L HISTOIRE SOMMAIRE DE L'ESPAGNE
Les deux royaumes furent un instant unis; Alphonse I" d'Aragon fut proclamé ^/p/io/25e III de Castille, mais les deux époux n'ayant pu s'entendre, reprirent chacun leur royaume (1114). La prépondérance resta aux Aragonais, qui remportèrent sur les Maures les victoires de TudeJa (1110) et de Cutanda (1120) et leur prirent Saragosse (1118), qui devint la capitale d'Alphonse I". A la mort de ce prince, le royaume d'Aragon fut divisé, et la suprématie passa à la Castille où Alphonse 7/7(1126-1157) avait succédé à sa mère Urraca. Ce prince se fit reconnaître à l'assemblée de Léon (1135) comme empereur suzerain de ses voisins de Navarre et d'Aragon. En 1139, le comte Alphonse de Portugal se faisait proclamer roi indépendant par les Gortès de Larnego et reprenait aux Maures, en 1147, Santarem et Lisbonne.
Alphonse VIII (1158-J214) fit de nombreuses expéditions contre les émirs Almoravides; ceux-ci, en face de cette concentration des forces chrétiennes, appelèrent à leur aide les Almohades, berbères d'Afrique, conduits par Abd el-Moûmin, qui, en 1160, substituèrent leur domination à celle des Almoravides.
Le second successeur d'Abd el-Moûmin, Yaqoub el-Mansoûr (1184-1199), remporta sur Alphonse VIII la grande bataille idi'Alarcos (1195).
En 1209, les Castillans, depuis longtemps en lutte avec leurs voisins de Navarre et de Léon, traitèrent avec eux, afin de reprendre l'offensive contre les Maures. Ceux-ci se voyant menacés firent encore appel aux tribus africaines qui vinrent en foule, disent les chroniqueurs. Toute la chrétienté s'unit à l'approche de cette formidable invasion : le Pape fit prêcher la croisade ; la France, l'Allemagne, l'Italie envoyèrent des renforts à l'Espagne chrétienne qui s'unit sous le drapeau de la Castille. L'invasion musulmane fut arrêtée et vaincue à la bataille de las Navas de Tolosa (1212). Cette bataille fut fatale à la puissance musulmane en Espagne, qui alla ensuite chaque jour en s'afTaiblissant.
En 1214, à la mort d'Alphonse VIII, la Castille fut en proie aux compétitions et à la guerre civile pendant la minorité de HemH /"' sous la régence de sa sœur Berenguéla. A la mort de Henri I", en 1217, Bérenguela fit reconnaître comme roi de Castille son fils Ferdinand III, dit Saint Ferdinand (1217-12^2). En 1230, celui-ci hérita du royaume de Léon. Pour lutter contre les Maures il s'unit plusieurs fois avec son puissant voisin Jaime I^ d'Aragon (1213-1276) qui, après une minorité pleine de dissensions, avait pu conduire une croisade contre les infidèles des iles Baléares et conquérir Majorque en i232| tandis que Saint
LUTTES DES CHRETIENS ET DES MUSULMANS. Ll
Ferdinand remportait, en 1233, sur l'émir de Grenade, la victoire de JeVez, et, en 1236, s'emparait, après un long siège, de la grande et célèbre cité maure de Cordoue, jadis capitale des califes.
De son côté, Jaime I" d'Aragon, continuant ses conquêtes, s'emparait du royaume de Valence et, en 1242, de l'île de Minorque et devenait ainsi un des plus puissants monarques de l'Europe, avec l'Aragon, le comté de Barcelone, jadis feudataire de la France, la Catalogne, Valence, le Roussillon, le comté de Montpellier et les îles Baléares.
Saint Ferdinand avait aussi beaucoup agrandi la Gastille, définitivement unie au royaume de Léon; il n'avait laissé aux Maures, auxquels il avait pris Séville en 1248, que Grenade et le petit état des Algarves. La dynastie des Nasrides put y conserver l'étendard de l'islam, grâce aux dissensions intestines qui désolèrent le Gastille et l'Aragon à la mort des deux grands monarques Saint Ferdinand (1252) et Jaime I©' (1276).
