‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 63 sur 118 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PETIT-JEAN, traînant un gros tac de proch.

M A foi i sar l’avenir , bien fou qui se fiera :

Tel qui rit vcJidredt . dimanche pleurera.

Un Juge . l’an passé, me prit à son service;

Il m’avoit fait venir d’Amiens pour être suisse.

Tous CCS Normands vouloient se divertir de nous :

On apprend à hurler , dit l’autre , avec les loups.

Tout Picard que j’dtois , j’d'^ois un bon apôtre ,

£t je faisois claquer mon fouet tout comme un autre. Tous les plus gros Monsieurs me parloicnt chapeau bas.

Monsieur de Pctit-Ican , ah ! gros comme le bras. Mais.sans argent l’honneur n’est qu’une maladie:

Ma foi ! j’etois un franc portier de comédie ;

On avoir beau heurter et m’ôter son chapeau.

On n’entroit point chez nous sans graisser le marteau-

Ail

Point d’argent , point de suisse , et ma porte <5toît close.

Il est vrai qu’à Monsieur j’eii rendois quelque chose : l^^ous comptions quelquefois. On me donnoit le soin De fournir la maison de chandelle et de foin ;

Mais je n’y perdois rien. Enfin, vaille que vaille, J’aurois sur le maichd fort bien fourni la paille.

C’est dommage : il avoit le cœur trop au métier ,

Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier t Et bien souvent , tout seul , si l’on l’eût voulu croire , Il s’y seroit couché , sans manger et sans boire.

Je lui disois par fois : Monsieur Perrin Dandin ,

Tout franc , vous vous levex tous les jours trop matin : Qui veut voyager loin ménage sa monture ,

Buvex, mangez > dormez et faisons feu qui dure.

Il n’en a tenu compte. Il a si bien veille ,

Et si bien fait, qu’on dit que son timbre est brouillé.

Il nous veut tous juger les uns après les autres.

II marmote toujours certaines patenôtres

Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, malgré ,

Ne se coucher qu’en robe, et qu’en bonnet quarré.

Il fit couper la tête à son coq , de colere ,

Pour l’avoir éveillé plus tard qu’à l’ordinaire;

Il disoit qu’un Plaideur dont l’afFairc alloit mat , Avoit graissé la patte à ce pauvre animal.

Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire» Son fils ne souffre plus qu’on lui parle d’affaire.

Il nous le fait garder jour et nuit, et de près ,

Autrement serviteur , et mon homme est aux plaids, four s’échapper de nous, Dieu saie s'il est alégrc.

"COMÉDIE

‘Peur moi , je ne dors plus. Aussi je deviens maigre, * C’est pitid. Je m’étends , et ne fais que bâiller.

Mais , veille qui voudra , voici mon oreiller.

Ma foi ! pour cette nuit , il faut que je m'en donne. Pour domiir dans la rue on n’ofFense personne. Dormons.

( Il se couche par terre. )

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