PERIODE
MANOUÉLIN E. -
IJM
FiG. 667. — Lisbonne.
Église da Conceiçào \eliia.
iCliclié Ufficinas photof^rapliicas.)
■IRCHITECTURE
a IJIJ, il poursuivait aux Indes et en Afrique le cours vertigineux de ses succès. C'est durant cette période d'ébullition et d'opulence que se développa un style singulier, enchevêtré mais national et caractéristique : le style manouélin (arte manoelina, pron. manouélina).
Que n'a-t-il pas été dit au sujet de lorigine du style manouelin ?
On l'a cherchée dans des phrases de rhétorique, et on a cru la trouver aux Indes. La vérité paraît plus simple. Le style manouélin serait une hypertrophie des styles gothiques, mudéjar et platéresque du dernier tiers du XV s. déterminée par l'afflux trop rapide de l'or {sup. : Guadalajara, — palais des ducs de l'Infantado (fîg. 336) ; — Barcelone, — porte intérieure et fenêtres de l'Audiencia (fig. 308) ; — Tolède, — porte et arcades du cloitre de San Juan de los Reyes (fig. 301), porte du cloître de la cathédrale (fig. 291) ; — Valladolid, — San Pablo (fig.
434) et collège San Gregorio (p. 229, fig. 456) ; — Salamanque, — Escuelas Minores (fig. 451, 452) et casa de las Conchas (fig. 449, 450). Il est aussi une manifestation de reconnaissance envers les chevaliers du Christ, ces hardis navigateurs de qui les emblèmes et les agrès maritimes furent reproduits sur les édifices.
I ,es projets du monastère des hiéronymites {convento dos Jeronymos) de Belem, le plus célèbre des édifices manouélins, auraient été dressés par un architecte nommé Boutaca, et les chantiers, ouverts en 1 500. En réalite, les travaux furent
Fig. 668. — Tho.mar.
Sâo Jo.\o Bapiista.
{Cliché de l'auteur.)
FiG. 66q. — EvoRA.
Maison be Garcia de Resende
iCUchc de railleur.)
commencés dix-sept ans plus tard, et leur direction fut remise, pour l'architecture, a Joào de Caslilho (Jean de Castille) et, pour la sculpture, à Nicolau Chatranez o Francéz (Nicolas Chatranais le Français).
En plan, Santa Maria de Belem se compose d une nef avec bascôtes (92 m. de long, 22 m. 90 de large, 25 m. de haut), d'un transept peu saillant (29 mètres de long sur 19 de large) et d'une abside unique reconstruite au XVI' s. La tribune ou coro allô affectée au chapitre répond à la première travée de la nef et règne au-dessus du porche de la porte axiale (fig. 659). Sur la façade orientée vers le Tage (fig. 660), s'ouvrent le portail principal surmonté d'une fenêtre, deux immenses baies qui le comprennent et une rosace qui éclaire le transept, côté de l'Epitre. Depuis le soubassement jusqu'à la crête, le portail est surchargé de pinacles, de culs-de-lampe, de dais et de statues. Comme à l'abbatiale d'Alcobaça, les trois nefs ont la même
hauteur et sont compri-
ses sous une même toiture. Les voûtes présentent des panneaux et des nervures multiples. Les piles octogonales de la nef et les piles en croix du transept, — un peu trop grêles pour la hauteur, — participent de la richesse excessive du portail (fig. 661). En revanche, les doubleaux, les formerets, les nervures secondaires, les arcs des portes et des fenêtres sont
Fig. 670. — ViANNA DO Castello.
Palais des vico.mtes de Carreira
(Cliché Biel.)
SANTA CRUZ 1)1. COIMliKE
FiG. 671. — Tour de Belem.
(Cliché Livy.)
Simples d aspect et tracés en plein cintre ou en ellipse a grand axe horizontal. Le cloitre voûté à deux étages, chef-d'œuvre de Joào de Castilho (fig. 662), et la salle capitulaire, dont les voûtes s'appuient sur une colonne centrale en forme de balustre, s'harmonisent avec 1 église.
