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DIX-HUITIÈME SIÈCLE

BORROMINI ET CHURRIGUERA. — ARCHITECTURE NÉO-PLATÉRESQUE; PÉNÉTRATION RÉCIPROQUE DES STYLES FRANÇAIS ET ESPAGNOL ; ARCHI- TECTURE PSEUDO-CLASSIQUE.— PALAIS ; THÉÂTRES : PONTS. — SCULP- TURE ; DÉCADENCE ; CARACTÈRES COMMUNS ET TRAITS DISTINCT! PS DES DIVERSES ÉCOLES: CONCLUSION. — PEINTURE. — ARTS MINEURS; FABRIQUES ROYALES DE TAPISSERIES ET DE FAÏENCE.

VERS Tannée 1620, l'architecture dite borrominesque, — en réalité antérieure à Borromini (1599-1667), — était apparue en Espagne. Crescenzi, l'auteur du Panthéon de l'Escorial et d'une partie du Buen Retire, est tenu pour l'auteur de cette introduction. Le style borrominesque fit des ravages d autant plus profonds que Crescenzi, nommé successivement superintendant du Conseil des Travaux et Jardins ( 1 4 Octobre 1 630), marquis de la Torre à titre héréditaire et Grand-Croix de Santiago, s'était entouré d'une pléiade de sculpteurs, d'orfèvres, de fondeurs et de ciseleurs italiens et que, par sa haute situation, il les imposa jusqu a sa mort (1660). Dès la disparition de Crescenzi, le platéresque, que les Italiens avaient ranimé, sortit de la léthargie où il était tombé {sup., p. 224), mais ne revint a la vie que pour entrer en décadence. Le néo-platéresque est déjà très accusé dans la chapelle de San

FiG. 573. — Jaime BoRi . — Façade ouest

DE LA Cathédrale de Murcie.

(Cliché Lacuste.)

Isidoro Labrador jointe à San Andrés (Madrid, 1657-1663) et construite par Sébastian H errera Barnuevo. Les marbres blancs, rouges, jaunes et verts y sont répandus à profusion. Les fruits, les fleurs s'accrochent aux colonnes, contournent les angles des portes et des fenêtres, surchargent les socles et les entablements. Mais San Andrés est classique auprès de San Luis de Madrid, élevé par José Ximenes Donoso (1628-1690). C'est dans le même style touffu que furent construits la chapelle dorée de Nuestra Seiiora de la Soledad à San Isidoro el Real de Madrid la façade ouest de la cathédrale de Murcie (xvill'^s.) par Jaime Bort (fîg. 573), le portail de San Andrés de Valence (fîg. 574), le célèbre transparent de la cathédrale de Tolède par Narciso Tome, le portail de l'hospice de San Fernando a Madrid (fig. 575) et la sacristie de la chartreuse de Grenade (1727-1764), dont le mobilier en caoba, gaïac, ébene incrustés de nacre, d'écaille, d'ivoire et d'argent demanda trente années de travail à Fray José Manuel Vàsquez.

Ces monuments sont caractérisés par des façades hérissées, des entablements ondulés, des frontons brisés, des volutes à rebours, des balustres à contresens, par une abondance de fleurs, de coquilles, d'ornements déplacés ou insignifiants et, quand il s'agit d'une chapelle, d'un autel ou d'un retable, par une profusion de marbres d'onyx, d'agathes, de laspe, de lapis et de

, I-IG. 57^. — \aLENCE.

bronze. S^^, Andrés.

Il faut encore ranger dans le néo- (cuché Lacoste.)

JOSE CiniRKK.UERA

FiG. 575. — Madrid.

Façade de l'hospice

San Fernando.

(Cliché Lacoste.)

platéresque la somptueuse ami>li(ica-

tion de la fac^ade du Seminano Con-

ciliar de Salamanque, que Fernando de

Casas y Nova dressa devant la Gloria

de Santiago (1738). Appuyée sur le

vigoureux soubassement et le gigantesque escalier qui raccorde la plaza

Mayor avec le sol de la cathédrale,

elle a belle allure, bien qu'elle jure avec

le reste de la construction (fig. 576).

L'on remarquera qu'aucun des édifices dont il vient d'être fait mention

n'est dû à l'artiste qui porte la responsabilité des extravagances du néo-pla-

téresque et que leur parrain officiel,

don José Churriguera, fut entre les

plus sages des c/)urr/gucres(7ucs. Nommé

par Charles II architecte des palais

royaux, il donna la mesure exacte de

son talent au couvent de San Cayetano de Madrid. Ses meilleurs

élèves furent ses deux fils, Jerônimo et Nicolas, puis Andrés et Jeronimo Garcia de Quinones. L'œuvre maîtresse des fils de Churriguera est la coupole de Santo Tomas de Madrid et celle des frères Quiiiones (1720- 1733), la plaza Mayor de Salamanque (fig. 577), qui, par ses dimensions, — 74 mètres sur 78 mètres, — sa régularité et la richesse de l'architecture, est, au demeurant, la plus belle de l'Espagne.

Au moment oii triomphait le chur-

ngueresque, unpetit-filsde Louis XIV

était monté sur le trône d'Espagne.

