‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 5 sur 118 · JUGEMENS · texte numérisé non relu

JUGEMENS

JGEMENS ET ANECDOTES

SUR

li soPE à la Cour est la dernière Pièce qiiî sortie de la plume de l’Auteur , dit le Théa* loursault, dans l’Avertissement des Œuvre* matiques de son pere. Cette Comédie scroit hef' d’œuvre , si une mort prématurée ne lui )as ôté le loisir de repasser lui-même sur son rage et d’y donner la dernierc main. Telle le ctoit sur le papier, elle fut encore altérée représentation , ou l’on se crut obligé à rehcr quantité des plus beaux vers , parce 1 les trouvoit trop forts , et qu’on en crailes applications. Par exemple , dans la belle du premier acte ( la troisième ) , oii Crésus int à Esope du peu de sincérité des Courtitou jours prêts à encenser jusqu’aux défauts

ti) JUGEMENS ET ANECDOTES.

de leurs Princes , on lui faisoit dire ces quatre beaux vers :

sî . .Je m’aperçois , ou du moins je soupçonne » Qu’on encense la place autant que la personne »

»? Que c’est au diadème un ttibut que l’on rend ,

13 Et que le Koi qui regne est toujours le plus grand....' &c. »

« On a changé ces deux derniers de cette maniéré :

33 Qu’on me rend des honneurs qui ne sont pas pour moi ,

Et que le trône, enfin , l’emporte sur le Roi.... »>

« Dans la même scene Crésus disoit encore :

ï» Quoique jusques ici l’équité de mes armes 3> A mrs seuls ennemis ait causé des alarmes ,

33 Je renonce, avec joie , aux plus vastes projets 33 Si les exploits du Piince épuisent les sujets.

33 Guide mes pas , toi meme , au chemin de la gloire.

Esope répondoit :

33 D’ordinaire les Rois y vont par la victoire ,

33 Seigneur ; c’est le sentier le plus suivi par eux ,

13 Et qu’on trouve honorable à force d’être affreux.

33 Quelle grande bataille a-t-on jamais gagnée ,

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» Que l’horreur n'att suivie , ou n’air accompagnée ? jUatiC » Eh .'qu’est-ce que l’on gagne ? nn morceau de tcrrcin

» Que le victorieux quitte le lendemain.

J) Cependant, bien souvent pour de telles conquêtes i> Il en coûte au vainqueur quinze ou vingt mille têtes ; M Et le sang que l’on perd dans ce gain malheureux » Est toujoursleplus noble et le plus généreux.,.. &c,

ditif

« Il y avoir grand nombre de vers de la meme force , répandus dans toute la Piece , qu’on a ou supprimés , ou gâtés s et elle ne laisse pas encore d’avoir des beautés inimitables et qui ont i^it re« gréter la perte d’un Auteur qui écrivoit avec tant de noblesse et de vérité. »>

La troisième scene du troisième acte , entre JEsope et Iphicrate , est supprimée aussi à la représentation , où l’on n’a pas cru devoir admettre une discution suc l’athéisme , quelque bien combattu qu’il soit par la force des raisons que Boursaulc a mises dans la bouche d’Ësope.

«e Quoique Boursault n’eùt pas pu mettre la dernière main à cette Comédie , puisque la mort avoir prévenu son dessein de la retoucher, elle Lut jugée en état de pouvoir paroître au Théâtre, 2t même d’y réussir, telle qu’on la trouva. Son uccès fut pourtant médiocre , à ne consulter que

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le nombre des représentations ( dix ) qu elle eut alors , observent les freres Parfiict , dans leur JJiitoire du Théâtre François ; mais , depuis , on. en sentit tout le mérite , et elle s’est conservée au nombre des Pièces que le Public revoit avec applaudissement. Le sujet en est très-mince , et dans le goût d* Esope à la Fille , ou les épisodes emportent le fonds ; mais ces épisodes sont , la plupart, intéressans par la morale critique qui y régné. Le dénouement , si l’on peut appeler de ce nom ce qui termine ce Poëmc Dramatique , est très-heureux j mais Boursault n’en est pas l’inventeur. Il doit ce coup de Théâtre à La Fontaine , qui le lui a fourni dans la dixième Fable de son dixième Livre , intitulée Le Bercer et le Roi. r>

Les freres Parfàict croient aussi que le Prologue •composé par Boursault pour cette Picce , et dans lequel un petit Génie en fait l’éloge , n’a jamais été joué.

