Mon but, en le faisant, fut l'honneur de vous plaire: C’est le plus digne salaire Que j’en puisse recevoir.
Fin du Prologucm
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