‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 168 sur 285 · LES CHAMBRES SÉPULCRALES DE ROKNIA · texte numérisé non relu

LES CHAMBRES SÉPULCRALES DE ROKNIA

Les faits nombreux exposés dans son travail et dont je n'ai mentionné que les plus saillants, ont suggéré à M. Bourguignat, sur Tâge des monuments mégalithiques de Roknia, des considérations générales, tendant à admettre que les tribus préhistoriques qui ont construit les dolmens de Roknia y vivaient il y a un peu plus de quatre mille ans; que ces tribus étaient Berbères (Kabyles) et étaient dominées par une race d' Arias descendue de l'Italie en Sicile et de la Sicile dans le nord de l'Afrique, enfin que la climatologie du pays, dont la moyenne thermométrique ne dépassait guère 10 degrés, ainsi que la grande humidité atmosphérique, permettaient au sol de se couvrir d'une riche végétation.

Vous ne me reprocherez pas, je l'espère, de m'être arrêté trop longtemps sur les explorations de M. Bourguignat, dont l'importance et l'originalité constituent un fait que l'on ne rencontrerait pas au même degré dans aucune autre localité; d'ailleurs, ainsi que je l'ai déjà fait observer, les deux grands ouvrages de M. Bourguignat sont devenus rares, et ils le seraient quand même si l'édition n'en était presque épuisée, parce que ce sont des livres de luxe, ornés d'un très grand nombre de planches, et, par conséquent, peu accessibles à la majorité des bibliothèques privées.

Après tout, indépendamment de la valeur des travaux de M. Bourguignat, le plaisir que j'ai eu à m'y arrêter tient aussi à celui que j'éprouve naturellement, à demeurer aussi longtemps que possible en présence des belles contrées auquelles ces travaux se rattachent. Puis, Hammam-Meskoutine est ma dernière étape en Algérie; je suis donc heureux de chaque moment pouvant reculer l'heure de la séparation définitive. Vous vous rappelez avec quels soins minutieux je recherchais les prétextes qui pouvaient ajourner mon départ d'Alger, et pourtant il ne s'agissait alors que de sortir de mes quartiers d'hiver pour visiter la vaste contrée dont ils n'occupent qu'un petit coin, c'était quitter un boudoir fleuri pour prendre possession de la splendide maison tout entière, tandis que maintenant le moment approche où il faudra quitter la maison elle-

même, en emportant au loin le souvenir du bonheur dont nous y avons joui.

Toutefois, ayant manqué le bateau, il me reste encore plusieurs jours à passer à Bone avant de m'embarquer pour Tunis, et j'en profiterai pour vous présenter quelques considérations générales sur l'Algérie, en réunissant et complétant les traits épars que contenaient mes lettres, relativement à la géologie, la flore, les conditions commerciales, et enfin à la position politique de l'Algérie.

LETTRE XVIII

LETTRE XVIII

Considérations sur la constitution géologique de l'Algérie. — Les formations anciennes constatées seulement sur des points très peu nombreux. — La formation secondaire limitée aux terrains jurassique et crétacé, dont le dernier offre une grande extension, se trouve très complètement représentée et abonde en fossiles. — Il en est de môme du terrain tertiaire, représenté par les trois étages qui le composent. — Vaste extension du terrain quaternaire. — Les roches plutoniques, comparativement assez rares, malgré les traces nombreuses et profondes qu'elles ont laissées de leur action. — Opinions diverses sur l'âge du Sahara. — Dépôts modernes. — Absence des phénomènes glaciaires. — Résumé des traits les plus saillants de la physionomie géologique de l'Algérie.

Bone, le 20 mai 1878.

J'ai à peine besoin de vous dire, qu'en essayant de vous donner une idée de la constitution géologique des contrées de l'Algérie que j'avais parcourues, je ne puis vous offrir que des ébauches, non seulement détachées, mais encore incomplètes, parce que plusieurs des éléments dont l'ensemble constitue la valeur d'un fait géologique doivent nécessairement manquer à mes observations, puisque la nature même de mon voyage ne me permettait pas toujours de déterminer l'âge des dépôts, ni par leurs caractères paléontologiques, ni par leur position relative. D'autre part, parmi les contrées que j'ai traversées, il en est qui n'avaient pas encore été suffisamment explorées, tandis que les parties de l'Algérie qui l'ont été, se trouvaient en dehors des pays que j'ai visités, ou bien, lors même qu'elles s'y rattachaient, n'avaient été étudiées que par lambeaux.

Sans doute, les matériaux de tout genre ne manquent pas, et ils suffiraient même à la construction d'une carte géologique de l'Algérie qui fait encore défaut, car les tentatives fort

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méritoires de MM. Ville et Renou ne répondent plus aux exigences de la science; malheureusement la plupart de ces matériaux précieux se trouvent encore à l'état de manuscrit dans les portefeuilles de savants, tels que MM. Tissot et Poniel, en attendant le moment où le gouvernement français fournira aux auteurs les moyens de mettre au jour tant de documents importants.

Malgré toutes ces défectuosités et ces lacunes, on peut cependant admettre, que la grande majorité des terrains sédimentaires composant l'écorce terrestre ont été constatés en Algérie, notammeut : 1° le terrain ancien, probablement silurien ou dévouien; 2° le terrain jurassique; 3° le terrain crétacé; 4° le terrain tertiaire; 5° le terrain quaternaire; 6° les dépôts modernes.

Je parcourrai rapidement ces six terrains en commençant par le plus ancien.

I. Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de vous le signaler plus d'une fois dans mes lettres d'Alger, le littoral sur lequel se trouve cette ville est composé de granités, gneiss, micaschistes, talcschistes, schistes chlorités et calcaires bleu foncé, formant un ensemble de roches qui occupent une large bande, dont la plus grande extension de l'est à ! l'ouest (du Moustapha supérieur jusqu'au cap El-Knatour) a environ 135 kilomètres, et du nord au sud (d'El-Biar jusqu'aux parages de la Pointe de Pescade) environ 50 kilomètres. Sur cette surface ainsi délimitée, ce sont les granités et les schistes cristallins qui dominent, tandis que les calcaires bleu foncé constituent des lambeaux détachés dont cinq sont remarquables par leur configuration; ils se trouvent tous plus ou moins groupés autour du mont Bouzaréa, situé presque au centre de ce domaine granitique et qui en représente le point culminant. Parmi les cinq lambeaux calcaires, il en est deux simulant la forme d'une longue coulée de laves sortant des flancs du mont Bouzaréa et s'étendant jusqu'au littoral : l'un se présente sur le versant occidental de cette montagne, et se dirige d'abord à

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