‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 252 sur 285 · CARTHAGE A L'ÉPOQUE DE BÉLISAIRE · texte numérisé non relu

CARTHAGE A L'ÉPOQUE DE BÉLISAIRE

massif, des statues, des vases, des monceaux de pierres précieuses, etc.

On le voit, Carthage ne cessa de ressusciter après chaque nouveau coup qui venait de la frapper; et ni Genséric, qui s'en empara sous le règne de l'empereur Valentin III (441 ans après J.-C); ni Belisaire, qui (553 ans) la reconquit de nouveau à l'empire byzantin; ni enfin les Arabes, qui à deux reprises (en 673 sous Hassan, et en 678 sous Musa) l'assaillirent et s'en rendirent maîtres, ne parvinrent à effacer complètement les traces de l'indestructible cité.

Et pourtant, ses ruines seules, encore splendides, s'élevaient au milieu d'affreuses solitudes, car sous la domination byzantine, notamment sous le règne de Justinien, toute cette partie de l'Afrique offrait un tableau frappant de désolation, tableau que Procope i retrace avec les couleurs les plus sombres, en nous apprenant que, grâce à son déplorable système administratif, l'empereur Justinien avait fait de l'Afrique un immense désert, où pendant plusieurs jours de voyage on ne rencontrait plus un être vivant : « Africain sic devastavit ut difficile sit% immo dictu mirabile, post multorum ibi dierum viam> obvium habere quemquam. »

De plus, Procope porte à cinq millions le nombre d'hommes qui, sous le règne de cet empereur, périrent en Afrique par la guerre ou par la famine. Sans doute, nous ne pouvons prendre à la lettre toutes les révélations tantôt infamantes, tantôt scandaleuses, que l'historien byzantin donne sur l'empereur, l'impératrice et leur cour, car, évidemment, ses Anecdola avaient été rédigées sous l'empire de sentiments de vengeance et de dépit, dont nous ne pouvons plus apprécier les motifs ; toutefois, si nous n'acceptons que la moitié de ses assertions, il en reste assez pour nous donner une idée du triste état où se trouvait l'Afrique à cette époque (sixième siècle après J.-C), ce qui ne rend que plus inconcevable l'existence de nombreux et splendides monuments que possédait Carthage,

Page 1