LVIII LES ARTS EN ESPAGNE
découvrir le socret de combinaisons dëconcertantes, invoquer la réaction prolongée du vieux ferment musulman.
La péninsule européenne qui s'avance vers l'Afrique a été ainsi pour les arts les plus oppo3és un terrain de rencontre et un champ d'expériences, jusqu'au temps où l'Espagne trouva, pour exprimer ce qu'il y avait de plus profond et de plus « espagnol » dans son peuple, à la fois réaliste et mystique, les grands maîtres, dont les uns peignirent ce qu'ils voyaient, tel qu'ils le voyaient, et les autres ce qu'ils croyaient, comme s'ils le voyaient. Dans ies siècles qui ont précédé ces portraitistes souverains de leur peuple et de leur foi, la multiplicité des formes d'art qui se trouvent rapprochées et combinées en Espagne offre aux analystes an divertissement qui se renouvelle sans cesse au cours du voyage. Ceux qui seront assez sûrs de leur estomac et de leur castillan pour aller chercher loin des villes les plus hospitalières le pittoresque bariolé qu'ont trouvé les romantiques, auront peu de chances de rencontrer des tableaux des grands maîtres comparables aux Zurbaran dont le monastère de Guadalupe possède une collection, à deux jours de tout chemin de fer; mais une église oubliée, avec ses tombeaux et ses retables, résumera parfois pour eux tout un tour d'Europe, avec une excursion en Orient. Tolède, si facile à visiter de Madrid, est à elle seule le plus varié et le plus somptueux des spectacles historiques. On risquera seulement de s'égarer au milieu de la prodigieuse concrétion de tous les arts que les siècles ont déposée sur le rocher superbe, comme on se perd infailliblement dans le dédale des ruelles désertes. Pour s'orienter à travers le passé magnifique et touffu de l'Espagne, peut-être ne trouvera-t-on pas inutile de parcourir, avant le guide topographique, un petit guide historique. Ce guide offrira, dans un résumé élémentaire, les données les plus récemment acquises sur les différentes époques d'un art qui, d'année en année, attire plus fortement la curiosité des chercheurs et qui réserve encore bien dos découvertes à ceux qui savent regarder.
L'époque primitWe. — Les débris de monuments sans âge, en pierres sèches, qu'il faut chercher dans les Baléares ou en Estremadure, restent en dehors des routes praticables. Les voyageurs qui admirent en Italie la grandeur des murailles « préromaines » en verront de formidables à Tarragone, avec des linteaux de porte qui pourraient couvrir un dolmen. Quant aux origines des arts plastiques en Espagne, on les trouvera résumées suffisamment, selon l'état actuel de nos connaissances, dans une salle du Musée archéologique de Madrid. Les morceaux qui y ont été réunis, céramiques grossières et tessons de vases grecs, bijoux à décor géométrique, petits bronzes et grandes têtes de bœufs (celles-ci provenant de M inorque et analogues à certaines idoles mycéniennes et sardes), statues d'animaux on de monstres et statuettes de pierre, montrent déjà ces mélanges d'éléments européens et orientaux qui se reformeront aux époques les plus brillantes de l'histoire d'Espagne. L'art « égéen » antérieur à l'époque homérique, l'art ionien des colons phocéens ont été transportés aux rivages occidentaux de la Méditerranée, comme l'art phénicien ou punique, par le commerce de mer. Un art grec et un art oriental qu'il est malaisé de définir exactement se sont combinés dans le sud-est de l'Espagne pour j former une sculpture qui peut être rapprochée d'autres formes de l'art j gréco-oriental. Les statuettes déterrées au Cerro de lot Scmtos (pi-ov. d'Al- ; baoete) reBsemblent, môme par leurs coifiures étranges et leurs pesants col-