SÉPULTURES MÉGALITHIQUES DE ROKNIA
le moufQoD à manchettes a été de tous le plus abondant au Djebel-Thaya; d'autre part, ce grand repaire d'ours a dû en écarter les hommes et même leur inspirer tant de terreur que, comme le prouvent quelques inscriptions, ils ont offert à cet animal des hommages ainsi qu'à une divinité terrible 4.
Les monuments mégalithiques de Roknia ont fourni à M. Bourguignat des résultats tout aussi intéressants que la caverne de Djebel-Thaya.
Ces sépultures se trouvent à deux heures de marche d'Hammam-Meskoutine, entre le Djebel-Gherar, sur un vaste plateau accidenté, légèrement incliné vers le nord, près du village arabe Roknia. M. Bourguignat y constate environ 1500 sépultures encore non détruites, de véritables dolmens, et il donne la description et les figures de vingt-huit sépultures mégalithiques contenant quarante-cinq vases de toutes formes, treize bijoux en bronze et deux en argent doré, enfin les ossements de quarantehuit individus. Les bijoux de Roknia sont des plus simples et des plus primitifs : ils consistent en anneaux ou bracelets, en amulettes, enfin en bagues de bronze ou d'argent doré. Les crânes de Roknia, examinés par le Dr Pruner, se divisent en deux séries distinctes : crânes d'origine africaine et crânes d'origine problématique; c'est au premier type que se rattachent les crânes kabyles des dolmens de Roknia, fait qui suggère au Dr Pruner cette observation : que, contrairement à l'opinion de la plupart des anthropologis tes, suivant lesquels les Kabyles ou Berbères appartiennent à la race caucasique, le crâne des Kabyles est essentiellement africain par la con texture des os, et toucherait d'assez près à celui du nègre.
Une autre découverte, peut-être plus importante encore, faite dans ces sépultures par M. Bourguignat, est celle de la
1. M. Hœrness signale (Verhandl. der K. K. geol. Reichsanst., an. 1878, p. 273) dans quelques cavernes de la Styrie des ossements d'Ursus spelœus, espèce différente de celles constatées dans le Djebel-Thaya, mais cependant, comme ces dernières, également éteinte; plusieurs indices fournis par ces cavernes semblent faire admettre que, dans la Styrie, VUrsus spelœus était contemporain de l'homme, à l'époque glaciaire.
riche et remarquable faune malacologique qu'elles renferment, faune ayant remplacé les ossements des cadavres à mesure de leur disparition avec la terre qui recouvrait les sépultures. Ce fut ainsi que toutes les chambres intérieures des dolmens se sont remplies de détritus et de coquilles terrestres, car les mollusques de la contrée y cherchèrent un abri contre la sécheresse et un refuge contre l'intempérie des saisons. Il en est résulté que « ces dolmens, dit M. Bourguignat, renferment la plus riche collection de coquilles que l'on puisse voir, aussi ai-je pu y récolter la série complète de la population malacologique do ce pays. Toutes ces coquilles sont là amoncelées les nues sur les autres, comme par assises, dans un état parfait de conservation, semblant montrer, par la prédominance de telle ou telle forme, les causes climatologiques dont elles ont subi les influences modificatrices. »
Parmi les A2 espèces de mollusques recueillies par M. Bourguignat dans les chambres sépulcrales, il en a constaté au moins sept espèces perdues et une dizaine excessivement rares maintenant dans cette partie de l'Algérie. Toutes ces espèces, comme celles qui ont persisté jusqu'à nos jours, indiquent, par l'ensemble de leurs signes caractéristiques, un climat bien plus humide et une température d'une moyenne plus froide que la moyenne actuelle du pays. M. Bourguignat rapporte, à l'appui de cette assertion, les diverses modifications subies par X Hélix aspersa selon les conditions climalériques où il se trouve, modifications que font parfaitement apprécier les figures qu'il donne de ces mollusques recueillis en France, en Italie, en Syrie, etc. Or, ils prouvent que les Hélix aspersa groupés dans les couches inférieures des dolmens se rapprochent de ceux qui habitent le nord de la France, et, par conséquent, un pays plus froid et plus humide que Roknia, tandis que les individus de la même espèce recueillis dans les couches supérieures se rattachent aux formes propres aux pays plus secs et plus chauds, possédant à peu près le climat caractéristique aujourd'hui de la contrée où se trouve Roknia ,à une altitude de 430 mètres.