‹ Espagne et PortugalChapitre 80 sur 181 · STALLES DE CHŒUR · texte numérisé non relu

STALLES DE CHŒUR

Fk;. 400. — Baktoi.omi'; Bkrmkj Sainti: l'Aci:.

(Musùc de Vieil. I (Clichc de l'aulci

tégone se placent les portes, traitées souvent avec beaucoup de luxe.

Néanmoins, il est probable que les vantaux s'ajustaient aux baies d une façon bien défectueuse, car, devant elles tombaient des anlepuertas formées d'un matelas très mince recouvert de cuir de Cordoue. Le même cuir servait a confectionner des paravents indispensables pour compléter avec les anlepuertas une défense contre les courants d'air dans des appartements mal clos et où les cheminées étaient remplacées par des braseros (bassins de métal garnis de charbons).

Le mobilier ne se distingue guère du mobilier français. Cependant les sièges et les tables ne devaient pas

êtred'un usage général, puisque, à l'imitation des musulmans, Pedro I''

(1 350-1 369) s'asseyait encore sur

des coussins et des tapis.

Le musée archéologique de

Madrid possède une stalle à trois

places qui garde des traces de

rehauts rouges (fig. 405). Ce

meuble provient d'un couvent de

religieuses (Gradafes, prov. de

Léon) et parait remonter au

Xlir s. Il serait ainsi l'aïeul des

magnifiques boiseries des cathédrales et des églises abbatiales.

Taillées dans des bois très durs,

les stalles gothiques de l'Espagne

sont parfois des merveilles de

goût et des prodiges d'exécution.

Quelques précisions vont être

données sur les plus belles d'entre

elles.

Seo de Saragosse. — Chêne

lie. 41JI. — l..\S (IVNTIGAS DKL

iu;v Saiuo. illit'I. de l'Eseoriai) iCliehe Laeuste.)

ESPAGNE

l-'ici. 402

— I.As (^ANTiGAS. (Détail d'uiie page.) (Cliché Lacoste. f

de Flandre. Commencées en 1412 et sculptées par les Mores Ali Arrondi, Muza et Chamar, a qui succédèrent, en 1 446, Juan Navarre et les frères Antonio et Francisco Gomar.

Cathédrale de Barcelone. — Stalles très élégantes, exécutées en 1 453 par Matias Bonafé (fig.

406). Les dossiers décorés d'armoiries peintes sont l'œuvre d'artistes allemands : Michel Loquer et son élevé Jean Frédéric. Les écus rappellent le chapitre de la Toison d'Or célébré le 5 Mars 1 5 1 9 par Charles- Quint et où les rois de Danemark et de Pologne reçurent le collier. Cathédrale de Séville. — Œuvre de Nufro Sanchez et de Dancart

(1475-1479). La chaise archiépiscopale — très restaurée — est de Dancart. Les dossiers sont ornés de marqueteries géométriques de style mudéjar.

Chartreuse de Miraflores (près de Burgos).

— Noyer foncé. Sorties de l'atelier de Martin Sanchez (1486-1489).

Santa Maria de Ndjera. — Dues a Andrés et Nicolas (1495. M. de Valladolid).

Cathédrale de Burgos.

j. Au'i. -~ Las CAntiuas. ci- t- r i

(Détail dune page, " ^'"^-^''n ^Ïo 1 ^T9^

(ciichù [.acoste.) Borgona ( 1 499- 1512).

O R /-" EVRERI L RELIGIEUSE

I'k.. 404. — \"ri';i,ant. — DoNA

.llANA IlENRiytTKZ.

(Heures de Ui reine. Hibliolhùque

du l'aUiix de Madrid.)

fClielic l.ac(:ste.)

Monastère du Parral (M. ar-

chéol. de Madrid). — Noyer. De la

main de Bartolorne Fernandez de

Segovia (1526).

Cathédrale de Tolède. — Les

sièges furent commandés par le cardinal Mendoza a Maestro Rodrigo,

qui représenta sur les dossiers les épisodes de la guerre de Grenade

(fig. 407). 11 les termina en 1495

et reçut en paiement 43 3 1 3 reaux

et 30 maravédis ( I 73 250 francs en

valeur relative) a raison de 866 réaux

et 20 maravédis par siège. Vers 1 540,

les dossiers, leurs couronnements et la

chaire de l'archevêque furent partagés

entre Berruguete et Felipe de Bor-

gona (in/., p. 237 a 241). 11 fut

alloué à Berruguete 50 000 reaux

(200 000 francs valeur relative).

