PÉRIODES ANTIQUES
PÉRIODE PRÉHISTORIQUE. — PÉRIODE IBÉRIQUE. — PÉRIODE ROMAINE. — PÉRIODE VISIGOTHE. — ÉGLISES ASTURIENNES ; ÉGLISES CASTILLANES PROrOMUDËJARI-S : ÉGLISES CATALANES PROTO-ROMANES. — SCULP- TURE. — MANUSCKIIS ENLUMINÉS.— MOBILIER RELIGIEUX.— ÉDIFICES ET ARTS MUSULMANS. - ORIGINES DE L'ARCHITECTURE ROMANE.
LA température très froide et le climat sec qui régnaient en France durant la fin delà période quaternaire furent également ceux de l'Espagne. Les mêmes animaux et notamment le renne abondaient au Sud comme au Nord des Pyrénées et y étaient déjà chassés par les habitants. Leurs étonnantes représentations sur les parois de grottes que l'on découvre chaque jour plus nombreuses sont des manifestations préhistoriques de l'art en Ibene (fig. 109). Une longue suite de siècles succède à la période du renne. Quand elle s'achève, la péninsule entière est peuplée, et ses habitants ont fondé des villes dont les ruines, connues en Espagne sous les noms de despoblados, de castillors et en Portugal sous celui de citanias, semblent déceler des contacts avec la Grèce archaïque.
Les maisons sont composées de pièces rectangulaires ou rondes, et leurs murs, construits en moellons bruts. L'appareil devient énorme.
ESPAGNE
Yia.
io8. — Tahraoone. — Poiii i;
CVCLOPÉEXNE.
cyclopéen quand il s'agit d enceintes fortifiées analogues a celles de Géronc, d Olerdula ou de Tarragone (fig. 108). Des tresses, des torsades, des spirales décorent les jambages et les linteaux de porte dans les despoblados et dans les cilanias ; la spirale, le SiCastika, la croix inscrite dans un cercle s'y voient également.
En Portugal, on a trouvé des tombes rondes, voûtées au moyen d'assises horizontales, rappelant les tombes de Mycenes et d Orchomene avec une avenue semblable aux Jronîos des monuments précités.
Les Phéniciens abordèrent a leur tour et propagèrent sur les côtes méridionales l'appareil assise que de nouvelles colonies grecques avaient introduit dans le Nord. Il fut utilisé pour restaurer les murailles dites cyclopéennes de Tarragone, ancien Tarraco (fig. 108), et d'Ampurias, ancien Emporion, et pour construire l'enceinte de Malaga.
Les ornements des édifices ultérieurs appartiennent à l'art classique de la Hellade, mais, dans leur assemblage comme dans l'usage qui en est fait, l'on sent la main d'un artiste indigène. Ce sont des oves, des perles, des volutes ioniques et des palmettes sur des fragments de corniches et de chapiteaux. On les a trouves à Elche,au Cerro de los Santos et au Llano de la Consolacion.
Tant en Espagne qu'en Portugal, il existe près de quatre cents quadrupèdes en pierre, de la dimension d'un veau (fig. 1 1 0), dont les formes sont SI indécises que, c- v> ,• ^
T ' F!G. 109. — Bison. — (jrotte n Ali a.mira.
suivant les pays, on les iciichc cart.uiiiac) 5o -^
SCULPTURE IBERIQUl
FiG. 110. — Taurfau d'Avila.
(Clichi de l auteur.)
qualifie de loros, de becerros (veaux), de cerJos ou cerdoncs (porcs ou gros porcs), de porcas ou puercas (truies). Quelques-uns portent des inscrij)tions postérieures a la sculpture ; d'autres, la puerca. de Murca, par exemple, conservent des traces de polychromie. L'antiquité de ces animaux ne saurait être contestée. Quant au modèle, il se pourrait qu'on le
trouvât dans des quadrupèdes analogues aux lions hétéens d'Al-
bistan. Les influences de l'Orient vont devenir bientôt SI manifestes que cette coïncidence devait être signalée.
