TIZI-OUZOUN. — SON CLIMAT
tour des villages et des fermes. A 81 kilomètres d'Alger, nous descendîmes vers le village Azib-Zanoun, situé au milieu de surfaces nues qui, avec les montagnes à contours ondulés les limitant, nous rappelèrent les plaines arides de la Castille, illusion singulièrement favorisée par la température assez basse que nous eûmes aujourd'hui (le 11 mars) et qui donnait à ce pays l'air d'une steppe froide. Après Azib-Zanoun, la contrée devient montagneuse; des dénudations fréquentes permettent d'en apprécier la charpente solide, consistant en granités et en micaschistes fortement jaunis par Poxyde de fer, surtout le granité, dont la texture est fibreuse et très riche en quartz, mais pauvre en mica.
Nous descendîmes dans la plaine ondulée arrosée par le Sebaou; elle est assez bien cultivée, mais toujours déboisée. Nous suivîmes la rive gauche du Sebaou, d'abord dans la plaine, puis en nous élevant un peu. Le lit de la rivière est fort large, mais était complètement à sec; nous le franchîmes à gué. Quelques ruisseaux y débouchent.
Ce ne fut qu'à dix heures d'Alger que nous traversâmes le Sebaou, sur un large pont en bois. Les gtanites blanchâtres ou grisâtres, ainsi que les micaschistes et les schistes argileux, percent souvent le long de la rivière, où ça et là, surtout sur sa rive gauche, ces roches sont recouvertes par des dépôts de sable horizontalement stratifiés.
Après avoir traversé à gué un large affluent du Sebaou, nous commençâmes enfin à gravir la hauteur sur laquelle est situé Tizi-Ouzoun, à une altitude de 650 mètres. C'est un village d'envirou 500 habitants, dont les Arabes constituent une bonne partie, bien qu'ils occupent plutôt des chaumières groupées autour du village, tandis que les maisons bâties à l'européenne sont habitées par les Français. Le petit hôtel de la Poste, où nous couchâmes, n'est pas mauvais; mais le soir, nous fûmes heureux de jouir du bon feu allumé dans notre cheminée, car la température commençait à devenir par trop fraîche. Au reste, malgré ses conditions topographiques, Tizi-Ouzoun jouit d'un climat assez doux, ainsi que le prouvent les moyennes
thermométriques suivantes, calculées d'après les observations météorologiques faites pendant deux années, et reproduites par MM. Hanoteau et Letourneux dans leur important ouvrage sur la Kabylie1. Moyenne annuelle : 18,9; moyenne hivernale : 9,7 ; moyenne printanière : 4 7,4 ; moyenne estivale : 28,8 ; moyenne automnale : 20,2 ; mois le plus chaud : juillet (moy. 30,6); mois le plus froid : février (moy. 8,1). L'écart maximum entre les valeurs thermométriques : 41,4. Moyenne annuelle pluviométrique : 985m,n,5; mois le plus pluvieux : mars (204 millimètres) ; le plus sec : juillet (0) et août (i™»^). Vents dominants 0., N. E., et Nord.
Dans les environs de Tizi-Ouzoun, les lions sont rares, mais les panthères assez fréquentes. La veille de notre arrivée on venait d'eu tuer une d'une manière inattendue : deux chasseurs kabyles étaient à lancer des pierres dans les buissons; pour en faire sortir les sangliers, qu'on savait affectionner ces parages; seulement, au lieu de sanglier, ce fut une énorme panthère qui apparut en se précipitant sur l'un des chasseurs, qu'elle terrassa; heureusement, une balle, habilement dirigée par son compagnon, frappa l'animal à la tête et délivra ainsi d'une mort certaine et cruelle la pauvre victime, qu'on eut de la peine à transporter au village, où elle passa plusieurs semaines avant de se guérir de ses nombreuses blessures. Nous quittâmes le lendemain (12 mars) Tizi-Ouzoun à six heures du matin. Nous commençâmes immédiatement à monter, après avoir traversé à gué plusieurs affluents du Sebaou. Les hauteurs que nous gravissions étaient chamarrées par le superbe Orchis à feuilles ondulées (Orchis undulatifolia), dont les grosses têtes globulaires, de teinte rose, se balançaient sur des tiges élancées,, sou vent de 20 centimètres de hauteur.
A mesure que nous montions, on voyait, à notre gauche, tantôt la vaste plaine qu'arrose le Sebaou, tantôt les hauteurs qui souvent venaient surgir entre nous et la plaine. A notre droite se dressaient des rangées parallèles de montagnes,