Cathédrale d'Orense. — Noyer.

Diego de Solis et Juan de los Angeles.

Orjèvrerie. — Au Moyen Age, les trésors des abbayes et des

cathédrales espagnoles devaient regorger de pièces d'orfèvrerie

liturgiques. Beaucoup ont disparu. Celles qui restent témoignent

que les artistes, les ciseleurs et les émailleurs du Moyen Age espagnol ne connurent pas de maîtres, mais elles ne se distinguent guère de' objets analogues consers vés dans les autres pays chrétiens. D'ailleurs, les échanges étaient perpétuels. Si, dans les inventaires français, il est parlé d'argenterie et de

Fig. 4o5. — Stalles de ciiœuk • 1 j j-rr

^ ,^ loyaux a la mode d lis-

HE URADAFES. ■" ■'

(Mus.ee Arch. de Madrid.) iCliché Lacoste.) pagne, leségllSCS espa-

Exécutées au XV s.

par

ESPAGNE

FiG. 406. — Maiias Bonafé.

Stalles de chœur.

(C.aihédrale de liarcelone.)

gnoles possèdent en revanche de nombreuses pièces venues de France. Dans ces conditions, un inventaire du mobilier religieux ne présenterait guère d'intérêt.

Mieux vaut choisir quelques pieces caractéristiques.

De ce nombre, sont la custodia du corporal de Daroca (fig. 410, 41 1), ciselée par Père Morague vers I 380 ; une croix processionnelle de la cathédrale de Vich, exécutée en 1 394 par un orfèvre de la ville nommé Juan Carbonell, et un ostensoir que le chanoine Despujol donna en 1413 à la même cathédrale ; des calices (fig. 408, 409), des reliquaires (fig. 412), qui sont des modèles parfaits de l'orfèvrerie espagnole au Moyen Age. L'ostensoir de la cathédrale de Barcelone (milieu du XV s.) mérite de prendre place a leurs côtes par l'élégance des proportions unie à la simplicité du dessin et à la perfection des ciselures. Quand on le montre, on le pose sur une chaire en argent dite sans preuve du roi Martin, mais qui est du moins un meuble précieux remontant à la seconde moitié du XIV s. Les auteurs des ostensoirs de Vich et de Barcelone sont inconnus. En revanche, on sait que, vers I 408, Marcos Canyes remettait aux Conseillers de Barcelone l'orfèvrerie de leur chapelle et que Francisco Vilardell fondait et ciselait pour la même ville les plus belles pièces de la vais-

l'i(}. 4117. — Maestro Rodrigo. — Prise

DE Mari;::li.a. (Stalles de la cathédrale de Tolède.)

liUiclii- de raiiteur.)

TISSUS ET nRODERIES

Fio. 408. — Calice

DK I.'AUCH. LOPK DE I.l-NA rSUp., p. 1/31.

(lifflise de Loufforcs, (Cliclic ILuif^cr }■ Mcncl.)

selle plate qui fui offerte en 1400 à la reine Maria, femme du roi Martm (1395- 1410). Des mentions spéciales sont encore dues à des coquilles montées en nef de table (lig. 413), a une couronne et a une tasse dites de San Fernando (tig. 414, 415) et au grand triptyque d'argent (1 m. 34 sur lm.90 environ) de Nossa Senhora da Oliveira de Guimaràes (Portugal), qui proviendrait du butin fait après la bataille d'AljUbarrota ( 1 385) et qui est, en tout cas, un magnifique spécimen de l'art espagnol (hg. 705). Tissus et broderies. — En même temps que les ivoires, les cuivres ouvrés, les manuscrits a peintures et les armes d'origine musulmane entraient dans les monastères et dans les palais, les étoffes et les broderies y pénétraient aussi. Les tissus qui ont été conservés, puis les reproductions qui se trouvent sur les miniatures et les tableaux montrent que les modèles orientaux furent copiés de bonne heure par les ateliers espagnols. Il en fut de même des broderies. Une très ancienne mitre du musée de Vich (n 225 1) présente du moins une décoration empruntée — couleur et dessin — a des modèles de style sassanide. Sur le fond d'or des galons, s'enlèvent des cercles brodés en soie et en perles vertes, au centre desquels alternent des aigles aux ailes éployées et des croix brodées en perles bleu foncé. Toutefois, en raison des sujets qui convenaient aux broderies destinées aux églises, les artistes qui les composaient abandonnèrent de bonne heure le style mudéjar et se tournèrent vers la France, la Flandre et l'Italie. C'est ainsi qu'un devant

FiG. 40Q. — Calice de l Arch.