La sculpture ibérique réclame encore les guerriers lusitaniens du palais d'Ajuda (Lisbonne), quelques statues informes trouvées en Espagne, le masque de Redobân, qui présente déjà des traits intéressants, et une figure remarquable a tous égards, découverte à
Elche,en Août 1897 (lig. 113).
C'est un buste de femme exécuté en pierre, dont les lèvres et certaines parties de la coiffure gardent des traces de couleur rouge. D'énormes pendants d'oreilles en forme de roue, une coiffure rappelant le sarmat, un beau collier phénicien et, d'autre part, le style de la sculpture et le caractère ethnique du visage assignent a ce buste une date et une origine 5i
iMun
l'"lG. III.
■ circheulu
— I'aikkaix ni; Cosrio.
lique de Madrid.) (Cliché I.aeoaU
FiG. 112. — '• \'ICHA ■ DE BaZALOIE.
(Musée archéologique de Madrid.)
ESPAGNE
FiG. ii3. — BusiE d'Elche.
(Miiscc du Louvre )
du LIano
(fig. 114), aux bas-reliefs d'Osuna (fig. 116), aux belles tètes de taureaux en bronze trouvées à Costig, dans File de Majorque (fig. 111), et dont le modèle présente des analogies avec celui des taureaux susiens, puis au monstre androcéphale dit Vicha de Balazote (fig. 1 12), au sphmx de Bocairente, curieux par sa ressemblance avec les lions découverts à Delos durant la campagne de 1906- 1907, aux sphinx d'Agost et de Salobral et au griffon de Redoban.
L'étude des poteries et des monnaies confirme 1 existence des antiques relations de l'Ibéne avec le monde hellénique. Les types grecs devinrent même si usuels que les colonies carthaginoises, quand elles frappèrent des monnaies hispano-puniques, adoptèrent le système attique et se contentèrent de modifier la face et le revers.
Les armes ibériques conservèrent longtemps des formes particulières. Les glaives se composaient d'une lame triangulaire à deux tran-
certaines. Il remonterait a la seconde moitié du V'^^ s. avant notre ère et serait l'œuvre d'un sculpteur indigène soumis a une double influence : 1 influence grecque, qui s'exerçait par l'intermédiaire des Phocéens et des colonies échelonnées sur les côtes de la Catalogne, et l'influence phénicienne, quiempruntait la voie de Carthage et des comptoirs fondés dans le Sud de l'Espagne.
La même date convient et les mêmes caractères appartiennent aux statues provenant du Cerro de los Santos et de la Consolacion
FlG. 114. — SlATUE
D Elciie.
(M usée archéologique
de Madrid.)
FiG. 1 15. — Sabrf.
I) Almkdinii.i.a.
(Musée archéol(if,'iqii
de Madrid.)
(Cliché Lacoste;
ARMES IBERIQUES ■
chants et d'une simple poignée ; quelques sabres découverts dans la nécropole d'Aguilar d'Anguita et dans la province de Cordoue, près d'Almedinilla, ont également une forme très spéciale (hg. 1 15). Le caractère oriental de ces derniers est si prononcé que le Musée d'artillerie de Pans les expose parmi des yatagans arabes. Or, une lame identique a celle des sabres d Almedinilla est représentée sur une statue trouvée a Elche, dont on ne peut suspecter la provenance. Comme les yatagans, elle offre, avec une double courbure, un renforcement qui raidit le dos et consolide le raccord de la soie avec le manche. Enfin les auteurs grecs et latins décrivent et les vases peints de l'époque classique reproduisent divers instruments tranchants qui rappellent beaucoup ces sabres. Ils portent les noms de a-// 7.'. i a de /-o-'.';. de machara, decop/s, et servaient de serpe, de couteaux de cuisine, de boucher ou de chasse. Les Grecs d'Homère connaissaient le premier d'entre eux, et l'on sait par Eschyle (les Perses, 59), Xénophon (Cyrop., Il /, 9; VI, 2, 19; VII, 3, 8) et Plutarque (Aristide) qu'ils étaient d origine orientale et en usage dans les armées du Grand Roi. Les sabres eux-mêmes confirment ces renseignements. L'un d'eux présente une poignée ciselée dans le fer, dont la décoration d'excellent style se compose d un monstre ailé et de rinceaux qui rappellent les dragons sassanides et la frise du palais d'Hatra.