« L’excellent Esope à la Cour de Boursault , pensa mourir en naissant , rapporte l'Auteur du Mercure , Juin i74«^» malgré les applications malignes qu'on fit de quelques scenes , que sûrement n’avoit pas prévue la candeur avérée dfi

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Lcrivain de cette Piece morale , digne de l’imottaUté , et couronnée par un dénouement où véritable vertu brille dans tout son éclat , sans : vernis de l’héroïsme fabuleux , toujours outré t quelquefois ridicule. « cc La réussite de cette Comédie , ainsi que de :clle d'Esope à la Ville, aux représentations , dépend en grande partie du Comédien qui est #

chargé du rôle d’Esope , dit l’Abbé de La Porte , dans ses Anecdotes Dramatiques. Il a besoin d’être )oué avec beaucoup d’art , de légércté , de naïveté , d’intelligence et de la chaleur dans le débit des Fables , pour en faire valoir l’esprit et la finesse des détails , et éviter la monotonie , en variant scs tons , à l’infini. L'on donnoit fréquemment ces Pièces du tems de Quinault l’aîné , qui cxcclloit dans le Comique noble , et qui rendoit supérieurement le rôle d’Esope dans toutes les deux, n

Le nom de Quinault est célébré dans l’His* toitc des Acteurs du Théâtre Erançois. Celui-ci étoit fils d’un Acteur qui avoir débuté le 6 Mars 1694, par le rôle d’Harpagon i mais qui ne fut point reçu. Jean-Baptistç Maurice , connu sous .

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le nom de Quinault l’aîné , débuta, le 6 Mai 1712 , par le rôle d’Hippolyte, dans la Phedre de Kacine , et fut reçu le 27 Juin suivant. 11 se retira le 22 Mars ijn , avec la pension ordinaire de mille livres , et « au grand regret des Amateurs de - la bonne Comédie, dit l’Auteur du Mercure , du mois d’Avril suivant. Il étoit encore d’un age assez peu avancé. Son principal emploi, dans ses dernieres annéas de Théâtre, étoit de jouer les amoureux comiques , en quoi il excelloit «

Les Comédiens François remettant la Comédie du Complaisant le 2 Mars de l’année suivante , Quinault l’aîné , qui avoir joué , au moment de sa retraite, « avec beaucoup de succès, le principal rôle de cette Comédie , celui dont le caractère lui donne son nom , n revint de la campagne où il s’étoit retiré , et reparut , dans ce rôle , à la grande satisfaction du Public , dont il fut reçu avec de grands applaudissemens , « dit encore le Mercure , Mars 1734. Quinault sc retira tout-àfait à Pâques de cette année, 11 joignoit au talent de l’excellent Acteur, celui de fort bon Musicien- Compositeur. Outre un grand nombre de Divertifsemens très-agréables qu’il a faits pour diû'é-

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rentes Pièces du Théâtre François, et qui y ont été fort applaudis , il a composé la Musique du Ballet des Amours des Déesses , en trois entrées , avec Prologue , paroles de Fuzelier, et qui fut représenté avec succès , par l’Académie Royale de Musique , le 9 Août IJ19.

Esope à la Cour fut repris le ip Février 1755 j et voici ce que l’Auteur du Mercure dit à cette occasion , dans ce même mois.

cc Cette Piece estimable a reçu du Public l’accueil favorable qu’elle mérite. La Noue fut supérieur dans le rôle d’Esope : on ne peut pas le rendre avec plus d’esprit et de vérité. Cette Comédie est intéressante autant que peut l’être une Fiece épisodique. La scene de Rhodope avec J.éonide , sa mere , est une des plus touchantes qui soient au Théâtre , et des mieux jouées pat les Demoiselles Gaussin et Dumesnil. Après r Andrienne , voilà le premier et le vrai modèle du Comique larmoyant. Il est puisé dans la nature. Le dénouement est encore d’une grande beauté. 11 laisse pour l’Auteur une forte impression d’estime îj

Le 14 Octobre 177P , M. Monvel joua le rôle d’Esope, dans cette Piece , avec le plus grand suc-

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cès , et le mieux mérité. Cette nouvelle reprise eut plusieurs représentations de suite. M. Monvel débitoit les Eablcs de cette Comédie comme s’il les eût faites. On sait que ce Comédien Auteur ne borne pas ses talens littéraires à composer des Comédies , des Opéra-Comiques et des Drames seulement ; on connoît de lui des Poésies fugU tives dans plusieurs genres , et il a fait des Fables, très-agréables , qui sont autant de petits Poèmes Dramatiques. Il devoir donc nécessairement faire valoir les Fables de Boursault tout ce qu’il est possible qu’elles valent , en les récitant bien : aussi y mit-il toute la finesse , toute la grâce et toute la variété de tops dont elles sont susceptibles.

Esope a été mis à tous les Théâtres de Paris excepté à l’Opéra , et par divers Auteurs , comme placé dans diverses circonstances et diverses situations. Il a meme été quelque tems de mode de ne plus faire et de ne plus représenter que des Pièces épisodiques , dont Esope étoit le principal personnage. On l’a fait parler et composer des Fables surs tou les sujets possibles et impossibles, car c’étoit , le plus souvent , sur des sujets etrangers , à tous égards , au siècle où il a vécu.

EN CINQ ACTES, EN VERS , Par BOüRSAULT;

Représentée i au Théâtre François ^ le Décembre 1701 ,

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