‹ Espagne et PortugalChapitre 69 sur 181 · ES PAC ME · texte numérisé non relu

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par deux fois les Mogrebins en Espagne, ils y introduisirent des motifs qui modifièrent l'architecture du l^halifat et donnèrent naissance à un nouveau style, le style andalous, dont le Maroc devint ensuite tributaire.

Le style andalous se distingue nettement du précédent. Les voussures passent de l'arc de cercle outrepassé de la Perse antique à des combinaisons plus compliquées, — arc et ogive en fer à cheval, demi-cercle surhaussé {sup., p. 68, 69) ; — les ordres de colonne gagnent en élégance et en originalité. L'emploi de plus en plus usuel des ruches d'abeille et des panneaux décoratifs, étudiés en vue de l'emboîtage d'un unique motif, comme ils apparaissent dès le IX s. dans les palais des Abbassides (Sàmarrà, Mésopotamie), le découpage à jour des ornements sont encore des traits qui caractérisent les nouveaux thèmes architectoniques (fig. 338 à 343, 421 a 425). Comme le style du khalifat, le style andalous se propagea grâce aux copies exécutées par les architectes et les décorateurs chrétiens et au concours que continuaient a leur apporter des confrères et des ouvriers musulmans. Après la bataille de Las Navas de Tolosa,

le roi de Castille, Alfonso VIll, écrit au pape Innocent 111 : quosdam captivas duximus ad seroitium christianorum et monasteriuni quœ sunt reparanda. Encore au X1V% au XV et même au XVI s., les chrétiens s adressent parfois a des maîtres musulmans quand ils veulent élever non seulement des monuments pu-

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I)K (.illîRET.

(Cliché Labouche f rares.)

Pont

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FiG. 323. — Pont de San Juan

DE I,AS AbaDESAS.

(Cliché Lacoste.)

ARCHITECTURE MUDÉJARE

blics et des palais, mais — des édifices religieux, no- I taminent la chapelle de la Trinité, que la comtesse de Barcelos fit bâtir en 1 354 par un architecte de Saragosse nommé Mahomat de Bellico, l'église de la Chartreuse de Paular, construite de 1433 a 1440par Abder Rahman (de Ségovie), la chapelle de la Latina et le porche de la Seo de

Saragosse, dont il vient d'être parlé (p. 1 48, 1 53). Aussi bien, les Rois Catholiques émus de ces empiétements, créent-ils une police spéciale pour empêcher les musulmans et les juifs de sculpter des statues et de peindre des tableaux de sainteté (/n/., p. 1*^4). En 1632, le traité de charpente de Diego Lôpez de Arenas, édite a Seville sous le titre de Compendio del Arte de Carpinleria, est un traite de charpente orientale. Durant les XVI et XVll s., des familles mores qui avaient conservé la tradition des industries orientales et, a Grenade, en 1 725, des fabricants de soieries convaincus de professer la religion musulmane furent brûlés sur un arrêt de l'Inquisition. Jusqu'à la fin du XVIII' s., l'Espagne avait conserve dans les mœurs des traditions musulmanes si vivaces que les femmes au théâtre étaient parquées dans la cazuela et couvertes d'un voile impénétrable qui les enveloppait de la tête au bas du corps, écrit l'auteur du Nouveau Voyage en Espagne (Paris, I 789). Dans de pareilles conditions, il n'est pas étonnant que l'union préparée entre les arts chrétiens et musulmans dès le début de la conquête se soit consolidée au cours des siècles suivants.

FiG. 324. — Pont de Lugo.

(Cliché de Vauteur.)

ESPAGNE

FiG. 325. — Pont deZamora.

(Clichc de raiitciir)

Comme on pouvait le prévoir, les édifices mudéjars se trouvent, de préférence, à Tolède et dans les villes qui en dépendaient politiquement durant la domination musulmane {sup., p. 1 59), puis a Teruel (clochers -minarets de San Martin et del Salvador), Ateca, Calatayud, Daroca, Tauste, Saragosse, enfin a Ségovie, Salamanque et, dans le Sud, à Mérida, Séville, Cordoue et Grenade. Outre de nombreuses églises (fig. 327), Tolède possède deux synagogues mudéjares adaptées au culte catholique : Santa Maria la Blanca et San Benito, plus connu sous le nom de Trànsito de Nueslra Senora. A l'extérieur, rien ne signale la grâce et l'élégance de Santa Maria. Mais la porte est à peine franchie que le regard embrasse les piles octogonales qui divisent en cinq nefs le quadrilatère irrégulier du plan et qu'il s'arrête charme sur les ornements des chapiteaux d'une délicatesse infinie, les tympans et les frises de stuc ciselé, les arcatures du tnfonum aveugle de la nef centrale, la charpente et le pavement (fig. 328). Le Trànsito terminé en 1 366 consiste en une nef longue de 21 m., large de 10, haute de 12, recouverte par un artesonado ou plafond a soffites exécuté en mélèze. Sur les murs, s'étendent des stucs ciselés si délicats qu'on

les prendrait pour une guipure de Venise oubliée depuis des siècles sur les parois (fig. 329).

Au-dessus, règne un second étage d'architecture formé de cinquantequatre arcades remarquables par la perfection des ornements. Les unes répondent a des fenêtres ; les autres, aux

Fig. 326.

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