‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 97 sur 118 · LÉANDRE · texte numérisé non relu

LÉANDRE

Moi , je suis l’assemblée.

D ANDIN, d î'Intimé et à Petit- J, an, Commeneex donc.

Le SouFLEUB,tt Petit-Jean, Messieurs....

Petit-Jean, l’interrompant.

Oh ! prenez-le plus bas:

Si voussouflezsl haut, l’on ne m’entendra pas....

( A l’audience. )

Messieurs,...

D A N D I N , l’interrompant.

CouvrcT-vous.

VITIT-JE AN

COMÉDIE

PSTIT-JEAK.

Oh ! Mes....

D A N D I N , l'interrompant.

Couvrez-vous, Tousdis-je.

Petit-Jean.

Oh ! Monsieur, je sais bien à quoi l’honneur m’oblige» D A N ï) I N. •

Ne te couvre donc pas.

Petit - Jean, se couvrant.

( Au Soujleur. )

Messieurs.... Vous , doucement.

Ce que je sais le mieux c’est mon commencement....

( A l'audience. )

Messieurs , quand je regarde , avec exactitude , L’inconstance du monde et sa vicissitude ;

Lorsque je vois , parmi tant d’hommes différons ,

Pas une étoile fixe, et tant d’astres errans ,

Quand je vois les Césars , quand je vois leur fortune | Quand je vois le Soleil et quand je vois la Lune î Quand je vois les États des Babyloniens....

Le Sovfleur.

Babyloniens,...

Petit-Jean.

Transférés des Serpens....

Le Sovfleur.

persans....

Petit-Jean.

Aux Nacédoniens....

Le Sovfleur.

Macédoniens.. O*

Cl LES PLAIDEURS

Petit-Jean.

Quand je vois les Lorrains...

Le Soueleur.

Romains....

Petit-Jean.

De l’État Difpotiqac....

Ll SOXJFLEUR.

Despotique...,

Petit-Jean.

Passer au Démocritc....

Le Soueleur.

Démocratique....

' Petit-Jean.

Et puis au Monarchique ; Quand je vois le Japon....

L’Intimé, l’interrompant.

Quand aura-t-il tout vu } Pbtit-Jean.

Oh ! pourquoi celui-là m’a-t-il interrompu î Je ne dirai plus rien.

Dandin, i V Intimé.

Avocat incommode »

Que ne lui laissiez-vous finir sa période ?

Je suois sang et eau , pour voir si du Japon Il viendroit à bon port au fait de son chapon s Et vous l’interrompez par un discours frivole.

( A Petit^Jean. )

Parlez donc , avocat.

Pbtit-Jban.

J’ai perdu la parole.

COMÉDIE

Achevé» Petit-Jean ; c’est fort bien débuté.

Mais que font-là tes bras pendant â ton côté ?

Te voilà sut tes pieds droit comme une statue. Degourdis-toi ; courage : allons, qu’on s’évertue, Petit-Jean, remuant les iras.

Quand... je vois... quand... je vois...

Dis donc ce que tu rois.

Petit-Jban.

Oh ! dame , on ne court pas deux lièvres à la fois. Le Soufleur.

On lit...

Petit-Jean.

On lit...

Le Souflsvr.

Dans la...

Comment ?

Petit-Iban.

Dans la...

Le Soufleur.

Métamorphose...

Petit-Jean.

Le Souflevr.

Psycose,..

Que la Métem...

PlTIT-jEANi

Que la Métem...

LbSovflevr.

Psycose...

Petit* -Jean.

Flj

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Le Soxjelevr.

Eh ! le cheval i

Petit-Jean.

Eh ! le cheval !

Le Soufleur.

Encor î

Petit-Jean.

Encor ?

Le Soufleur.

Le chien !

Petit-Jean.

Le chien !

Le Soufleur.

Le butor !

Petit- Jean.

Le butor!

Le Soufleur.

Peste de l’avocat !

Petit-Jean.

Ah ! peste de toi-même !

Voyez cet autre , avec sa face de carême î Va-t-en au Diable !

Et vous , venez au fait. Un mot

Du fait!

Petit-J ean.

Eh ! faut-il tant tourner autour du pot ?

Ils me font dire aussi des mots longs d’une toise , De grands mots qui tiendroient d’ici jusqu’à Pontoise. Peur moi, je ne sais point tant faire de façon

COMÉDIE. «Tf

Pour dire qu’un mâtin vient de prendre un chapon. Tant y a qu’il n’est rien que votre chien ne prenne i Qu’il a mangd là-bas un bon chapon du Maine; Que la première fois que je l’y trouverai ,

Son procès est tout fait , et je l’assommerai,

Belle conclusion , et digne de l’cxorde ! •

On l’entend bien toujours. Qui voudra mordre y morde.