Philippe V (1 700-1 724) appela pour

Fig. 576. — Fernando de construire le palais de San Ildefonso

Casas y Nova. Basilique (L^ Granja, près de Ségovie) deux

DE Santiago (Façade i-^, r • D ■ r^ i' ^ i.

j ^.ririiT. ■■ ,\ architectes français, Kene L.anier et

du XV1II<^ siècle). ■ . u 1 J I

(Cliché iiatiser y Meiiet.) Etienne Doutelou, et de nombreux

FiG. 577. — QlINONES. — Plaza

.Mayor dk Sai.amanque.

(Clulic de railleur.)

ESPAGNE

décorateurs. Les rapports de la France et de l'Espagne qui, des le règne de Louis XIV, étaient devenus fréquents, avaient crée des affinités telles entre les architectes des deux pays que les artistes français se bornèrent a calmer le style espagnol, tandis qu'en France le style noble perdait de sa rigidité sous 1 action du churngueresque et aboutissait à la rocaille. Ainsi s'explique la survivance d'un churrigueresque assagi dans le palais de San Ildefonso (fig. 578) et dans l'immense couvent des Salesas Reaies (Madrid, 1750-1758), — aujourd'hui Palais de Justice, — que René Carlier bâtit sur l'ordre de doiïa Maria Barbara de Braganza. On répète communément à Madrid : bdrbara reina, bârbara obra, bàrbaro gusto, bàrbaro gasto (dépense folle). Les Salesas Reaies ne méritent pas cet excès de blâme.

Chargé de refaire à la fois l'Escorial et Saint- Cyr et contraint de s'établir sur un terrain en forte déclivité , dans des conditions particulièrement difficiles, Carher résolut le problème avec beaucoup d'habileté

Dans la nuit de Noèl de l'année 1 734, le feu détruisit le palais royal de Madrid. Philippe V en confia la reconstruction a un architecte sicilien, Felipe de jubara ou Juvarra, élevé de Bernini et de Fontana. Mais la reine Elisabeth Farnese, qui redoutait d'engager le trésor royal dans de trop grandes dépenses, créa tant de difficultés que Jubarra mourut de chagrin. Il fut remplacé par un Turinois,

Fig. 578. boutelou.

René Carlier et Etienne — Palais de San Ildefonse.

(Cliché Lacoste.)

FiG. 579. — Juan Ramirkz.

NuESTRA Senora dkl Pilak

(Saragosse.)

(Cliché Lacoste.)

NUESTRA SENORA DEL Ptl.AR

Batlista Sacchctti, et la première

pierre de l'edifice put être posée

le 7 Avril 1737. La construction

de ce palais eut une influence

décisive sur les arts espagnols.

il en résulta que l'Espagne

s'éloigna d'un style que ses excès

avaient déconsidéré à l'heure

même où la France adoptait un

churrigueresque élégant et châtié.

Ventura Rodriguez, en qui

s'incarnèrent les nouvelles tendances, était né en 1717, à

Ciempozuelos. A peine âge de

trente-deux ans, il débute a Madrid avec l'église de San Marcos

et, cinq ans plus tard, Juan Ra-

mirez ayant été nommé architecte

de Nuestra Senora del Pilar (Sa-

ragosse), le choisit comme collaborateur. L'edifice avait été commencé

en 1681, sur les plans d'un peintre de Seville, Herrera el Mozo

(,sup., p. 277, 278), qui avait eu l'ambition de copier Saint-Pierre

de Rome. Ses successeurs démolirent une partie de l'église, concentrèrent leurs efforts sur un projet réalisable et construisirent la façade dans le style compassé alors en usage (fig. 572). Néanmoins, quand il s'agit d'ériger le templete sous lequel devait reposer l'image miraculeuse de Notre- Dame, Ventura Rodriguez éleva un véritable monument churrigueresque où les grilles d'argent massif, les bronzes dorés, les marbres précieux, les anges charnels, les conques, les guirlandes, les nuages cotonneux le disputent aux couronnes, aux bijoux, aux vêtements surchargés de

Fig. 58o. — LogroSo. — Palais

nv DUC DE L.\ Victoria.

(Cliché Lacoste.)

FiG. 58i. — MuRciE. — Maison

DU PEINTRE ViLLARIS.

((Cliché Lacoste.)

ESPAGNE

broderies, de perles et de diamants de la Vierge del Pilar. mais jurent avec l'ordonnance de la nef (fig. 579). Entre temps (1758), Rodriguez avait dressé dans un churngueresque tempéré par le neo-classicisme le projet des façades septentrionale et orientale de la cathédrale de Santiago et terminé l'ecrin de pierre où l'on a enfermé la basilique romane. Ces deux façades sont dites de YAzahacheria (quartier des 1 aillenes de jais) et des Lileratos (des Lettrés) ; au centre de la dernière est comprise la Porte Sainte. Dans son âge mûr, Rodriguez regretta-t-il ces concessions ? On serait tenté de le croire quand on considère les façades des cathédrales de Lugo (1769) et de Pampelune (1780), modèles de sécheresse et de correction académiques.

Deux autres architectes occupèrent une situation éminente dans la dernière moitié du XVIII" s. : le général du génie Sébastian! et Juan Villanueva. Le général Sebastiam était hanté par la Rome impériale. Il a donne une copie du Panthéon dans San Francisco el Grande (1761-1784) et s'est inspiré des arcs de triomphe dans la porte d'Alcalâ (1778).

Juan Villanueva (né en 1739) fait en Italie son éducation artistique, revient en Espagne et construit à Madrid l'oratoire del Caballero de Gracia, l'Observatoire astronomique et le Musée du Prado, sa plus belle œuvre.

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