Vers l'époque où les maçonneries du monastère de Belem sortaient de terre, l'on démolissait le panthéon royal de Santa Cruz de Coïmbre, et l'on commençait l'édifice actuel. Il fut terminé en 1521 par les architectes et les sculpteurs de Belem.
L'église comporte une abside, une nef et un chœur disposé dans la tribune. Elle a de grandes analogies avec les chapelles espagnoles de la fin du XVI s., telle a chapelle de XObispo à Madrid {sup., p. 223), — et présente, dans l'ornementation intérieure des fenêtres, ces accolades et ces courbes brisées signalées, à une époque antérieure, depuis Salamanque jusqu à Toulouse {s'jp., p. 224 à 235).
Quand les successeurs des templiers voulurent agrandir l'église conventuelle de Thomar, ils s'adressèrent à leur tour à Joào de Castilho et a Nicolas Chatranais.
Aussi bien, le portail extérieur (fig. 663) est-il une réduction de celui de Belem, tandis que la nef reproduit celle de Santa Cruz et que le tombeau de Diogo da Gama (fig. 664) dans le cloitre do Cemitario (fig. 632) se rattache au style gothique. Thomar se distingue des monuments précédents par la
1"IG. 672. — COÏMRRE.
SE Vei.ha.
Revktements en faïence.
(Cliché de Vauteur.)
FiG Ô73. — Palais de Cintra en iSoy. (D'après un dessin de Ditarte de Armas.)
(0 Paço do Cintra, par S. M. la reine Amclic]
rosace qui éclaire la tribune et par la célèbre fenêtre de la salle capitulaire placée au-dessous (fig. 665). Cesdeux baies, exécutées vers 1 450 d'après les dessins d'Ayres do Quintal, surpassent en complication tous les motifs manouelins connus.
La fenêtre trouva pourtant de tels admirateurs qu'elle fut copiée à Cintra en 1550.
Les chapelles Imparfaites de Batalha (fig. 666) commencées un demi siècle après la nef \sup., p. 328, 329) appartiennent au style gothique finissant. Seule fait exception la porte axiale terminée au XVI' s., où s'introduisirent les enlacements de courbes concaves et convexes de style manouélin signalés a VAudiencia de Barcelone (fig. 308). .
On rangera dans le genre manouelin de Belem la porte de Nossa Senhora da Conceiçào Velha de Lisbonne (fig. 667) et celle de l'asile de la Madré de Deus de la même capitale, fondé en 1 509 par Alienor, veuve de joào II (1481-1490) ; dans le genre manouelm de Thomar, le portail de Sào Joào Baptista de cette ville (fig. 668), la porte et les fenêtres de la chapelle de l'Université et la porte de la maison historique, dite de Maria Tellez a Coïmbre ; dans le genre manouélin de Batalha, la porte de Sào Juliào de Setubal, celle de l'église de Marvilla de Santarem et la curieuse porte de l'église do Carmo d'Evora, composée de branches d'arbres et de rubans entrelacés, portés sur des colonnes torses.
Fig. 674. — Palais de Cintra.
{État actuel.) (Cliché Lacoste.)
TOUH Di: BF.l.l.M
Fui. 675
RvoRA Sâo Francisco. Pof<che.
(Cliché de Vaitlcur.)
Le mariage des styles manouélins s'effectue dans les fenêtres couplées de la maison de Garcia de Resende, a Evora (fig. 669) ; dans un palais de Vianna do Castello (fig. 670) ; dans une délicieuse fenêtre de la Casa dos Coimbras, a Braga ; dans la façade de la Casa de Sub- Ripas, à Coimbre : dans une fenêtre couplée à Portalegre ; etc. La tour de Belem, construite d'après un projet attribué à Garcia de Resende et achevée en 1 520, sous le règne de Manoel F', est le seul ouvrage fortifié qui offre une décoration manouéline (fig. 67 1 ).
Les fenêtres, les échauguettes, les bretèches, les merlons en forme de boucliers ornés de la croix vidée de l'ordre du Christ et, du côté du fleuve, un balcon couvert sont, au surplus, d'un goût excellent.
