ANNEXION DE LA TUNISIE A LA FRANCE
faveur que M. Cubisol put obtenir, c'est que ta vie des hommes qui composaient l'équipage fût épargnée; aussi, après les avoir complètement dépouillés de leurs vêtements, les Arabes eurent la générosité de leur permettre de gagner Tunis à pied, presque dans un état de parfaite nudité. Or, tout cela se passa en présence du consul de France et des représentants tunisiens de la force publique, et de plus, à la portée des canons du fort Borj-Djerid, dont quelques décharges eussent suffi pour dissiper les brigands.
Evidemment, l'humiliante impuissance du bey ne laissait à la France d'autre moyen que l'emploi de mesures compulsives pour obtenir une prompte réparation, d'autant plus qu'on savait que le gouvernement tunisien était trop pauvre pour payer une indemnité pécuniaire. Malgré cela, l'affaire en reste là, et cette fois encore le gouvernement français avait consenti à attendre son heure pour agir.
C'est cette heure décisive que tous les amis de l'humanité en général et de la France en particulier attendent avec impatience. C'est alors seulement que la mission providentielle de la France en Afrique sera réellement accomplie, et que ces splendides contrées redeviendront le grenier et le jardin de l'Europe, sans avoir à regretter la protection des drapeau; britannique ou italien.
Ici, je dois terminer mes rêveries tunisiennes, car M. Roustan, consul général de France, vient nous annoncer l'arrivée dans la rade du bateau de la compagnie Valéry, que le gouvernement français avait mis à la disposition du bey, afin d'aller chercher à Naples le ministre de ce dernier. Le bateau ayant une destination officielle, avait ordre de n'accepter aucun passager, mais grâce à l'intercession de M. Roustan qui, jusqu'au dernier moment de notre séjour à Tunis, n'avait cessé d'être pour nous une véritable providence, il se présentait une occasion tout à fait inattendue d'aller en vingt-quatre heures à Naples, au lieu de faire le long et fastidieux voyage de Tunis à Livourne par la voie de Cagliari. Nous nous embarquerons donc demain (9 juin), et arrivés à Naples, nous nous empresserons
de gagner nos pénates à Florence, en terminant ainsi nos pérégrinations, dont je vous ai assez parlé pour fatiguer votre attention, mais sans pou voir jamais vous donner une idée suffisante, ni des belles régions que nous avions parcourues pendant près d'une année, ni des souvenirs prestigieux et ineffaçables qu'elles laissent après elles.