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APPIEN ET LES HISTORIENS DE GARTHAGE

Appien et les historiens de Cartilage. (P. 529.)

Ce qui démontre le mieux la place exceptionnelle qu'Appien occupe parmi tous les historiens de Cartbage, c'est ce fait remarquable, que, malgré le grand nombre d'ouvrages historiques des anciens arrivés jusqu'à nous, les parties qui font défaut sont généralement celles qui contenaient la relation de la chute définitive de Cartbage accomplie par Scipion. Tel est le cas notamment à Tégard de Polybe, Denys d'Haï icarnasse, Tite-Live, Diodore de Sicile et Dion Cassius.

Ainsi, bien que la grande œuvre historique de Polybe ne nous soit pas parvenue en entier, puisque nous n'en possédons que 11 livres (I-XI) complets, et 38 (Xll-XL) plus ou moins mutilés, cependant, dans l'énorme quantité de faits que renferment ces précieuses épaves et qui embrassent assez complètement les guerres puniques, il ne se trouve qu'un seul fragment où il s'agisse de la prise de Carthage, c'est le passage qui nous apprend l'émotion que causa à Scipion l'aspect de la ville livrée aux flammes et lui rappela les beaux vers d'Homère. Or, c'est à la reproduction de ce passage de Polybe que se borne à peu près tout ce que Diodore de Sicile dit sur ce sujet, notamment dans un fragment du XXXII* livre de sa Bibliothèque historique, et pourtant nous possédons 20 livres assez complets de ce vaste répertoire.

De même, Tite-Live, après avoir raconté avec les plus grands détails les guerres puniques, nous conduit jusqu'à l'époque qui précède de quelques années seulement la prise de Carthage, mais il ne la mentionne point, parce qu'elle se trouvait décrite précisément dans les livres qui nous manquent, notamment dans le livre LI, ainsi que cela résulte de VEpitome ou Epitomata Tiii-Livii, compilation jadis attribuée à FI o rus, mais que les critiques plus récents * considèrent comme un travail d'un auteur inconnu. Or, le livre LI suffit pour nous faire apprécier le développement qu'a dû avoir celte partie perdue de Tite-Live ; et il est à présumer que là, comme dans les parties de son Histoire romaine que nous possédons, il aura mis à contribution des matériaux précieux, indépendamment de ceux fournis par Polybe, auquel, du reste, il est bien loin de rendre la justice qui lui est due, puisque, tout en l'exploitant largement, il se dispense de le citer, ou bien il le mentionne comme un auteur obscur, lorsqu'en parlant de l'entrée triomphale de Scipion à Rome, il dit : c le roi Siphax suivit le char du vainqueur, comme le rapporte Polybe, auteur qui n'est pat à dédaigner (haud quamquam spernandus auctor)2. > C'est là un des exemples nombreux de la différence entre nos idées et celles des anciens, relativement aux droits des emprunts littéraires, car les

auteurs classiques ne croyaient pas généralement commettre un pla-

1. Voy. Œuvra de TUe-Live, publiées tous là direction de M. Nisard, t. I, p. 873, et t. II,

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