Le plus beau monument où persistent de lointains souvenirs de la domination musulmane est le palais de Cintra (28 k. de Lisbonne), commencé par Joào I ' ' vers la fin du XIV' s. et terminé au début du XVh- s., sous le
F'iG. Ô76. — Evora. — S.\o Jo.\o
evangelista (loyos).
Porte du cloître.
(Cliclw de Vauleur.)
Vm. 677. COÏMBRE.
Santa Cruz.
Tombeau de Dom Aki'onso
Henriques.
(Cliché de ra 11 leur.)
règne de Manoel I" (fig. 673, 674).
Deux pièces du premier étage,
aux vastes proportions, — la Sala
das Pêgas et la Sala Grande ou
dos C})snes, — se signalent par leurs
magnifiques plafonds de bois. Sur le
premier, l'on a représenté des pies
ipêgas) tenant dans leur bec une
rose et la devise de Joào I*^^' por
bene {pour le bien). La Sala dos
Cy^snes est couverte d'une voûte à
fond de bateau divisée en caissons
octogones, sur le plat desquels sont
peints des cygnes. Des clefs pendantes occupent les intervalles carrés
laissés entre les caissons. Les cadres
et la corniche à fond blanc sont
ornés de rinceaux bleu et rouge,
rehaussés d'or. Au second étage se
trouve la Sala das Armas (des
Armoiries), d'une date un peu plus récente que les deux autres
(1520 environ). Elle est carrée, mais des trompes jetées sur les angles ont permis de la couvrir d'une coupole pyramidale en charpente. Dans les soffites, on a peint les armoiries royales et celles des infants. Tout autour de la salle, au-dessus de la corniche, des cerfs portent les écussons des soixantedouze familles nobles de Portugal.
Les caractères orientaux des plafonds de Cintra sont noyés sous des ornements et des moulures de style italien. En revanche, l'influence musulmane domine dans le tracé des fenêtres jumelées en arc outrepasse, dans leurs fines colonnettes, dans leurs chapiteaux et encore dans les crépis a la chaux
Fig. 678. — Aérantes.
Tombeau de Dom Joâo
d'Ai.meida.
iCliché Miel.)
RFA'I.TEMENTS DE EAIENCE
Y\c,. Oya. — Coïmbre.
Se ^'l■:I.ll.\. Retabik de lai'tel
.MAJELH.
de la sala dos C vsne.s. La véritable richesse décorative du palais réside dans les azulcjos. Ceux qui remontent au XIV s. sont découpés et forment de véritables marqueteries. D'autres, plus modernes, conservent le dessin géométrique, mais sont de la classe appelée cucrda seca par les Espagnols {sup., p. 286). Une troisième catégorie, peut-être la plus curieuse, comprend le revêtement de la petite salle Jas Screias (Sirènes). Les carreaux sont à fond blanc avec des feuilles de vigne vertes et des vrilles violettes en relief. Le cadre orne de dessins géométriques est bleu, blanc, vert avec des filets noirs. Il convient de citer aussi le haut lamibris (3 m. environ) de la Sala dos Cysnes, composé de carreaux
blancs et verts et couronné d'une
frise verte où les merlons de style more alternent avec des châteaux.
Les énormes coupoles coniques qui dominent le palais étaient également tapissées de faïence.
Elles font partie des anciennes constructions et, comme celle d'Alcobaça, surmontent les cuisines (sup., p. 324).
Les revêtements de faïence de la vieille cathédrale dé Coïmbre pouvaient rivaliser avec ceux de Cintra (fig. 672); mais on les a en partie détruits.
Les plus anciens azulejos furent fabriqués par les Mores. Quelquesuns vinrent de Valence et de Seville. Bientôt, le Portugal eut, à son tour, des ateliers célèbres.
Fig. 68o. — Thomar.
CONVENTO DE ChRISTO.
Statues dk sancti-airi;
(Voirji^. 03 g.)
((Cliché de raiitc'iir.l
FiG. 68i. — Cancionero
DU Collège des Nobles.
{liibliotkèque du Palais dWjiida.)
fCliché de l'auteur.)
Lisbonne en comptait treize. La salle des Cygnes fut commandée a ceux de Belem par Dom Manoel. Enfin les novices de l'ordre de Sào Thiago avaient établi a Pamella des fours renommés.
