CARRIÈRES PRÈS DU COUVENT DES TRAPPISTES
environ au nord-est du couvent et désignée par le nom assez bizarre de Carrière du Moribond. Elle fait voir mis à nu des dépôts puissants d'un conglomérat solide horizontalement stra tifié, composé de grains menus arrondis de quartz, ainsi que de petits fragments de plusieurs roches; je n'ai pu distinguer dans ce conglomérat des traces de corps organiques.
En revanche, elles se présentèrent abondamment dans une autre carrière que nous visitâmes à 2 kilomètres environ au nord-est du couvent (à 3 kilomètres au sud-ouest de Charagas). C'est une vaste excavation, dont le fond est envahi par l'eau filtrant par plusieurs fissures de la roche. Celle-ci est également un conglomérat compact à grains très fins, mais criblé de moules et d'empreintes de pectoncles et peignes plus ou moins dé termina blés. Les pectoncles appartiennent à une espèce vivante encore (Pectunculus violaceus) ; il en est de même des peignes représentés par le Pecten opercularis. Cette espèce qui, à l'état fossile, est caractéristique pour le terrain subapennin ou pliocène, habite la Méditerranée tout le long de la côte algérienne ; mais tandis que sur le littoral de Bône elle est parfaitement identique avec l'espèce fossile, dans la mer d'Alger, elle forme une variété plus petite dont Poli a fait une espèce distincte sous le nom de Pecten sanguinea, et Payraudeaux sous celui de P. Ardouini. Le Pecten opercularis se trouve abondamment dans les dépôts du Sahel 4, et y constitue le représentant le plus commun et le plus important parmi les mollusques fossiles tertiaires.
Enfin nous nous transportâmes à une troisième carrière, située dans la direction de Staouli, à l'endroit nommé les Moulins. Pour nous y rendre, nous traversâmes une contrée ondulée, peu boisée, mais revêtue d'une riche végétation herbacée, composée d'espèces diverses parmi lesquelles dominaient : les Cynara {Rhaponticum) acaulis (en feuilles), Anchusa tinctoria (en fleur), Iris sisyrinchium (en fleur), etc.
1. On désigne par ce nom la région littorale tout autour d'Alger, notamment celle comprise entre Alger et Blidah.
l.|4 ALGÉRIE.
Dans la carrière des Moulins, le conglomérat solide passe à un calcaire blanc, soit crayeux, soit compact, plus ou moins siliceux, à texture souvent celluleuse, mais ne paraissant pas renfermer des fossiles; il forme des couches assez puissantes horizontalement stratifiées; on l'exploite pour la fabrication de la chaux.
Près de la carrière se trouvent de beaux groupes d'eucalyptus, ainsi que quelques saules (Salix pedicellata) , dont les chatons laissaient très distinctement apercevoir les petits pédicelles qui portent les fleurs. A côté de la carrière dont il s'agit et tout près duîour à chaux, se voit une autre carrière, où le calcaire blanc celluleux alterne avec des couches moins puissantes de conglomérat à grain fin, précédemment indiqué; le sol humide tout autour de cette carrière était revêtu de Chara fœtida.
En considérant les roches non fossilifères composant les carrières que j'avais visitées, comme étant exactement les mêmes que celles de la carrière des Moulins, passant aux roches contenant des fossiles ou alternant avec celles qui en sont dépourvues, on est naturellement conduit à conclure que l'ensemble de tous ces dépôts appartient au terrain caractérisé par le Pectunculus violaceus et le Pecten opwcularis, et, par conséquent, à l'étage supérieur (pliocène) de la formation tertiaire.
Après avoir obtenu ce résultat satisfaisant de l'examen des carrières situées dans la proximité du couvent des Trappistes, je me dirigeai à la recherche des dolmens, qui, comme on me l'avait dit, ne pouvaient être atteints, en venant du couvent, qu'en franchissant des coteaux assez escarpés.
Je laissai, en conséquence, Staouli à ma gauche et traversai la contrée d'abord peu accidentée et presque déboisée, comprise entre Staouli et le Beni-Messous ou Tarfa, petit cours d'eau presque à sec, qu'on franchit par un pont; puis je longeai à une certaine distance les dunes de sable qui bordent à l'est la baie située entre Sidi-Ferruch et le cap Kratour; la partie inférieure de ces dunes est revêtue de buissons de genévriers
DOLMDNS DKS BKNI MKSSOUS.
