‹ Espagne et PortugalChapitre 74 sur 181 · EVOLUTION N ATURALISTE 1)1. LA STATUAIRE · texte numérisé non relu

EVOLUTION N ATURALISTE 1)1. LA STATUAIRE

pira du célèbre mausolée de Philippe le Hardi (sup., p. 173). Jusqu'en 1400 environ, l'Espagne resta fidèle a la France et à la Bourgogne. Dans la période suivante, la Bourgogne évincera la France ; puis, la Flandre et l'Allemagne prendront une telle influence que les artistes du Nord seront tantôt les collaborateurs et parfois les concurrents de leurs confrères espagnols. L'action de ces écoles devint manifeste vers 1475 et prépondérante a la fin du siècle, quand Tolède, où s'étaient fixées quelques familles d'artistes bruxellois, donna droit de cité à des Hollandais et à

Vu;. 358. — Père Johan de Vallfogona et Uuillem de la Mota. Retable de Sainte-Thècle. (Cathédrale de Tarragone.l

des Allemands, au nombre de qui se placent les frères Guas, Egas Anequin et Juan Aleman. L'évolution affecta le style plus que la nature des œuvres. Certes, le retable reste le but commun des efforts ; mais on commence à voir quelques images ou quelques groupes isolés où se manifeste le réalisme expressif qui prévalait dans les pays du Nord. Les Christs sont décharnés ; les Vierges portent l'âge des femmes dont les fils ont l'âge de Jésus mourant sur le Golgotha, Cette orientation nouvelle se remarque notamment dans

ESPAGNE

FiG. 35q. — Retable de Sainte-

Thècle. (Fragment.)

(Cliché de V auteur!

le retable du couvent de San Francisco (Musée de Valladolid), le basrelief en bois qui couronne la porte de l'hospice de Huesca, le retable d'une chapelle de la cathédrale de Palencia serti dans un cadre délicieux comme un bijou finement ciselé (fig. 365).

En revanche, la cathédrale de Burgos (chap. du Condestable ; inf., p. 226) possède un retable, où se manifeste une réaction contre le réalisme des œuvres précédentes. Ainsi, parmi les figures exquises qui le décorent, on remarque sainte Anne, sous le vocable de qui l'autel est placé (fig. 366). Elle a tout l'aspect d'une jeune fille souriante, et pourtant elle porte dans ses bras la Vierge et

1 Enfant Jésus, qui prend une leçon de lecture. C'est l'^Innase/Mn'/te ou à trois dont on trouve le modèle en Allemagne, dès 1351. Quelques œuvres de Gil de Siloé et de Diego de la Cruz

reflètent a divers titres le goût dominant a l'aurore de la Renais-

sance. On attribue a Gil de Siloé le retable précité (fig. 366), et l'on connaît de lui les tombeaux et les statues funéraires de don Juan II, de dona Isabel, sa seconde femme (fig. 368), et de leur fils, l'infant Alonso, le père, la mère et le frère d'Isabelle la Catholique, qui furent ensevelis dans la Chartreuse de Miraflores, toute voisine de Burgos.

Il fit encore, mais en collaboration avec Diego de la Cruz, le retable polychrome de la chapelle (1490), qui, si l'on en croit la tradition, aurait été doré avec les premières pépites rapportées par Colomb (fig. 367).

Fig. 36o. — Retable de Sainte-

Thècle. (Fragment.)

(Cliché de l'auteur.)

TOMBEAU DE JUAN DE PADII.l.A

Juan de Padilla, page des Rois Catholiques, fut tue au siège de Grenade. Un dard 1 avait atteint à la tête. La reine, qui le chérissait et qui le nommait mi loco (mon fou), a cause de son ardeur et de sa vaillance, commanda son tombeau a l'artiste qui avait exécuté ceux de ses parents et le fit élever dans le monastère de Fresdelval (fig. 369). La descente de croix placée au-dessus du prie- Dieu où Juan de Padilla s'agenouille et le lambris gothique qui la supporte forment par leur style un tel contraste avec la statue et le reste de l'œuvre que l'on peut se demander si le fond ne provient pas d'un monument antérieur

Fig. 3ÔI.

Porte '■ Pheciosa

iCalhOJralc de l'aiiipeliiiu-.)

Il n'en est rien. Gil de Siloé s'était inspiré de l'architecture religieuse encore en faveur pour représenter l'oratoire, tandis qu'il avait traité la figure et les ornements dans le goût de la Renaissance italienne. C'est le premier témoignage d'une nouvelle évolution de la sculpture qui se produisit a la fin du XVI- s. et la preuve de sa rapidité.

Il faut ranger a côté de Gil de Siloé l'auteur du tombeau et de la statue gisante de dona Beatriz Pacheco (fig. 370). Ce morceau délicat et d'un art achevé est à l'abandon dans l'ancienne église du Parral (faubourg de Ségovie), construite par Juan Gallego vers la fin du XV s. Les frères Guas sont les seuls artistes à qui ce précieux monument puisse être attribue.

En Espagne, les monuments religieux sont placés de préférence

Fig. 302. — L.\ Licorne

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