Les monuments niuJéjars, SI l'on excepte le palais de Cintra, sont presque tous groupés à Evora (Alemtejo). Le palais ruiné de Dom Manoel I'' présente des fenêtres doubles en arc de cercle outrepassé, ornées a l'intrados de festons tantôt en pierre, tantôt en brique et réunies a l'extrados par un gable en accolade très aigu. Des colonnettes grêles et des chapiteaux ouvragés les complètent. Une porte du couvent de Loyos (fig. 676) et la petite terrasse couverte connue sous le nom des Portas de Moura, de la même date que le palais, se signalent par la même décoration. Le porche de Sào Francisco (vers 1 500), où le plein cintre fraternise avec l'arc de cercle outrepassé et l'ogive en fer à cheval, mérite aussi une mention (fig. 675).
Les architectures gothique et musulmane se marient encore à Santarem, dans le clocher-minaret de Sào Joào do Alporào ; a Vianna do Alemtejo, dans une fenêtre double aux archivoltes, festonnées ; au château d'Alvito (entre Evora et Beja), commence en 1 494 sur l'ordre de Joào II, et dans un pavillon de campagne construit vers la même époque pour Affonso de Portugal, archevêque d'Evora.
L'influence musulmane persista en Portugal bien au delà du XVI s.
Fig. 682. — XuNO CjûiNçalves.
Henri le Navigateur.
iHibliothèque Xalioiiale de Paris.)
(Cliché Hachette)
FiG. Ô83. — EsTEvÀo
GOSÇALOES.
A DOUAI ION DES Bergers.
(Missel Acad. des Sciences
de Lisbonne.)
(Cliclié de l^auleiir.)
PÉRIODE MANOl!^.LINr.. - SCUI.PTUlii:
C'est ainsi qu'a Guimaràes, Braga, Villa Real, Bragance, Porto et dans les villes du Sud, subsistent des adufas en tout semblables aux moucharabiehs du Caire.
Enfin Elvas, une des grandes cités delAlemtejo, avec ses palios, ses escaliers découverts adosses aux murs des cours, ses toitures en terrasse, ses maisons uniformément blanches, a l'aspect d'une ville marocaine.
Maigre la venue de Van Eyck en Portugal {inf., p. 352) et le long séjour que Sansovmo y aurait fait sous le règne de Joào 1 1 {inf. , p. 362),
ni la Flandre. m l'Italie n e u r e n t
une influence générale sur le développement des arts durant la période manouéline. La sculpture, notamment, ne la ressentit guère. Ce fut en effet, sous la direction de Joào et de Diogo de Castilho et de Nicolas Chatranais que furent exécutés les deux portails de Belem (fig. 659, 660), la décoration de Santa Cruz, de Coïmbra et notamment les tombeaux royaux (fig. 677) de Dom Affonso Henriques (1139-1185) et de Dom Sancho T' (1185-1211).
D'autre part, dans la même église, on admire la chaire en pierre, du plus beau style français de la Renaissance, qui est l'œuvre de Joào de Ruào (Jean de Rouen). Cet artiste était arrivé à Coïmbre, en 1 522, accompagne de lago Longuin (Jacques Longuin) et de Filipo Uduarte (Philippe Odoart ou Edouard), trois maîtres français célèbres, dit la chronique d'Agostino de Coimbra.
Fig. 684. — EsTEv.\o
GoNÇALOES. — La Pentecôte.
iVoir ci-dessus, liff, ()83.)
Fie,. 685. — NUNO GONÇALVES.
Triptyque de San Vicente.
(Panneau central.) lArCACi'àchc de Lisbonne-!
Il y a lieu de penser que, entre autres travaux dont ils furent chargés durant leur séjour en Portugal, Jean de Rouen et ses collaborateurs sculptèrent également deux retables incrustés dans les murs du cloître de Santa Cruz, la porte latérale dite Especiosa de la se Velha et la Vierge du fronton.
