ALGÉRIE, TUNISIE ET ESPAGNE
LETTRE I
Départ de Paris. — Entrée en Espagne par Bayonnc. — Valladulid. — Burgos. — Avila, ville très remarquable, mais peu connue encore.— L'Escurial. — Madrid. — Tolède. — Sa superbe cathédrale. — La ville de Tolède telle qu'elle est et telle qu'elle était sous la domination arabe. — La Mancha, patrie de Cervantes. — Cordoue. — Tableau splendide que tracent de celte ville les géographes arabes. — Séville. — Ses trésors artistiques. — Traits caractéristiques des habitants de l'Andalousie. — Cadix.
Cadix, le 20 octobre 1877.
Lorsque le 25 septembre je quittai Paris pour me transporter à Alger par la voie d'Espagne, je ne prévoyais guère que je mettrais environ deux mois à me rendre à ma destination. Tout plein des souvenirs de l'Orient où j'avais passé les plus belles années de ma vie, j'étais tellement impatient de fouler le sol africain, que je croyais ne pouvoir pas assez promptement traverser les régions de notre vieille et prosaïque Europe, qui me séparaient encore de la Terre Promise. Mais je n'avais pas plutôt franchi les Pyrénées, que déjà je commençai i\ m'apercevoir que je sortais de l'Europe sans cependant entrer dans l'Orient, et c'est précisément ce caractère éminemment local qui m'arrêta si longtemps dans ce pays, le seul peut-èlre qui ait encore conservé un cachet d'individualité, et qui se détache comme une construction originale, de l'immense série d'édifices dont se compose la grande cité européenne, tous
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bâtis sur le môme modèle et occupés par des habitants portant à peu près le même costume.
En entrant en Espagne par Bayonne, nous nous dirigeâmes sur Madrid, par Burgos, Valladolid et Avila, en parcourant des plaines plus ou moins arides et à caractère d'autant plus âpre, que leur altitude considérable les expose à un climat vraiment boréal; aussi, déjà à la fin de septembre, nous eûmes à souffrir du froid à Burgos et à Valladolid. L'olivier est banni de toute cette partie septentrionale de l'Espagne, bien que la vigne y prospère, et Ton est étonné de l'absence de cet arbre également sous le beau ciel de Bordeaux, région classique de la vigne. Je ne vous parlerai ni de Valladolid, ni même de Burgos, si célèbre par sa magnifique cathédrale, car tout cela a été bien souvent décrit, entre autres dans l'excellent guide de Murray; mais je vous dirai quelques mots sur Avila, parce que, ainsi que le fait observer ce dernier, Avila est peu visitée et peu connue; ce qui est tellement vrai, qu'après avoir résumé tous les renseignements qu'on possède sur cette localité, la description de Murray reste encore fort incomplète, et j'ai à peine besoin d'ajouter que je n'ai nullement la prétention de combler toutes les lacunes qu'elle présente.
Entre Valladolid et Avila, le granité commence à percer à travers les puissants dépôts de sable, dont sont revêtues les vastes plaines que nous avions parcourues depuis notre entrée en Espagne; dans les parages de Mingarria (à six heures de Valladolid), cette roche forme de bizarres agglomérations de blocs arrondis, paraissant autant de débris gigantesques, mais qui ne sontcependant que les affleurements delà roche même, en place. Ces énormes agglomérations granitiques hérissent la contrée jusqu'à Avila, et, tout en la rendant moins monotone, lui enlèvent sa fertilité et en font un désert pierreux. A mesure qu'on se rapproche de la ville, le pays devient plus boisé, mais toute la plaine d'Avila est encombrée de fragments granitiques.
Avila se présente très pittoresquement avec ses murs chamarrés de tours, rappelant sous ce rapport la petite ville de