Hist. rom., L XXX, p
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594 PIÈCES JUSTIFICATIVES. î'"
giat en mettant à contribution, sans les citer, leurs prédécesseurs ou leurs contemporains ; pratique peu loyale qui avait fini cependant par attirer l'attention des écrivains du temps des derniers empereurs, au nombre desquels Macrobe, qui vivait au cinquième siècle de notre ère, occupe un rang distingué - "
parmi les critiques. Or, dam ses Saturnalêê (Saturnaliarum libri Vit), les livres V et VI sont presque exclusivement consacrés à inventorier minutieuse- "■
ment tous les larcins commis par Virgile aux dépens de ses prédécesseurs. Le '-;
réquisitoire dressé par Macrobe est tellement accablant, que parmi nos auteurs modernes les plus célèbres, il en est peu qui eussent pu supporter impunément une telle épreuve, et il est à craindre que Tite-Live (comme plusieurs uV parmi les classiques) ne se relèverait pas facilement s'il était tombé entre les ç. mains de Macrobe *» i -
Maintenant, si de Tite-Live nous passons à Denys d'Halicarnasse et à Dion Cassius, nous voyons que les 20 livres, plus ou moins mutilés, que nous possédons de l'Histoire romaine de Denys, ne vont que jusqu'à Tannée 272 avant J.-C, et par conséquent jusqu'à une époque de 126 années antérieure à la chute de Carthage, dont la relation, comme de raison, doit se trouver dans les livres perdus ; et quant à Dion Cassius, bien que sur les 78 livres dont était composée son Histoire romaine, 54 aient été tant bien que mal "
conservés, cette fois encore les livres perdus sont précisément ceux qui conte- j-
naient la chute de Carthage, ce qui est d'ailleurs démontré par les quelques fragments recueillis des 24 livres manquants, parce que les combats entre Scipion et Annibal y sont mentionnés.
Pour terminer la série des principaux historiens de l'antiquité postérieurs aux guerres puniques, il me reste encore à citer Tacite, Cornélius Népos et Justin. Or, 1 \ Histoire et les Annales du premier ayant pour point de départ une époque plus récente que celle des guerres puniques, Tacite n'a pu s'en ■ >
occuper ; mais un tel motif ne saurait expliquer le silence ou du moins l'absence de tout détail à cet égard dans Cornélius Népos et Justin, car leurs ouvrages embrassent l'époque à laquelle eurent lieu les célèbres luttes, et, mal- '.
gré cela, Cornélius Népos y touche à peine. Il est vrai, Annibal y est mentionné «,-
ainsi que sa défaite par Scipion, mais pas un mot sur la prise de Carthage, ,\
événement que Justin passe également sous silence, et pourtant il est impos- H ■£
sible d'admettre que Trogue-Pompée dont Justin n'est que Tabréviateur, n'ait -"-
pas accordé dans son grand ouvrage une large place à un fait d'une telle y
importance. jjV
On le voit, une fatalité inexorable semble s'être acharnée contre les documents historiques relatifs à la chute de Carthage. On eût dit qu'un arrêt mystérieux de la Providence ail décidé, non seulement que cette célèbre cité
i. Pour donner une idée do l'impitoyable procèf intenté par Maerobe à Virgile» Je ■enttonoerii seulement les titre» de quelques chapitres des livres V et VI des Saturnales, entre autres les suitants : Livre V, ch.n : Des emprunts que Virgile a faits aux Grecs; — ch. lit : l)es dfters paysages de Virgile traduit* d'Homère (ex Homero tradueta) ; — ch. iv-x, consacres à l'énumératioto des plagiats commis par Virgile dans les livres II-1X, ainsi que dans les autres livres do Wtniidc. — Livre VI, ch. I : Des vers que Virgile a pris à moitié ou môme en entier dans d'autres poètes latins. Ces chapitres, qui ne constituent qu'une minime partie dee V« et VI* livres, puisque le premier en a 92 et le deuxième 9, tous consacrés au réquisitoire contre Virgile, suffisent peur prouver la sévérité avec laquelle a été traité l'illustre accusé.
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