‹ Espagne et PortugalChapitre 41 sur 196 · XCVÎ LES ARTS EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

XCVÎ LES ARTS EN ESPAGNE

La Guerre de l'Indépendance, ce grand réveil natio/aal qui suivit les ignominies du règne de Charles IV, ne pouvait laisser indifférent le peintre national que l'Espagne avait retrouvé. Goya, qui, par les tendances de son esprit frondeur, était un afrancesado^ se vengea des envahisseurs avec ses armes de peintre et de graveur, dans les deux terribles toiles du musée du Prado et dans la suite fameuse des Désastres de la Guerre^ dont le réalisme est plus eiîroyable que tout le fantastique de Callot.

Après le départ de Joseph Bonaparte et la restauration de Ferdinand VII, Goya, fort mal en cour, se retira dans sa maison de campagne, au bord du ManzanareSi et en couvrit les murs de rêves plus sombres et plus affreux que ceux qu'il avait gravés. Ces peintures de cauchemar ont été transportées au Prado, où elles contrastent étrangement s^vec les cartons des joyeuses tapisseries, œuvres de jeunesse. Le vieux peintre finit par quitter l'Espagne, où il n'avait plus d'amis, et se retira à Bordeaux. Il y mourut en 1828. Dans ses derniers portraits, il adopta une facture précise et sèche, qui devait être imitée par Vicente Lopez^ ce Baron Gérard de Madrid. Il ne laissa d'autres disciples que des pasticheurs, comme Lucas, dont les petites toiles noirâtres sont mises trop souvent sous le nom du maître.

Goya est représenté au musée du Prado aussi complètement que Velâzquez ; mais quelques-uns de ses portraits les plus étonnants et les plus « modernes » sont restés dans les grandes familles et les collections particulières. I>es amateurs d'art se plairont à les chercher un à un. S'il n'y a pas de plus grand peintre que Velâzquez, Goya est l'artiste le plus vivant, le plus subtil et le plus riche quo l'oo puisse apprendre à goûter dans un voyage d'Espagne

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