Appeliez les témoins.

C’est bien dit , s’il le peut.

Les témoins sont fort chers , et n’en a pas qui veut. Petit-Jean.

^ous en avons pourtant j et qui sont sans reproche.

Faites-lcs donc venir.

Petit- Jean.

Je les ai dans ma poche.

Tenez, voilà la tête et les pieds du chapon; Voycz-les, et jugez.

L’intimé, à Dandin.

Je les récuse.

Bon i

pourquoi les récuser ?

L’Intimé.

Monsieur, ils sont du Maine.

, F iij

11 est vrai que du Mans il en vient par douzaine. L’INTIMÉ, à l'audience.

Messieurs....

D A N D I N , l'interrompant.

Serez-vous long , avocat , dites-moi ?

• L’Intimé.

Je ne réponds de rien.

DaNDIN, à l'audience.

Il est de bonne-foi !

L’Intimé, d’un ton finissant en fausset.

Messieurs, tout ce qui peut étonner un coupable. Tout ce que les mortels ont de plus redoutable Semble s’être assemblé contre nous , pat hasard : Je veux dire la brigue et l’éloquence j car ,

D’un côté, le crédit du défunt m’épouvante,

Bt , de l’autre côté , l’éloquence éclatante De Maître Petit-Jean m’éblouit....

DaNDIN, l'interrompant.

Avocat ,

De votre ton , vous-même , adoucissez l’éclat.

'L’I N T I m É , du ton ordinaire.

{ D’un ton prdeieux. )

Oui dà , j’en ai plusieurs.... Mais quelque défiance Que nous doive donner la susdite éloquence Et le susdit crédit; ce néanmoins. Messieurs, L’ancre de vos bontés nous rassure. D’ailleurs , Devant le grand Dandtn l’innocence est hardie.

Oui , devant ce Caton de basse Kormandie ,

COMÉDIE

Ce Soleil d’équité qui n’est jamais terni t Yietrix causa. Dits plaçait , sed vicia Catoni,,,,

Dandin, à l'audience.

Vraiment, il plaide bien i

Sans craindre aucune chose, Je prends donc la parole , et jb viens à ma cause. Aristote, primb , peripoliticon j Dit fort bien....

Avocat, il s’agit d’un chapon,

Et non point d’Aristote et de sa politique L’Intimé.

Oui , mais l’autorité du Peripathétique Prouveroit que le bien et le mal...,

Je prétends

Qu’Aristotc n’a point d’autorité céans.

Au fait !

L’Intimé.

Fausanias, en scs Coiin'thiaques....

Au fait!

L’Intimé.

HebufFc....

Au fait ! vous dis^e.

Le grand Jacques, .w

éî LES PLAIDEURS^

Au fait ! au fait ! au fait !

Armcnopul in prompt,.,

Oh ! je te vais juger I

L’ f K T I M li.

Oh ! vous ëtes si prompt î..,.

( Débitant fort vtie. )

Voici lofait. Un chien vient dans une cuisine;

Il y trouve un chapon , lequel a bonne mine«

Or , celui pour lequel je parle est affamé ;

Celui contre lequel je parle autem plumé >

Et celui pour lequel je suis prend en cachette .

Celui contre lequel je parle. L’on décrette;

On le prend. Avocat pour et contre appelé ;

Jour pris: je dois parler, je parle, j’ai parlé.

Ta, ta, ta, ta.... Voilà bien instruire une affaire 1 11 dit fort pausément ce dont on n’a que faire ,

Et court le grand gaiop quand il est à son fait.

Mais le premier. Monsieur, c’est le beau.

C’est le laid.

A-t-on jamais plaidé d’une telle méthode? ....

(A Leandre.)

Mais qii’cn dit l’assemblée ?

L il A N D a ï.

11 esc fort à la mode.

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COMÉDIE. €i>

L* I N T I M é , d’un ton véhément.

Qu’arrive-t-il , Messieurs ? On vient. Comment vient-on ? On poursuit ma partie. On force une maison.

Quelle maison ? Maison de notre propre juge.

On brise le cellier qui nous sert de refuge.

De vol , de brigandage on nous déclare auteurs.

On nous traîne, on nous livre à nos accusateurs,

A Maître Petit-Jean, Messieurs. Je vous atteste!