Sous les rois de Gastille, Alphonse X le Sage, Sanche IV le Brave et Ferdinand IV, c'est-à-dire de 1252 à 1310, et sous les rois d'Aragons : Pierre III (1276-1285), qui usa ses forces à guerroyer en Italie et en Sicile, Alphonse III, Jaime II, Alphonse IV, Pierre IV, Jean I" et Martin, c'est-à-dire de 1285 à 1412, la guerre civile et les révoltes des seigneurs occupèrent entièrement les forces chrétiennes, qui ne purent attaquer les Maures.
En Gastille, Alphonse XI (1310-1350), après une minorité très troublée, vainquit les Maures à Arcos, en 1344, et leur prit Algeciras.
Son successeur, Pierre /"' le Gruel (1349-1368), quitta Valladolid pour faire de Séville sa résidence et sa capitale. Son règne est une longue suite de révoltes des nobles outrés de sa conduite et de ses crimes. 11 fit périr sa seconde femme, Blanche de Bourbon, combla d'honneurs sa maîtresse Maria de Padilla, qu'il chassa ensuite, fit assassiner presque tous ses parents, son ancien favori Alburquerque, fut en guerre avec l'Aragon el la France et finit par être tué en duel presque sous la tente de Duguesclin par son demi-frère Henri de Trastamare, qui lui succéda sous le nom de Henri II (1369-1379) et dut conquérir ville à ville son royaume révolté. Puis vinrent JeanP' (1379-1390), Henri lll le Malade (1390-1406), Jean II (1406-1454), qui eut pour régent, pendant sa minorité, son oncle Ferdinand (plus tard roi d'Aragon de 1412 à 1416). Jean II, avec le connétable de la Luna, fit une expédition contre les Maures et leur prit Ante<
î^i HÎStOIRÈ SOMMAIRE DE j/ESPAGNÈ.
quera en 1410; mais la guerre civile ayant recommencé en Castille, le roi fît condamner le connétable et mourut en 1454. Henri IV l'Impuissant déshérita sa fille Juana, dite la Beltraneja (du nom du favori de sa mère, Beltran de la Gueva), pour reconnaître comme héritière sa sœur Isabelle. Celle-ci épousa Ferdinand II, fils de Jean U d'Aragon, qui avait hérité de la Navarre. Ainsi furent réunis le royaume de Castiile, du chef d'Isabelle, reine en 1474, et le royaume d'Aragon, du chef de Ferdinand, roi de Navarre en 1479. Les chrétiens d'Espagne étant unis vont chasser les derniers musulmans et faire disparaître cette civilisation orientale qui avait brillé d'un si vif éclat. Grenade, la dernière citadelle des Maures, lutta encore jusqu'en 1492.
Espagne chrétienne. — Isabelle de Castille (1474-1504) et Ferdinand II d'Aragon (1479-1516), dits les Rois Catholiques (los Reyes Catolicos), régnèrent unis ; ils firent ensemble une campagne de dix ans pour triompher du royaume de Grenade (1492) et décrétèrent en même temps l'expulsion de tous les Juifs du royaume. Cette même année 1492, Christophe Colomb découvrait le nouveau monde, qu'il offrait à ses souverains.
L'Espagne, à peine unifiée, commença à intervenir dans la politique européenne. Ce fut à propos des guerres de la France contre l'Italie; au traité de Narbonne, en 1493, Charles VIII de 'France céda le Roussillon et la Sardaigne à l'Espagne pour l'avoir comme alliée, ce qui n'empêcha pas Ferdinand II d'organiser la sainte ligue contre la France et d'envoyer Gonzalve de Gordoue rétablir son parent sur le trône de Naples (1496). Une longue guerre s'ensuivit avec la France. A la mort d'Isabelle de Castille (1504), sa fille Jeanne dite la Folle, hérita et Philippe le Beau, son mari, fut nommé roi (1504-1506). A la mort de ce dernier, Ferdinand II d'Aragon exerça la régence au nom de son petit-fils Charles; il fut secondé par l'habile ministre Ximenes de Cisneros (1436-1517). Il guerroya contre Louis XII de France et conquit la Navarre (1515).
