CHARPENTE SOLIDE DE BONE
de Bone représentent également le toit des gttes métallifères. Bailleurs, en parlant des calcaires de Bone, M. Renou * dit positivement qu'ils renferment « une masse importante de fer oxydulé ou magnétique ». Selon toute apparence, cette dernière ne serait donc qu'une manifestation locale du même gite métallifère existant à Mokra, ainsi que sur plusieurs points de la chaîne de hauteurs échelonnées entre le lac Fezzara et Bone ; seulement alors il faudrait admettre que, puisque Mokra les micaschistes et les calcaires entre lesquels ces gttes métallifères sont intercalés, s'enfoncent de plus en plus sous la surface du sol, en plongeant au sud-est, ces roches auront subi un changement notable dans leurs allures straligraphiques,à mesure qu'elles se rapprochent des parages de Bone; car ici, au lieu de se trouver à une profondeur considérable, ainsi qu'on eût pu s'y attendre, elles affleurent au contraire et s'élèvent au-dessus du niveau du sol. Peut-être, entre Mokra et Bone, les couches auront été soulevées et inclinées en sens opposé, c'est-à-dire au nord-ouest, pour reprendre ensuite, dans les parages mêmes de Bone, le plongement au sud-est qu'elles ont à Mokra. Cela serait un grand avantage pour les travaux d'exploitation et un bénéficede plus pourlaSociété deMokta-el- Hedid ; elle se retrouverait à Bone dans les mêmes conditions qu'à Mokra, ayant affaire à des gttes métallifères affleurant, ou du moins se trouvant à une profondeur peu considérable. Si cette hypothèse se vérifie, il en résultera qu'à Bone les calcaires saccharoïdes alternant avec les micaschistes, ont acquis un développement bien supérieur à celui qu'ils offrent à Mokra, car ils constituent la roche dominante dans les parages limitrophes de Bone, ainsi que j'aurai l'occasion de vous le signaler en vous rendant compte, dans ma prochaine lettre, des excursions que nous avons faites dans les environs de cette ville.
1. Géologie de V Algérie; résultats des voyages faits en 1840-18i2, p. 57.
LETTRE XVII
Bonc. — Beauté de ses environs. — L'Orphelinat. — Place qu'occupait jadis Hippone,
— Ses citernes. — Statue érigée en souvenir de saint Augustin évoque d'Hipponc.
— Littoral entre Bone et le Fort génois. — Grottes naturelles. — Mont Edough. — Magnifique zone forestière de celte montagne, riche en chêne-liège. — Fabrication du liège dans l'établissement de M. de Loupiac. — Sources qui alimentaient jadis Hippone et dont l'eau est aujourd'hui conduite à Bone à l'aide de canaux souterrains. — Bouzizi, point culminant du mont Edough. — Les lions fréquents dans ces montagnes. — Souvenirs du dernier roi vandale de Carthage. — Retour à Bone.
— Excursion aux sources chaudes de Hammam-Mesk bouline. — Guelma. — Nombreux jets d'eau chaude. — Phénomènes curieux d'incrustations. — Hammam- Meskhoutinc comparée à Touzla et à Bambouk-Kalessi en Asie Mineure. — Plantes croissant autour des sources chaudes. — Intéressants travaux de M. Bourguignat sur les cavernes ossifères du mont Thaya et sur la nécropole mégalithique de Roknia.
Bone, le 25 mai 1878.
Les environs de Bone sont aussi variés que pittoresques, et offrent beaucoup de sites charmants dans la proximité de la ville, pouvant servir de but à des promenades fort intéressantes et souvent instructives; je mentionnerai d'abord parmi ces courtes excursions, celle que nous fîmes à l'Orphelinat, par un temps très agréable, car, malgré la saison (15 mai), une brise fraîche maintint toute la journée la température à 20-25 degrés.
L'Orphelinat est situé dans la belle plaine de Bone, presque vis-à-vis du mont Edough; la campagne que nous traversâmes pour nous y rendre est florissante, les taillis d'oliviers y forment partout de beaux massifs, mais comme à Philippeville, Bougie et autres villes du littoral situées à Test d'Alger, le dattier, si commun dans cette dernière ville, ne se voit nulle part à Bone,
l'orphelinat de bone. 369
excepté dans quelques cultures spéciales. Nous descendîmes devant la porte du jardin conduisant à la jolie maison consacrée à l'orphelinat. C'est une institution remarquable tant par le philanthropique dévouement dont elle est un éloquent témoignage, que par son incontestable utilité pratique. Elle est destinée non seulement à l'éducation, mais encore à rétablissement des orphelines qui lui sont adressées de divers points de l'Algérie. Une directrice, aidée de trente sœurs, est chargée de l'administration de la maison, assez spacieuse pour loger commodément 200 personnes, et dont font partie une jolie église, un jardin potager et fruitier, des étables, des poulaillers, enûn tout ce qui répond aux exigences d'un établissement qui s'efforce autant que possible de se suffire à lui-môme, sans subvention aucune de la part du gouvernement, et n'ayant d'autres ressources que le travail et l'économie. Au moment de notre visite, le nombre des orphelines se montait à 185; leurs dortoirs, réfectoires et les divers ateliers sont organisés et maintenus avec un ordre et une propreté admirables. Les jeunes filles sont instruites dans les travaux manuels indispensables au ménage, en recevant des notions élémentairesd'histoire et de géographie. Àfind'épargnerauxpupillessuffisammentpréparéeslesdifficultés de trouver une position convenable,1a directrice s'efforce avant tout de les marier au moment même de quitter l'établissement, et c'est ce qu'elles parviennent à faire très souvent, chaque fille étant pourvue d'un petit trousseau. On est vraiment étonné de voir une œuvre aussi dispendieuse s'accomplir exclusivement à force de travail et de dévouement, surtout lorsque l'on considère que ce travail se borne à l'exécution de quelques commandes faites à la maison d'objets de couture, de lingerie, dé broderie, etc. ; qu'on y ajoute le modeste bénéfice recueilli de la vente des légumes et fruits (oranges, citrons, figues, etc.) cultivés dans la propriété de l'établissement, et l'on en aura dressé tout le budget. La tâche la plus difficile et la plus méritoire, peutêtre, que s'imposent les sœurs, c'est de marier leurs pupilles, car, parmi le grand nombre de celles que nous vîmes, il n'y en avait pas une seule de jolie.