(Juniperus phœnzceu$),de Chêne au kermès (Quercus cocci fera) , de Lentisque (Pistacia lentiscus), de Phillyrea {Phillyrea média), elc. Enfin, après avoir traversé par un pont le Béni Messous, je me suis mis à gravir les hauteurs qui devaient me conduire aux dolmens, en suivant pendant une heure des sentiers assez escarpés serpentant au milieu d'épais taillis de Bruyère {Erica arborea), de Phillyrea {Phillyrea média, en feuilles), de Cistes (Cistus monspelliensis, salvifolius et heterophyllus, en fleur), de Myrtes, d'Arbousiers (Arbulus unedo, fleurs et fruits), Chêne de kermès, Genévriers, de Joncs (Arundo festucoides, en fleur), etc., tandis que le tapis végétal était composé de végétaux herbacés divers dont je ne mentionnerai que les suivants ' :
Helianthemum guttatum.
Armeria niauritanica (feuilles).
Lysimachia linum stellatum (fruits).
Anagallis arvenm (à fleurs bleues).
Globularia alypum.
Lavandula stœchas.
Calendula officinalis.
r. Centaurea af ricana (feuilles).
r. Evax astariscijlora.
Senerio humilis.
Helichrysum Fontanesii.
r. Filago gallica (feuilles).
r. Biscutella raphanifolia (fleurs et fruits), r. Erucastrum (espèce non décrite à rameaux fortement divergents), r. Genista Uni fo lia.
— tricuspuiata.
r. Tetragonolobus biftorus (à fleurs jaunes).
Omithopus compressais (fleurs et fruits).
Anthyllis vulneraria, var. Dillenii.
Phaca bœtica '.
r. Phelipcea Mutelii.
fris sisyrinchium.
r. Andropogon laniger.
En montant sur un plateau accidenté, j'aperçus enfin les dolmens répandus çà et là; ils consistent généralement eu deux larges dalles posées verticalement et recouvertes d'une troisième dalle horizontale. J'ai pu compter treize de ces monuments dans un seul petit vignoble; mais il y en a beaucoup d'autres cachés dans les broussailles ou complètemeqt revêtus de terre végétale qui nourrit une foule de plantes, telles que Trèfle (Trifolium agraria), Lotier {Lotus crelicus). Lupin (Lupinus luteus, eu feuilles), Helianthème {Helianthemum
i . Les espèces sans indication aucune sont en floraison, celles marquées de r sont rares en Algérie.
2. Acquérant les proportions d'un vigoureux buisson qu'on aperçoit de loin, à cause de ses feuilles d'un ver! argentin.
TCniHATCHEF. W
lit) ALGÉRIE.
osgyptiacuni) , Àntheric (Anthericum bicolor)^ Parouique argentée {Paronychia argentea), etc. Les Arabes attribuent des propriétés dépuratives à cette dernière plante, dont on vend de grandes quantités sur les marchés d'Alger. On se sert de son infusion comme du thé, de même que de celle de deux Verveines (Verbena triphylla et Verbena ou Lippia citriodora) et d'une espèce de Ciste (Cistus albidw) : toutes ces infusions sont fréquemment servies dans les cafés et les bains des indigènes, et sont connues des Européens sous le nom de thé arabe *.
Les dolmens s'étendent des deux côtés du profond ravin de Messous, bordé par las couches horizontalement stratifiées de calcaire concrétionné ; les parois du ravin sont percées d'excavations qui peut-être servaient d'habitation aux hommes préhistoriques, dont les dolmens représentent les sépultures. Ces grossiers mais curieux monuments sépulcraux ont été l'objet de recherches consciencieuses, de la part de MM. Bertherand et Bourjot qui ont fait connaître les résultats de leurs études dans un travail publié à Alger en 18682. Ainsi que le fait voir ce travail, les dolmens sont tous tournés vers le nord «La dimension des dalles qui composent ces monuments rectangulaires est généralement de 3 mètres de long sur lm,50 de large, indice de l'usage de moyens mécaniques assez puissants pour le trans-
1. Une autre plante, Erythrœa centaurium Pers., assez commune dans les environs d'Alger, où elle fleurit en mars et mai, est également employée comme infusion tant chez les Arabes de l'Algérie que chez les Turcs de l'Asie Mineure, où je l'ai observée sur le littoral septentrional, entre autres, dans les environs de Samsoun ; seulement en Asie Mineure l'infusion des fleurs de cette Gentianée joue le rôle de notre thé, tandis que les Arabes de l'Algérie en font usage comme d'une substance officinale douée de propriétés fébrifuges, et telle est également l'opinion des colons algériens, qui non seule* ment s'en servent eux-mêmes, mais encore envoient en France de grandes quantités de fleurs desséchées de celte plante. A côté de YErythrœa centaurium, appelée par les Arabes Meurr-et-hamech (Fiel de serpent), figure en Algérie une autre plante également à titre de fébrifuge : c'est l'Armoise arborescente (Artemisia arborescents), très commune tout autour d'Alger, où elle fleurit en juin; les Arabes l'appellent Chedjerat Meriem (Arbre de Marie).
2. Sous le titre de Fouilles des Dolmens du plateau des Béni Messous, près d'Alger.