De style français sont encore le tombeau de Diogo de Pinhenço, premier évéque de Funchal, mort en 1 525 (Nossa Senhora dos Olivaes de Thomar) et ceux de Carreiro, de Dom Duarte de Menezes et des Barbosa (égl.
de Graça de Santarem), tandis qu'un manouélin très spécial, voisin du plus beau platéresque,
réclame le monument funéraire de Dom Joào d' Almeida dont la mort remonte a 1512 (fig. 678).
En Portugal, les retables ont presque partout été remplacés soit par des tableaux, soit par des baldaquins, soit par des pyramides à gradins destinées, les jours de fête, a recevoir une profusion de lumière et, au sommet, l'ostensoir. Parmi ceux qui ont été conservés, celui de la se Velha de Coïmbre est sans conteste le meilleur (fig. 679). 11 fut commandé par l'évéque-comte Jorge d' Almeida, qui occupa le siège de Coïmbre de 1481 a 1 543. On a trouvé dans les archives une quittance, en date de 1508, au nom
'\G. 118(1. — NUNO GONÇAl.VES.
riupTvyuE DE San Vicente.
(Volets.)
RETAHI.KS i:r STATUES POLYCHROMES
FiG. 687. — Grâo Vasco.
Saint Pierrh.
(Cathcdrale de Vizeu.) (CHchc do l'anlciiri
de Meslre yiimer framcngo nra estante nesta ciJacla et seu parceiro Joào Dipri (Maître Vlimer le hlamand étant maintenant dans cette ville et son compagnon Jean d'Ypres). Faut-il en conclure que maitre Vlimer et Jean d'Ypres sont les uniques auteurs du retable ? A considérer le style, il semble qu'ils travaillèrent à coté d'un maitre espagnol de la fin du XV s. Deux retables de Nicolas Chatranais, l'un à San Marcos, près de Coïmbre, l'autre dans la chapelle du château royal de la Penha, sont encore a citer, mais en rappelant qu'ils sont l'un et l'autre des oeuvres d'artistes français.
Très supérieures aux retables portugais sont les statues peintes et dorées du sanctuaire de Thomar (fig. 680). Elles concourent, avec les tableaux placés sur le parement du déambulatoire et la polychromie très chaude de l'architecture, à donner beaucoup de caractère au monument. Cette décoration fut entreprise sur l'ordre deManoel I'-'' (1495-1 521 ).
Enfin, le sculpteur et l'architecte eurent une part égale dans l'exécution des pelurinhos de pierre (colonnes de pilon), nommés aussi jorca dos fidalgos en raison des nombreux membres de la noblesse qui y furent suppliciés ou exposés. Ils se dressent encore sur les places publiques de Thomar, de Lisbonne, de Cintra, d'Arcos, de Val de Vez et d'autres villes ou bourgs et, malgré leur destina-
FiG. 688. — FoNS \iT.ï.
(Hospice da Misericordia de Porto.)
FiG. 689. — Couronnement
DE LA N'lER(iE.
(Miisce de Coïmbre-I iCliclic de railleur.)
tion, sont parfois très élégants.
L'art de la miniature fut
cultivé de bonne heure. Frey
Bernardo de Brito mentionne
un portrait d'après nature
du comte Henriques (1092-
1112) qui ornait le frontispice
d'une bible appartenant au
monastère d'Alcobaça. Cet
ouvrage est perdu, mais les
archives de Torre doTombo
possèdent un Commentaire
de l'Apocalypse d'un art
barbare, signé ' Edgar ",
et daté de 1 1 89. Les dessins sont exécutés au trait
sepia sur des zones horizontales de couleurs jaune clair
assez vif et orangé tirant sur
le vermillon. L'architecture est de style mudéjar primitif. Au temps d'Afîonso 111(1 248- 1 279), la miniature fit des progrès,
ainsi qu'en témoignent deux beaux manuscrits sur parchemin. L'un
(Torre do Tombo, paquet 11, n 111 de Foraes) offre a la feuille 9
une image du Christ peinte en bleu et rouge ; le second (B. N.
de Lisb.) est une magnifique Bible hébraïque avec des enluminures
décoratives bleues, rouges et or. Elle fut écrite à Cerbère (Espagne)
en 1299 par le rabbin Abrahào et illustrée par José Osarfati. Elle est précieuse parce qu'elle donne un état exact de l'architecture mudéjare portugaise a cette époque et que Ion y voit se mêler en proportions à peu près égales le style gothique français et le style musulman de Séville
I'k;. (igo. — Descente de c;roix. . ,
(Musée de Coïmbre.) (Cliché de C auteur.) A Citer, encore, 1 an-
MAN USCRITS -
FiG. 691. — Fiançailles
hk i.a Vikrgl.
