ESPAGNE ARABE. XLVII
et l'Espagne fut divisée en cinq provinces : Andalos, Toleitcla, Mérida, Saragosta, Arboima.
En 750, l'unité politique de Tislamisme fut rompue; les Abbassides, descendant de l'oncle du prophète, ayant dépouillé les Ommiades de Damas du califat, Abd er-Rahman, un des descendants des califes dépossédés, échappé aux massacres, après de nombreuses aventures en Afrique, vint en Espagne avec quelques partisans, battit Yousouf, se rendit maître de la péninsule et se fit proclamer émir à Cordoue (756). Comme descendant des califes Ommiades, il ne reconnut pas la souveraineté des califes Abbassides d'Orient, et fit de la péninsule, jusque-là tributaire de Damas, un califat indépendant. Il eut à triompher de bien des ennemis : nausulmans, partisans de Yousouf venant d'Afrique, émissaires des Abbassides venant d'Asie; et enfin chrétiens des Asturies qui étendaient leur petit royaume, et avaient pris Oviedo pour capitale ea 759 ; ceux-ci furent soutenus par Charlemagne, qui, après avoir pris Pampelune, assiégea Saragosse (778) et fut battu à Roncevaux.
DAbd er-Rahman date l'histoire de la civilisation arabe en Espagne. Ce prince généreux et magnanime, qui se défaisait de ses ennemis en se les attachant, fixa avec équité le tribut que devaient payer les chrétiens; il leur accorda une charte de protection où furent conservés et ratifiés les privilèges qu'ils avaient de s'administrer par leurs lois civiles et religieuses et d'obtenir liberté et sécurité pour leurs personnes et leurs biens. Il consacra les années paisibles de son règne à de grands travaux (F. mosquée de Cordoue), à développer l'instruction publique et à s'entourer de savants.
Abd er-Rahman désigna pour lui succéder son fils Ilicham (788-796), qui, à peine sur le trône, vit la guerre civile se rallumer, le trône des califes n'étant ni héréditaire ni électif, car le Prophète avait dit : « Il n'y a de légitimité que celle qui s'acquiert par le triomphe des armes et la possession réelle du pouvoir souverain »; de là ces guerres civiles à la mort de chaque calife. De plus, chaque province étant gouvernée par un vali investi de tous les pouvoirs civils et religieux, ceux-ci, à chaque changement de règne, essayaient de s'ériger, chacun dans sa province, en souverain indépendant, et le nouveau calife avait presque toujours à reconquérir une partie de son royaume De 788 à 912 les califes eurent des règnes fort troublés. A la faveur de ces luttes les chrétiens se ralliaient et se for tifiaienl dans les montagnes des Asturies. Un des successeur»
XLvm ttlStOIRE SOMMAIRE DE L^ËSPAGNÊ.
de Pelage, Alphonse IIÏ (866-910), put étendre son royaume à la Galice, et Ordono II (914-924) transporta sa capitale d'Oviedo à Léon et prit le titre de roi de cette dernière ville. Pour se défendre des attaques des Maures, les chrétiens avaient construit sur leur frontière de nombreux châteaux forts ou castillos, et les comtes de ces castillos, ou castilles, étaient devenus très puissants. Fernand Gonzalès, au ix* s., dispose à son gré du trône de Léon.
Vers le même temps, Sanche P' de Navarre (905-925) conquérait le duché de Sobrarbe, dans la région montagneuse au pied des Pyrénées, duché qui fut le noyau du futur royaume d'Aragon, après avoir été uni à la Navarre jusqu'à la mort de Sanche III le Grand, en 1035.
Abd er-Rahman III (912-961) fut le premier qui prit en Espagne le titre d'émir al-moumenin, ou commandeur des croyants. Sous son régne, qui fut le plus glorieux de l'époque musulmane, l'Espagne jouit d'une prospérité qu'elle n'a plus retrouvée depuis; le commerce était actif et florissant, l'université de Cordoue avait une grande réputation : le clerc auvergnat Gerbert alla chercher la science chez les musulmans avant de devenir le pape Sylvestre II; la marine remportait des avantages dans les mers du Levant sur celle du sultan d'Egypte. Partout s'élevaient de merveilleux édifices pour l'utilité et l'embelUssement des villes.