Maison d^ Autriche (1516). — A la mort de son grand-père Ferdinand II d'Aragon, le prince Charles hérita du royaume d'Aragon et de ses dépendances et fut déclaré majeur en Castille, où il prit possession du royaume de sa mère Jeanne la Folle, femme de Philippe le Beau, sous le nom de Charles Quint; de ce -prince date la réunion de toute l'Espagne en un même état. Par son père Philippe le Beau, fils de l'empereur Maximilien, il avait droit aussi à l'Allemagne, où il fut élu empereur, malgré les intriguer 4e François P'. Charles Quint s'occupa peu
ESPAGNE CHRÉTIENNE. Llii
des affaires de l'Espagne, qu'il mécontenta par son absolutismcs et ses préférences pour ses sujets flamands : aussi eut-il à soutenir la révolte des communeros (1521-1522). Il fit de longues guerres en Italie contre François P' et ne signa qu'en 1538 une trêve de dix ans. En 1539, il réprime une révolte des Gantois et reprend la guerre contre François I", allié des Turcs et des réformés, de 1542 à 1544» Il avait fait condamner la doctrine de Luther, mais ne put l'empêcher de se propager en Allema2:ne. Il lutta contre les Barbaresques, qui attaquaient les côtes d'Espagne, fut victorieux à Tunis en 1535 et subit un échec à Alger en 1541. En 1556, il se retira au monastère de Yuste, d'où il continua à diriger toutes les affaires de l'empire jusqu'à sa mort (1558).
Philippe II, son fils, avait été reconnu roi d'Espagne, des Pays- Bas, avec la possession de territoires en Italie et en Amérique (1556). Il avait épousé Marie Tudor, reine d'Angleterre. Il eut à combattre le pape Paul IV (1557) et la France (1557-1559) et signa la paix qui termina les guerres d'Italie. Sous son règne, qui fut sombre et néfaste, l'Inquisition redouble ses rigueurs et, s'achar^ nant contre les Maures restés en Espagne, transforme en déserts des régions riches et fertiles. En 1571, la flotte, commandée par don Juan d'Autriche, frère naturel du roi, gagne sur les Turcs la bataille de Lépante. Les Pays-Bas se révoltent plusieurs fois pour secouer le joug de leurs gouverneurs (1567, 1574 1578). En 1580, le Portugal est conquis. En 1588, l'invincible Armada, flotte nombreuse, se perd en se dirigeant vers l'Angleterre. Une armée espagnole, soutenant la Ligue contre Henri IV (1590-1592), est défaite en France. Philippe II condamna à mort son fils don Carlos et fit, dit-on, empoisonner sa femme Isabelle ^e Valois et son frère Juan d'Autriche.
Philippe III (1598-1621) a pour favori le duc de Lerma. Ses armées sont vaincues en Flandre, où il est forcé de signer la trêve de la Haye (1609) qui lui fait perdre 18 provinces. Sa flotte est battue par les Anglais. Il prend part à la guerre de la succession de Mantoue (161 1-1617) et à la guerre de Trente Ans (1620). 11 expulse ou extermine les derniers Morisques (1609-1610), et cet acte de cruauté inouï prive l'Espagne d'un million de ses plus laborieux habitants. Les rigueurs de l'Inquisition, l'émigration d'une foule d'Espagnols qui allait chercher fortune dans le nouveau monde, les guerres continuelles amènent bientôt la ruine de l'Espagne, qui perd à chaque nouveau règne quelquesunes de ses provinces.
Philippe IV (1621-1665) a pour favori le comte d'Olivarèa.