Elle parait l'œuvre d'un artiste élevé dans les traditions asiatiques et qui vivait soit en Afrique, soit en Espagne, vers le HP s. de notre ère. A cette
FiG. ii6. — Guerrier d Osuna.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachelle.)
FiG. H'
. — Aqueduc de Ségovie.
(Cliché de railleur. I
1 époque, Colonia Junonia, que les Romains avaient bàlie sur les ruines de Carthage, jouissait d'une grande prospérité, et les indigènes continuaient a y cultiver des arts participant à la fois de ceux de I Orient et de rOccident.
Après les monuments ibériques, l'ordre chronologique appelle les monuments romains. Ils n ont pas de caractères spéciaux. Les plus intéressants seront seuls signalés.
A Tarragone, a Ségovie, des aqueducs en excellent état de conservation (fig. 117). Près d'Alcantara, un pont de 108 m. de long jeté sur le Tage en l'an 105 de J.-C. (fig. 118). A Mérida (anc. Augusta Emerita), un magnifique pont de granit, long de 910 m., haut de 1 1 , large de 5, composé de 64 arches et dont plusieurs piles appartiennent à la construction primitive (fig. I 19). A Ronda la Vieja (anc. Acinipo), à Sagonte, à Mérida, des théâtres (fig. 120). A Santiponce (anc. Italica), un amphithéâtre. A Numance, à Emporion, a Tarragone (anc. Tarraco), â Italica, des monnaies, des vases, des bustes de bronze (fig. 122), des statues de marbre, des bas-reliefs, des autels, des fragments d'entablement, des chapiteaux, des fûts et des bases de colonne, des inscriptions, des armes, des mosaïques. En Portugal, le temple d'Evora (fig. 121).
Durant le siècle et demi qui suivit l'avènement d'Athanagild (554-567), des églises, des palais, des édifices publics s'élevèrent en grand nombre dans les principales villes du royaume visigoth. Tolède, la capitale, et les cités voisines, au nombre
Fig.
ii8. — Pont d'Alcantara.
(Cliché Lacoste.)
FiG. IIQ. — FoM l)l: Ml'.RIDA.
H.liclw de l\Tiilciir )
MONUMENTS VISICOrilS
desquelles Guarrazar, I ne furent pas les seules a connaître une grande prospérité, italica, Osuna, SéviUe, Cordoue, Grenade, Castulo, Atarj fe et surtout Merida brillèrent d'un vif éclat.
Mérida, qui entretenait un commerce très actif avec le littoral méditerranéen, fut une des portes par où s'introduisirent les arts qui florissaient à Byzance pour s'amalgamer avec ceux hérités de la Rome impériale. Les monuments visigoths ont
disparu, mais l'on a découvert des fragments qui, à défaut des édifices, fournissent des renseignements précieux.
Les colonnes sont a fût uni ou cannelé en hélice. Les chapiteaux se rattachent pour la plupart a un type corinthien dégénéré (hg. 124). Les ornements sont souvent empruntes a la flore et présentent peu de relief ; la modénature est romaine. On trouve, mêles aux rinceaux, quelques emblèmes chrétiens : la croix grecque, la colombe, le poisson, l'A et l'w du chrisme (fig. 1 26).
Cet ensemble d'éléments constructifs et d'ornements sculptés appartenant aux édifices visigoths de l'Espagne ressortissent-ils a un style spécial ? C'est mon avis. De mém.e qu'il y eut un style ibérique composite, de même il y eut un style visigoth où la dominante latine, quelques traditions locales et 1 art byzantin des VI et VII- s. se confondirent dans des proportions que l'on ne rencontre pas ailleurs et donnèrent a cet alliage un caractère particulier, propre à l'Espagne. Il est exprime d'une manière manifeste dans les pré-
Fig. 120. — TiiÉATRK hk .Ro.nda.
(Clichc f.acualcl
ESPAGNE