IMPORTANCE DÉS DOLMENS DES BENI MESSOUS
port et la mise en place. Les débris de poteries se trouvent à l'un des angles antérieurs des dolmens. Ces poteries, fort grossières et peu nombreuses, ne sont mêlées à aucune pierre, à aucun caillou; il n'y a été recueilli qu'un seul coquillage bien conservé, un Pecloncle appartenant à la mer actuelle. Les ossements apparaissent à 30 ou 36 centimètres de profondeur à partir de la surface du sol ; les débris des squelettes sont entassés pêle-mêle, la plupart sont pourris ou brisés. Dans chacun de ces tombeaux ont été trouvés des anneaux ou bracelets, longs, minces, très friables; ils sont en cuivre et très oxydés. Aucun signe mnémonique n'est placé sur ces tombes. Dans chaque tombe ou dolmen, plusieurs sujets de tous les âges, depuis la décrépitude confirmée jusqua l'état fœtal ou de l'âge du nouveau-né, ce qui implique pour chaque tombe l'usage de plusieurs générations s'accumulant dans la même fosse commune. Tout annonce que dans ces lieux la vie était encore troglodytique, mais moins enfermée que dans l'âge de l'homme de la Pointe de Pescade, c'est-à-dire de l'âge de la pierre taillée.
Enfin, MM. Bertherand et Bourjbt croient avoir trouvé la preuve que les habitants troglodytes de cette époque avaient lïoccasion de se procurer, soit commercialement, soit par piraterie et droits d'épaves, des produits d'un art plus parfait venant des régions asiatiques de la Méditerranée. Ces preuves sont fournies, selon ces savants, par la trouvaille dans les dolmens des Béni Messous, d'anneaux ou de bracelets en bronze d'un art parfait, contrastant avec la grossièreté des produits de même nature avec lesquels ils sont confondus ; il en est de même de la céramique, car à côté des produits les plus grossiers, on voit des fragments d'une poterie plus fine, sonore ou mieux cuite.
Les dolmens de Béni Messous sont bien moins remarquables par eux-mêmes que parce qu'ils constituent des représentants des monuments préhistoriques, dont le nombre constaté en Algérie surpasse celui des monuments de ce genre connus dans une contrée quelconque. C'est un fait important mis en
I i ) ALGKIÏIE.
évidence, môme par les explorations fort imparfaites, mais néanmoins 1res fructueuses, dont ces monuments ont été l'objet, et que M. Flower a résumées dans un travail intéressant, malheureusement trop peu connu en France1. Il résulte <!e ce travail que, sous certains rapports, les monuments sépulcraux préhistoriques de l'Algérie offrent bqaucoup de ressemblance avec ceux de l'Angleterre et de la France, tandis que sous d'autres rapports ils en diffèrent complètement, d'abord j.ar leur nombre infiniment plus considérable, et puis par la variété plus grande dans la construction et par une disposition et un arrangement inconnus ailleurs. M. Flower cite surtout la province de Constantine comme étant littéralement criblée de ces monuments, et il croit qu'ils sont également très nombreux dans les régions de Tunis et du Maroc2. Parmi les monuments situés dans la Kabylie, il en est qui portent des inscriptions en langue inconnue. Dans beaucoup de tombeaux algériens on a trouvé des squelettes, soit assis, soit couchés. De plus, on a recueilli dans une tombe, près de Bône, une monnaie à l'effigie de l'impératrice Faustine, tandis que plusieurs autres tombes ont fourni un grand nombre de coquilles terrestres. A Teniet-el-Ahd les dolmens contiennent une énorme quantité d'Hpîtres, de Ferussacia, de^Bulimes, etc., mélangés avec des cendres, de même que des os d'oiseaux et d'animaux divers. M. Flower nfc croit pas que ces mollusques, tous de petites dimensions, aient servi de nourriture; il pense qu'ils étaient plutôt l'objet d'une vénération religieuse, ainsi