LES ARTS EN ESPAGNE
Petit guide historique par EMILE BERTAUX,
Chargé de cours à la Faculté des Lettres do Paris.
Avant'propos. — Le voyageur de bonne volonté qui entre en Espagne, pressé d'atteindre Madrid et de gagner l'Andalousie, n'ignore pas qu'il est attendu au Musée du Prado par Vclâzquez et par Goya, avec lesquels il n'a pu avoir, dans d'autres musées, que des rencontres fugitives, mais inoubliables pour un œil sensible à la « pointure ». Il attend à Séville, les extases de Murillo, où la lumière céleste lui apparaîtra peuplée de brunes Andalouses. Il rêve des promesses de Grenade et de l'acropole vermeille, qui doit lui révéler, à la sortie d'un bois sacré, le monde des féeries orientales.
Des surprises lui sont réservées, bien avant Madrid : Tune des premières et des plus fortes à l'étape de Burgos. Voici que la route des paradis mauresques est comme barrée par la grande cathédrale dont le vaisseau est celui d'une cathédrale française et qui élève au-dessus du triste plateau ' ^stillan ses deux flèches ajourées de cathédrale germanique. A l'intérieur, ies chapelles sont autant de petits musées où l'on pa^o en revue, sous le commandement du bedeau, tous les styles européens du moyen âge et de la Renaissance. En avançant à travers l'Espagne et jusqu'en pleine Andalousie, on se croira plus d'une fois, devant un édifice ou un tombeau, transporté en France, en Flandre, en Allemagne ou en Italie. Longtemps avant que les rois d'Espagne, devenus maîtres d'une moitié du monde, se tissent collectionneurs et enrichissent leurs palais des tableaux flamands et vénitiens que nous admirons au Prado, les moines, les prélats, les grands avaient réuni pendant plusieurs siècles, dans la construction et la décoration dos églises ou des palais, tous ies arts qui avaient été créés dans les pays du Nord et en Italie. L'Espagne devint pour quelques-uns do ces arts étrangers une seconde patrie.
Si l'on est étonné de reconnaître les formes les plus septentrionales de l'art chrétien transplantées et acclimatées en Espagne, on ne le sera pas moins, eu apercevant déjà, eu Castille et en Aragon, l'art musuhnan, que l'on pouvait croire confiné daus les provinces méridionales. Les détails mauresques percent de tous côtés dans ies monuments les plus compacts de l'art importé du Nord, comme les pousses d'une végétation profondément enracinée au sol. L'art de l'islam vaincu garde, môme alors qu'il est réduit à de menus ouvrages d'artisan, sa vitalité et son prestige. Au milieu dos arts multiples qui ont formé l'art espagnol, il faut souvent, pour