(Mut:àc de Lisl-unne.,
iCliché de Vauteur.)
cien Cancionero du Collège des
Nobles (fig. 681), les Vislas c plantas das Forlalezas do reino feilas
por Duarte Darmas, Escudeiro da
Caza do Senhor Rci Dom Manocl.
1495-1 52 1 , ou les cavaliers
comme les piétons sont vêtus de
burnous et coiffés de turbans (Torre
do Tombo) et quatre beaux manuscrits de la Bibliothèque Nationale
de Pans : la Chronique de Gomes
Eannes de Azurara, écrite en 1453
et enrichie d'un excellent portrait
d'Henri le Navigateur (fig. 682) ; le
Leal Consellieiro, le Brève iralado
ou Epi logo de iodos os visos reyes
que tem habido no Eslado, par Pedro
Barrero de Resende (1635), avec
les portraits des gouverneurs des
Indes, et la Genealogia Universal de la nobilissiwa casa de San-
doval (1612), illustrée par un portugais nomme Eduardus Caldeira,
et reliée dans une magnifique couverture d'argent dore, ciselée a
Lisbonne. Une mention spéciale est également due au précieux Missel d'Estevâo Gonçaloes (xvil- s.), sur lequel les rois prêtaient serment a la Constitution (fig. 683, 684) et aux Mcniorias da paz de Utrech par Luis da Cunha (1715).
L'histoire de la peinture portugaise est plus obscure à ses débuts que celle de la miniature. D'après Frey Luis de Souza. il existait dans le couvent de Sào Domingo un tableau d'autel qui représentait Santa Isabel, femme de Dom Diniz (1279-1325), sous les traits de la Vierge Marie, et son fils, plus tard Affonso IV (1325-1357), sous ceux de y Enfant Jésus. De son côté, Frey
Fig. 692. — L'Annonciation.
(Musée de Lisbonne.) (Cliché de Vauleur.)
funi UU AL
FiG. 6q3. — Marik et les
Apôtres après la
résurrection.
(Musée de Lisbonne.) (("liclic de t'aulciir.)
Bernardo Bnto fait mention d'une Adoration des Bergers où figuraient Afîonso IV et son fils Dom Pedro.
Une éclaircie se produit, — encore de bien courte durée, — après le passage de Jean Van Eyck, qui, en 1428, était venu peindre le portrait de Dona Isabel, fille de Dom Joào I' (1387-1433). Le choix que le monarque avait fait de Van Eyck s'explique par la multiplicité des relations que le commerce maritime établissait entre le Portugal et la Flandre. Dés 1 386, les marchands portugais avaient une bourse dans la ville d'Anvers ; en 1503, il y fut même établi une factorerie, qui ne tarda pas à devenir prospère. Nuno Gonçalves, nommé peintre d'Afîonso V^ le 20 juillet 1 450 (Arch. de Terre do Tombo), appartient a la seconde période. On possède de lui les deux grands triptyques connus sous le nom d'Adoraçâo de San Vicente (l'un est signé). Ce sont des chefsd'œuvre (fig. 685, 686). Par l'étude attentive des figures d'hommes, par l'exécution savante des vêtements, par le rendu à la fois précieux et large des détails, par la composition, par la couleur, ils sont le plus bel hommage que l'art pouvait décerner au patron du Portugal victorieux des musulmans et aux créateurs de la marine nationale.
Sur le panneau central, dit do Infante, on voit, en effet, à droite, Henri le Navigateur
Img. 604 — Vierge a la muL'e.
iMiisée de Lisbonne.) (CUlIiù de fauteur.)
Fir.. 6g5. — Christovào
FlOUIEREDO. — CORUÈA VAINQUKUR DES MORES.
(Musée de Lisbonne.) (Cliché de raideur.)