CONTRÉE ENTRE ALGER ET LE PORT NATIONAL
lutter, souvent avec succès, pendant plusieurs siècles, avec les nouveaux et dentiers envahisseurs de ces régions.
Dans sa savante Histoire de rétablissement des Arabes dans F Afrique septentrionale (Constantine, 1879), M. Ernest Mercier fournit sur cette race, encore si peu connue, des renseignements précieux et nouveaux, puisés dans les auteurs arabes, qu'en sa qualité d'interprète officiel, attaché au gouvernement français, il pouvait apprécier et étudier mieux que personne. M. Mercier considère (p. 361) les Berbères ou Kabyles comme les plus anciens habitants de l'Afrique, où ils se trouvent disséminés aujourd'hui sous des noms très divers (Berber, Tebou, Imottchar, Touareg ', Chelouh, Kabyle, Çhaouia, Maures, etc.), et il a exposé les raisons (p. 375) qui l'autorisent à leur appliquer le titre à'autochthones. Les deux cartes, jointes à l'ouvrage du savant orientaliste, indiquent graphiquement l'extension des Berbères ou Kabyles, dans cette partie de l'Afrique, pendant les années 1050 et 1400, et l'on est tout surpris de constater que, même à cette dernière époque, relativement assez rapprochée de la nôtre, ce fut encore ce peuple, vivace et belliqueux, qui occupait la majeure partie de l'Algérie, où, de nos jours, il ne constitue plus [que des lambeaux clair-semés. Aussi l'étude de l'important ouvrage de M. Mercier m'avait inspiré tant d'intérêt pour cette remarquable race, que j'éprouvais la plus vive impatience d'en voir quelques représentants échappés aux naufrages des siècles.
En conséquence, le 11 mars nous partîmes, ma femme et moi, pour le Fort National, et afin de gagner du temps et de simplifier notre voyage, nous nous décidâmes à le faire en diligence, laissant à Alger nos gens et notre bagage.
Après être descendus dans la plaine de la Metidja et avoir traversé la Maison-Carrée, nous commençâmes à gravir des collines boisées, composées de sable et de conglomérats. Les quelques arbres qui avaient été dépouillés de leurs feuilles commençaient à en développer de nouvelles. A deux heures d'Alger, nous relayâmes dans le petit village Rouiba, habité par une population mixte de Français et d'Arabes, bien que
les maisons rangées des deux côtés de la route aient un aspect exclusivement européen. Le village est entouré de beaux massifs de Cactus et d'Eucalyptus, cependant la contrée est encore assez monotone, mais ne tarde pas à offrir une physionomie plus variée, entre Rouiba, Raigha et Aima. Dans les parages de Raigha, la plaine, presque inculte, est hérissée d'Asphodèles, et les collines revêtues d'Oliviers, de Chênes-lièges, de buissons do Phaca bœtica(en fleur), de Calycoto?nespino$a(\d.), de Daphne gnidium (en feuilles), etc.
De fréquentes dénudations laissent voir des dépôts horizontalement stratifiés, de sables rougeàtres et d'argiles, contenant des galets arrondis. Nous traversâmes Aima, village considérable de 6000 habitants, dont la moitié Arabes. 11 est entouré de belles plantations d'Eucalyptus et les champs tout alentour sont bien cultivés. Ici la contrée devient décidément pittoresque et la végétation assez variée : le Palmier nain est fréquent, l'Orme était revêtu de feuilles nouvelles (14 mars), mais le Mûrier blanc dressait ses branches encore complètement nues.
Rien que nous fussions entrés dans la Kabylie, rien n'annonçait encore un changement quelconque dans l'aspect extérieur de la population.
Après Beni-Aïcha, village considérable et qui, quoique habité à moitié par les Arabes, a un aspect éminemment européen, la contrée s'aplanit de plus en plus; nous aperçûmes à notre gauche, sur une colline, le village Blad-Gitaun, occupé par des Lorrains, qui, au reste, constituent une bonne partie de la population chrétienne de la contrée. A huit heures d'Alger, nous traversâmes Rordj-Menayel, contenant une population chrétienne de 400 âmes. La contrée contiuue à être assez unie, bien cultivée. Les plaines étaient émaillées par les Centaurea pullata (variété blanche), Adonis vernalis, Silène fuscata. Anthémis fuscata, etc. Les montagnes des deux côtés paraissaient être plus ou moins élevées et en grande partie boisées, mais la plaine est complètement dénuée de végétation arborescente, à l'exception de quelques bouquets d'arbres au-