SCENE SIXIÈME
CRESUS, RHODOPE, ESOPE.
ésope, à Crésus.
Pour la dernière fois, souffre ma voix hardie. C'en est fait, je te quitte enfin, roi de Lydie, Car, n'est-ce pas? j'ai bien gagné ma liberté. Dans un fauve désert, par la roche abrité, Je marcherai buvant l'eau des froides citernes Et me reposant, pour dormir, dans les cavernes. Je trouverai, suivant toujours d'âpres chemins Quelque mont chevelu, vierge de pas humains, Où, la griffe en éveil, les bêtes régnent seules Et tiennent une chair sanglante dans leurs gueules. J'y serai caressé par la ronce et le houx;
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J'ai vu les gens de cour et j'aime mieux les loups. J'ai senti sur mon dos leurs griffes de chimère ; Ils m'ont flatté, j'en sens encor ma bouche amère Et je veux quitter leur vague chant murmurant Pour le rugissement sauvage du torrent.
Adieu.
crésus.
Non, tu ne peux me quitter. Vois. L'orage Est passé. Ta voix est ma force et mon courage. Que les courtisans soient à des tigres pareils, Je le veux bien. Mais j'ai besoin de tes conseils. Reste avec moi. Devant la foule épouvantée, Je rendrai son orgueil à ta pourpre insultée. Oui, tu pourras, gardant ta place jusqu'au bout, T'asseoir à mes pieds, quand les rois seront debout. Je te fais l'égal des plus grands. Je te délivre. Tout ce que tu voudras enfin pour ne pas vivre Au désert, à côté de la ronce et du loup, Je te le donnerai.
rhodope, a Crêsus.
Tu t'avances beaucoup.
Roi, car tout ce que veut Ésope, c'est moi-même ! Il m'aime, il m'a toujours aimée.
Ah 1 tu l'aimes !
CRESUS
RHODOPE
CRESUS
RHODOPE
Et toi?
Je l'aime!
Oui.
CRÉSUS
Qu'il tremble donc !
RHODOPE
Non. La mort.
Ne saurait effrayer l'esclave sans remord. Il a depuis longtemps affronté cette chienne.
ÉSOPE fil
Donc, s'il te plait ainsi, prends sa vie et la mienne
Et l'heure de mourir sera douce pour nous.
crésus, avec une sourde colère.
C'est bien.
ésope, à Crésus.
Laisse moi lui répondre
S' agenouillant devant le Roi).
A tes genoux.
[A Rhodope).
Rhodope, tu n'as pas su lire dans ton âme Le zèle qui, pour moi, te courrouce et t'enflamme Et qui s'éveillait pour l'esclave châtié N'était pas de l'amour, c'était de la pitié. Mon visage où le ciel a marqué sa colère, C'est ton illusion divine qui l'éclairé. Si nous partions d'ici librement tous les deux, Un jour, tu me verrais tel que je suis, hideux, Fait pour être caché dans l'obscurité noire, Et ce que ta fierté d'esclave n'a pu croire, Le maitre glorieux qui tend vers toi ses bras, Tu l'aimes, ou plutôt libre tu l'aimeras, En voyant sa grandeur à tes pieds asservie. Si vraiment tu pensas un jour, ô chère vie, Que je t'appartiendrais comme un fauve dompté, Obéis moi, Rhodope, et fais ma volonté.
(Il se lève).
Je pars. A ton front pur il faut une couronne. Donc, pour que la splendeur suprême t'environne, Permets que réfrénant sa honte et son effroi, Ce triste esclave ait pu te donner à ce Roi.
crésus, à Esope.
Tu pars, toi le vainqueur de nos luttes passées, Qui fis monter si haut le vol de tes pensées, N'ayant pas achevé tout ce que tu rêvas,
Et nous laissant, à nous, le bonheur!
RHODOPE
Tu t'en vas.
N'ayant que la douleur muette pour hôtesse, Avec l'inconsolable et profonde tristesse, Avec la solitude au souffle insidieux,
ésope, s'en allant., comme inspiré.
Avec les Dieux!
{Il sort rapidement, suivi par les regards de Crésus et de Rhodope).
D.2424. — Paris. Tmp. Ferdinand Imbcrt, 7, rue des Cannelles.
La Bibliothèque
Université d'Ottawa
Echéance
The Library
University of Ottawa
Date due
CE PC 2187 ,E8 1893 COO OANVILLEi ACC# 1219952
TH tSOPE