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VÉGÉTAUX REMARQUABLES DU JARDIN D'ESSAI

non pas à cause de leur rareté, puisqu'elles prospèrent en pleine terre également dans plusieurs jardins botaniques de l'Europe, mais en raison de quelques considérations intéressantes qu'elles suggèrent. A l'entrée même du Jardin se trouve un beau groupe de Cycas revoluta et de Zamia vernicifolia qui offrent cela de remarquable, que les Cycas sont tous femelles et les Zamias exclusivement mâles, en sorte qu'on n'a pu les propager qu'à l'aide de bourgeons, et M. Rivière m'a appris qu'il n'est jamais parvenu à fructifier les ovaires du Cycas revoluta par le pollen du Zamia vernicifolia.

Je dois encore mentionner un pied très vigoureux de Colocasia esculmta, apporté en 1873 par M. Rivière des parages limitrophes de la Galle, où, dans une vallée voisine du cap Rosa, cette Aroïdée se présente en grand nombre associée à plusieurs plantes européennes, telles que Arundo donax, Osrnunda regalis, etc. ; or, l'exubérance avec laquelle le Colocasia esculenta se développa dans le Jardin, pourrait le faire considérer comme presque naturalisé, ainsi qu'il Test certainement dans les parages de la Galle.

Enfin, parmi les magnifiques Rambous cultivés dans le Jardin d'essai, et dont quelques-uns, sans doute, sont nouveaux (M. Rivière n'ayant pas encore été à même de les déterminer), plusieurs de ces gigantesques Graminées ont été, de la part de ce botaniste, l'objet d'une étude particulière, notamment les trois espèces suivantes : Bambusa arundinacea (macroculmis), B. nigra et B. mitis dont il avait suivi la croissance jour et nuit : ce qui l'a conduit à des résultats tout à fait inattendus, notamment à ce fait que, dans ces trois Rambous, la croissance s'effectue indépendamment de l'action de la lumière et même de la chaleur. Dans deux de ces espèces, la croissance est bien plus considérable la nuit que le jour, ce qui n'est point le cas à Tégard des Rambous de l'Himalaya et du nord de la Chine.

Sans reproduire les registres détaillés des observations que M. Rivière a bien voulu me transmettre, je ne puis m'empêcher de signaler ici, avec quelques détails, les résultats généraux

qu'il a obtenus pour chacune de ces trois espèces si patiemment et si consciencieusement étudiées \

Bambusa arundinacea (macroculmis). — La croissance de la nuit est, dans cette espèce, bien supérieure à celle du jour : c'est un fait constant, remarqué dans huit années d'observations sur plusieurs sujets à la fois, en voie de développement. Le tableau reproduisant les observations dont cette espèce a été l'objet prouve que la plus grande croissance en 24 heures est de 309 millimètres, chiffre qui se décompose en 414 millimètres pour le jour et 195 millimètres pour la nuit. Les 49 jours d'observations des croissances donnent le résultat suivant : deux fois les matinées sont égales aux après-midi; 13 malinéesont une croissance supérieure à celle des après-midi, mais 32 aprèsmidi ont une croissance supérieure aux matinées.

Dans l'étude faite en 1876, sur 71 jours d'observations, 18 jours seulement les matinées ont élé supérieures aux aprèsmidi, tandis que pendant 33 jours c'est le contraire qui eut lieu. 11 résulte donc de ces observations et d'un grand nombre d'autres qui les corroborent, que la croissance diurne du Bambusa arundinacea est plus accentuée dans les après-midi que dans les matinées.

La croissance, plus marquée pendant la nuit, s'accuse encore dans les cas d'avortement du bourgeon, qui a seulement une croissance nocturne; elle s'accuse aussi dès le début de la végétation de la tige, et à son déclin les croissances peu sensibles de ces époques sont presque nulles pendant le jour, ce qu'on peut vérifier par les premiers chiffres du tableau, enregistrés pourtant à une certaine hauteur du sol.

Bambusa mitis. — Chez cette espèce aussi la croissance est décidément plus considérable la nuit que le jour. Les deux plus

1. MM. Auguste et Charles Rivière ont publié dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation (an. 1878, 3e sér., t. V)une série d'articles sur les Bambous, en étudiant cette intéressante famille sous tous les rapports tant exclusivement botaniques que culturaux. M. Charles Rivière a continué les observations faites en commun avec son. père, en sorte que le travail que je publie ici sert de complément et de développement au premier.

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