SCENE SEPTIEME
crésus, aux ministres.
Que l'heure Vous conseille! Le temps, en fuyant, nous effleure, Et change dans son vol nos destins. Vous étiez Ma colère, devant les peuples châtiés, Et vous étiez aussi ma force et ma clémence. Tout émanait de vous dans cet empire immense, Le bien, le mal, et dans le ciel échevelé, La foudre se taisait, quand vous aviez parlé. Vos mains tenaient le monde et n'étaient jamais lasses. C'est de vous que tombaient les faveurs et les grâces Et vous resplendissiez dans un éclat vermeil. On se tournait vers vous comme vers le soleil. Mais, à présent, c'est un jour nouveau qui va naître. Tout est changé. Sachez que vous avez un maître.
{Désignant de la main Ésope, toujours muet et immobile) .
C'est Ésope. Il agit et décide pour moi. Ce qu'il dit, je le dis. Ce qu'il veut, moi, le Roi, Je le veux. Donc, tâchez d'éviter sa colère. Efforcez-vous de le servir et de lui plaire Et gardez vos regards sur les siens attachés. C'est dans votre intérêt que je parle. Tachez De lui plaire.
(Crèsus sort.)