A MON FILS GONZALO, AGE DE CINQ, MOIS
«Sur le sein de ta mère , tu dors , mon doux amour, comme une perle de rosée dort dans le sein de la tendre fleur; et sur ton charmant visage, brille, comme le soleil sur le diamant, la céleste candeur d'une âme encore neuve.»
«Ton pied ne s'est pas encore gravé sur la terre impure ; tes mains n'ont point touché le fer cruel et l'or corrupteur ; aucune créature n'a été offensée par cette bouche délicate, qui ne sait point encore former les mots, et ou règne une angélique pureté.»
«Tu ne sais ce que c'est que la mort; tu ne sais ce que c'est que la vie; et les heures cheminent muettes
ROMANCES HISTORICOS
avec toi. Quel sera ton sort V . . . Eh ! que t'importe ? Souriant , tu goûtes un sommeil tranquille , sans que le jours de demain te cause de souci. >
«Dors, objet adoré ; mais que , de temps en temps, un doux baiser t'éveille, donné par ta mère ou par moi ; et laisse, par ton rire innocent, charmer mon âme , qui, triste, a vidé le vase de l'infortune.»
«Oui, quand tu souris à mes tendres caresses, dans une mer de délices j'oublie tout ce qui fut et tout ce qui doit être. Que m'importent , quand tu me regardes avec amour, l'insolent dédain de la fortune* et les colères du pouvoir?»
«Mais il n'est point de plaisir complet. Hélas! chaque fois que je te regarde, un soupir m'échappe, en pensant quel sera ton avenir: mystérieux secret, que j'ignore comme toi, que ni le savoir, ni l'or, ni la force ne peuvent découvrir!»
«Une graine de rose tombe au bord du ruisselet qui couvre à peine le sol, et qui dort , doux et tranquille, au mileu des fleurs. Heureuse si elle s'y arrête, si elle germe entre les plantes humide , et pousse sa tige sous l'abri de l'amour partemel !»
«Mais, invisible, rusé, jouant a travers les fleurs, le courant l'entraîne peu à peu jusqu'au fleuve rapide. Elle; peut encore y trouver une rive pour y naître , un jardin pour y devenir rosier magnifique.»
«Mais si les eaux troubles du fleuve l'emportent jusqu'à la mer ; ah ! malheureuse ! l'ouragan l'assaillit , les flots la ballottent avec fureur ; elle périt , à mou fils, abîmée au fond du gouffre, ou jetée sur la fange salée, au pied de Técueil bruissant.»