L'époque d'El-Hakem (961-976) fut comme un siècle d'Auguste qui marqua le point le plus élevé de la civilisation arabe. Un recensement de la population indique une prospérité véritablement inouïe. Le célèbre général Ghalib ajouta le Maroc aux états du calife de Cordoue.
Sous Hicham H (976-1009), Mohammed ibn-Abi-Amir gagna le titre d'el-mansour par ses succès sur les chrétiens, auxquels il prit Astorga, Léon, Barcelone, Coimbre et Compostelle, mais il fut vaincu en 1002 à Calatanazor par les Asturiens, les Castillans et les Navarrais réunis qui reprirent l'offensive.
A ce règne succède une ère de troubles, de désordres et de guerres entre les prétendants au califat (1009-1031). Les gouverneurs ou valis des provinces' se déclarent indépendants du calife de Cordoue qui, sans autorité, ne peat défendre son royaume contre les berbères d'Afrique et les chrétiens du Nord.
Hicham III, le dernier calife Ommiade, fut dépossédé en 1031, et en lui s'éteignait la dynastie qui avait régné pendant trois siècles sur l'Espagne et lui avait valu une ère de civilisaiion »i avancée et si florissante.
LUTTES DES CHRÉTIENS ET DES MUSULMANS, xux
Grandes luttes des chrétiens et des musulmans. — En
1028, le comte Garcia de Gastille épousa la sœur de BermudolU, roi de Léon, et reçut de lui le titre de roi de Gastille, mais il fut assassiné cette même année. Sanche 111 le Grand de Navarre et Bermudo se disputèrent son héritage; celui-ci fut remis, en 1032, au fils de Sanche qui était gendre de Bermudo, à Ferdinand, qui fut vraiment le premier roi de Gastille et devint roi de Léon en 1037.
A cette époque, l'Espagne musulmane est dans la plus grande anarchie; il y a des émirs indépendants à Grenade, à Tolède, à Séville, à Valence, à Murcie, à Ronda, à Badajoz, enfin dans toutes les villes d'une certaine importance : émirs souvent en lutte et incapables de résister aux chrétiens.
Cependant les royaumes de Gastille, des Asturies et Léon étaient réunis sous Ferdinand 1*', qui s'emparait de Coimbre en 1058, envahissait les terres des émirs de Tolède, de Séville (1063), de Valence (1064), et s'emparait de nombreuses villes. A la mort de ce premier conquérant chrétien (1065), son royaume fut ensanglanté par les luttes de ses fils. Alphonse Vf ayant triomphé de son frère Sanche II (1065-1072), fut un des souverains les plus remarquables de son temps. C'est l'époque des célèbres exploits du Gid (F. Burgos). Alphonse VI prit à Sanche, roi d'Aragon, la Biscaye, fit plusieurs campagnes heureuses contre les musulmans, et s'étant emparé de Tolède en 1085, il en fit sa capitale. De là, il étendit ses conquêtes, s'empara de Madrid, de Galatrava et de tout le cours du Tage, de Cuenca à Alcantara, 11 avait ajouté à ses états un domaine fort étendu occupant le centre de la péninsule et appelé dès lors Nouvelle-Castille.
Alors, les musulmans, se sentant en danger, appelèrent à leur aide une tribu saharienne nouvellement fanatisée par l'iman A-bdallah, qui, vers 1050, lui donna le nom d^ A Imor avides (voués) ; Jeurchef, Yousouf ibn-Tachfin, vint débarquer à l'île Verte (Algéciras), qu'on lui livra en 1086, s'empara de l'Andalousie et battit Alphonse VI à la sanglante bataille de Zalaca (1086). Après son retour en Afrique, les luttes des émirs ayant recommencé et les Castillans s'étant emparés de Lisbonne et de Santarem, en 1093, Yousouf revint faire la conquête de la péninsule en 1097 t't nomma émir, en 1103, son fils Ali.
La puissance musulmane passa des mains des Arabes levantins ou Schargyn (Orientaux, d'où Sarrasins) aux Maures d'Afrique ou Maghrebyn (de Maghreb, couchant).
A la mort d'Alphonse VI (1109) sa fille Urraca lui succéda en Gastille; elle avait épousé Alph/)nse.l^\ roi d'Aragon (1104-1134).
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