Qui ne sait que la Loi , Si quit Canis , digeste ,

De vi paragraphe , Messieurs , caponibut ,

Est manifestement contraire à cet abus ?

Et quand il seroit vrai que Citron , ma partie ,

Auroit mangé , Messieurs, le tout , ou bien partie Dudit chapon ; qu’on mette en compensation Ce que nous avons fait avant cette action.

Quand ma partie a-t-elle été réprimandée?

Par qui votre maison a-t-elle été gardée ?

Quand avons-nous manqué d’aboyer au larron?

Témoin , trois procureurs , dont icelui Citron A déchiré la robe. On en verra les pièces.

Pour nous justifier , voulez-vous d’autres pièces?

Petit-Jean, à l’audience.

Maître Adam.. ..

L ’ I K T T M É , V interrompant.

Laissez- nous.

' Petit - Jean.

L’Intimé...

L’INT imé, l’interrompant.

Laissez-nous.

I'etit-Jean,

S’enroue.

( Toussant, )

Eh! laisser- nous... Euh !... euh i • • •

Et concluez.

Heposez-vous,

L’ I N T I M 6 , d'un ton pesant.

Puis donc qu’on nous permet de prendre ’ Haleine, et que l’on nous défend de nous étendre,

Je vais , sans rien omettre , et sans prévariquer , Compendieusement énoncer, expliquer,

Exposer à vos yeux l’idée universelle

De ma cause,' et des faits renfermés en icelle.

D A N D I N , à l'audience.

Il auroit plutôt fait de dire tout vingt fois.

( /4 l'Jntim/. )

Que de l’abréger une.... Homme! ou, qui que tu sois. Diable ! conclus , ou bien que le Ciel te confonde !

Je finis.

Ah!

Avant la naissance du monde....

D A N D I K , l'interrompant en bâillant.

Avocat , ah passons au déluge.

' Avant donc

COMÉDIE

La naissance du monde et sa crdation ,

Le monde, Tumvers, tout, la nature entière Btoit ensévclie au fond de la matière.

Les éldmens , le feu , r.iir, et la terre et l’eau , ïnfoneds, entassds, ne faisoient qu’un monceau.

Une confusion , une masse sans forme ,

Un désordre , un chaos , une cohue énorme.

Uaus erat toto natura vultus in. orhe ,

Quem Graci dixere chaos , rudis indigestaqtie moles, [Dandin. s'endort , et se laisse tomber, )

( A Dandin. )

Quelle chûte!.... Mon pere !

Pbtit-JeaN L/andre. •

Ah! Monsieur! comme il dort !

LéANDR£,à Dandin,

Mon pere éveillez-vous !

Petit-Jean, à Dandin.

Monsieur , €tcs-vous mort î

LÉANDRE, à Dandin.

Mon pere 1

Dandin, se réveillant.

< Eh! bien, eh; bien ? Quoi ! qu’est-ce?.,. Ah î

ah ! quel homme !

Certes , je n’ai jamais dormi d’un si bon somme !

Mon pere , il faut juger.

Dandin.

4 Aux galcres !

Aux galcres î

Un chien ,

Ma foi ! je n’y connois plus rien.

De monde, de cahes j’ai la tête, troublée ...

( A l'Intime.)

Eh ! concluez !

L’ I N T I M É , i petits chiens , qu'il tire de dessous sa. rehe , et qu’il présente à Dandin,

Venez famille désolée ;

Venez , pauvres enfans , qu’on veut rendre orphelins ,

Venez faire parler vos esprits enfantins. ....

( A l'audience. ) •

Oui , Messieurs . vous voyez ici notre misere.

Nous sommes orphelins , rendez-nous notre perc î Notre pere, par qui nous fûmes engendrés ,

Notre pere, qui nous

Dandin, l’interrompant et repoussant les petits chiens, «

Tirez , tirez , tirez i L’ I N T I M É.

Notre pere , Messieurs....

Dandin, l'interrompant.

• ’ Tirez donc !... Quels vacarmes!

Ils ont pissé par-tout.

Monsieur , voyez nos larmes !

Dandin, à l'audience.

Ouf ! je me sens déjà pris de compassion.

•Ce que c’est qu’à propos toucher la passion ! . . . ,

Je

COMÉDIE

Je suis bien empêché. La vérité me presse:

Le crime est avéré, lui-meme il le confesse»

Mais s’il est condamné l’embarras est égal ,

Voilà bien des enfans réduits à l’hôpital ...

( Entendant venir quelqu*un, )

Mais.... je sois occupé , je ne veux voir personne.

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