DÉPÔTS MODERNES
la marche de l'humanité, et, par conséquent, au nombre plus ou moins considérable des souvenirs littéraires, artistiques ou traditionnels qui s'y rattachent. En conséquence, ce sont particulièrement les contrées qualifiées de classiques qui offrent & ce genre d'études les résultats les plus riches et les plus variés, ainsi que je crois l'avoir démontré, en suivant pas à pas, les auteurs anciens à la main, les nombreuses modifications que la surface de l'Asie Mineure a épouvées, même dans le laps de temps écoulé depuis l'ère chrétienne jusqu'à nos jours; car c'est pendant cette période, comparativement si courte, que les fleuves y ont changé leurs cours, souvent à plusieurs reprises; que les côtes ont subi des altérations dans leur configuration et leur étendue par l'adjonction de vastes deltas; que des villes maritimes ont été refoulées à des distances considérables du littoral ; que des lacs et même des golfes sinueux furent convertis en terre ferme, des vallées profondes en plaines et des plaines en gouffres ravinés; le tout par l'action infatigable des agents physiques ordinaires, sans l'intervention de cataclysmes violents '.
Sans doute, l'Algérie, qui, elle aussi, réclame sa place parmi les pays classiques, ne tardera pas à fournir aux savants des données intéressantes sur le développement successif des dépôts modernes se rapportant aux époques soit historiques soit préhistoriques, et, dès à présent, on peut déjà citer quelques observations de ce genre ne manquant pas d'intérêt.
1. Dans ma Géograhie physique comparée de l'Asie Mineure (Paris, 1866), j'ai essayé de reconstruire l'histoire des nombreuses modifications que la surface de la péninsule a éprouvées depuis l'ère chrétienne. Cette partie de mon travail qui, comme de raison, a nécessité d'immenses recherches, a été résumée dans mon écrit intitulé : Une page sur l'Orient, p. 272-282, où, malgré la réduction du cadre, se trouvent groupés les faits principaux, permettant d'apprécier à sa juste valeur le phénomène dont il s'agit. L'importance de ce phénomène est telle, qu'en considérant seulement les accroissements de terrain que l'Asie Mineure a obtenus par la formation des deltas, ainsi que par le comblement de lacs et de golfes, on pourrait dire, sans exagération, que dans ce court espace de temps, elle a conquis l'étendue d'une véritable province, genre do conquêtes ne cessant de continuer et semblant justifier cette prophétie citée par Strabon, il y a déjà près de dix-huit siècles : qu'un
Ainsi, M. Renou * signale, dans la plaine située entre la ville de Bone et le pied de la montagne, des argiles et des grès qui, de concert avec les coquilles de mollusques habitant aujourd'hui la Méditerranée9 renferment quelques petits fragments de poterie romaine; ce qui ferait supposer que la formation de cette plaine est contemporaine de l'homme et même postérieure à la domination romaine. De même on peut citer la remarquable formation d'une brèche osseuse près de l'oasis de Laghouat (El -À gh ou al) où se trouve une caverne servant de repaire à des hyènes, qui y ont accumulé et continuent à accumuler une immense quantité d'ossements, appartenant tous aux animaux sauvages ou domestiques habitant aujourd'hui la contrée. Or, tous ces débris divers, parmi lesquels se présentent quelques têtes humaines et sont mélangés avec les excréments des hyènes, ainsi qu'à des matières terreuses, se transforment quelquefois en une véritable brèche osseuse ne différant en rien des ancieunes brèches osseuses ayant fourni aux paléontologistes tant de restes d'animaux aujourd'hui éteints*.
Je terminerai celte ébauche grossière des différents terrains composant l'Algérie, par un coup d'œil rapide sur les traits les plus saillants qui caractérisent l'ensemble du tableau géologique de cette contrée.
I. Les travaux divers dont l'Algérie a été l'objet n'y ont pas encore, que je sache, signalé des traces certaines de l'époque
jour viendra où la côte de la Cilicie se trouvera jointe à l'Ile de Chypre. Une telle prophétie n'est nullement en désaccord avec les prévisions géologiques, qui admettent des accroissements alluviaux sur une échelle bien plus considérable encore. Ainsi, on signalant l'immense développement du terrain formé aux bouches des fleuves tributaires de la mer Noire, M. Peters dit (voy. Die Donauund ihr Gebiet) : c La mer Noire ne cesse de recevoir les dépôts causés par ses affluents, et l'on peut prévoir l'époque où le Dnieper, le Dniester et le Danube seront réunis en un seul delta. Il serait même permis d'admettre qu'un jour le bassin du Pont-Euxin se trouvera complètement comblé, et que les fleuves qui s'y jettent se dirigeront vers le Bosphore à travers un canal creusé dans cette nappe alluviale de création récente. »