Dalmacio de Mur (siip., p. ijS).

(Église de Muniesa Ternel.)

(Cliché Hauser y Menet.)

ESPA GNE

d'autel de la fin du XIV" s. ou du début du XV'^ s., délicieusement brodé dor et retouché au pinceau, représente des scènes empruntées à la vie et à la mort du Christ et porte l'inscription suivante : Geri. Lapi. Rachmatore. me. fccit. in. Florentia. (M. de Vich, n"2050.) Les tapisseries de haute lisse se rattachent pour le dessin et la technique aux fabriques d'Arras. Telles sont les tapisseries francoflamandes de la Seo de Saragosse et de l'église del Pilar, dont quelques-unes remontent au milieu du XV' s. Enfin il faut chercher, parmi les peintres et les brodeurs brabançons installés a Barcelone, les maîtres des brodeurs catalans. Ils eurent notamment pour élèves les membres de la grande famille des Sardoni (xV' et début du XVl s.), a qui l'on doit, sans doute, le célèbre devant d'autel du monastère de San Juan de las Abadesas (vers 1414, M. de Vich).

Sceaux et monnaies. — Souvent très beaux, très décoratifs, mais sans caractères artistiques particuliers.

Arts mineurs mudéjars. — Faïence.

— Les remparts et les églises de Tolède du côdice Vigilanus (976) comme X Incendie de Babylone du Beatus {sup., p. 85, 86 ; fig. 183) montrent que, des le stage proto-mudéjar, les édifices espagnols

recevaient des revêtements en faïence de style persan {sup., p. 85, 86). La brique émaillée qui avait été introduite dans le Nord de l'Afrique, en Espagne et en Sicile, par les céramistes iraniens y subit les mêmes transformations que dans sa patrie d'origine. Elle fut employée seule ou combinée avec la brique mate, tantôt découpée pour former de véritables marqueteries, tantôt en plaques carrées. La k.'^laa, des Béni Hammad (prov. de Constantine, milieu du

Fin. 410. — Perk iMoRAnrr:.

(h'SïoniA DE Daroca.

(tifflise de Daroca.) iClichc Ha user y Meiiel.)

Fi(.. 411. — (^iSToniA DE Daroca. {Revers. ) (Cliché ilaiiser y Menel.)

Fi(i. 412. — Rkl.iqiaiki:

l<\illi Je l\niii\iiiiic.l iCliclw Je l'j II leur.)

faïences a reflets métalliques —

XI' siècle, V. fig. 9), les mosquées de Tlemcen (prov. d'Oran), les monuments du Maroc, l'Alcazar de Seville, l'Alhambra, la Seo de Saragosse, la cathédrale de Tarrazona en Espagne présentent toutes les variétés de revêtements.

L'Espagne n'emprunta pas seulement a la Perse la fabrication et l'usage des revêtements de faïence. Elle en reçut aussi l'art de donner a l'email le lustre métallique (fig. 416). Ibn Batoutah, qui était venu de Tanger a Malaga vers 1 350, écrit dans ses relations de voyage : On fabrique dans celle ville la belle paierie dorée, qu'on exporle dans les pays les plus éloignés. " C'est a Malaga, sans doute, que fut fait le vase de l'Alhambra, dont la beauté atteint presque à celle des l^achfs persans du XIII s. (fig. 417). La reprise

de Malaga, en 1 487, n'interrompit pas la fabrication. Les maîtres et les

ouvriers mores y restèrent et transmirent leurs procèdes aux chrétiens. Le second centre de fabrication était Majorque, d'où l'on exportait des faïences si belles, écrit

César Scaliger, que les Italiens les

préféraient aux plus belles vaisselles

d'étain ". On les nommait majo-

lica après avoir changé r en l ' per

un certo vezzo di lingua ". Les

ateliers d'Inca, petite ville à l'intérieur de Majorque, dont le musée

de Cl'my possède un plat du xv s.,

et ceux d'Iviça jouirent aussi d'une

grande réputation. Comme dans

ceux de Majorque, l'on y usait

d ornements traditionnels de style

oriental et de caractères illisibles,

affectant la forme de lettres arabes.

Le lustre a la couleur rouge cuivre

des faïences persanes mal cuites. ^ '" ^" T;"^'' "^ ' f^^'

Les raiences a renets métalliques iciiciio Hauser y Menet.)

l'iG. 414. — Col KoNNh DE SAINT Ferdinand. (<"alh.

(Cliché Lacoste.)

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