‹ Espagne (volume 2)Chapitre 11 sur 70 · vie de I.onis le Déhonnaiie, le nomme Zeidmia · texte numérisé non relu

vie de I.onis le Déhonnaiie, le nomme Zeidmia

Al-Hakem pour solliciter des secours; il confia le soin de la défense à Omar, son frère , et, pendant une nuit obscure , il s’efforça de traverser le camp français. Mais, trahi par les hennissements de son cheval , il tomba entre les mains des assiégeants, qui l’envoyèrent à Charlemagne. Ce souverain le reçut très-mal et le condamna à l’exil.

Les généraux français connaissant 1rs cruelles extrémités' auxquelles la place était réduite, en donnèrent avis au roi Louis, et sur-le-champ celui-ci accourut à la tête des troupes qu’il avait conservées. Cet accroissement dans les forces des assiégeants ne décida pas encore Barcelone à se rendre. Cependant on était parvenu à faire quelques brèches aux remparts. Pendant six semaines on ne cessa de donner des assauts; enfin, pendant un de ces combats, un trait que Louis avait luimême lancé , vint s’enfoncer jusqu’à la hampe dans un bloc de marbre , et les Maures émerveillés de ce miracle se déterminèrent à capituler. Ce dernier fait, il faut le dire, nous a grandement l’aird’unelicence poétique dont Ermoldus Nigellu.s a embelli le récit

?|u'il écrivait en vers latins des hauts aits de Louis le Pieux. Quoi qu’il en soit, la ville se rendit, et la garnison, traitée honorablement , eut la faculté de se retirer avec armes et bagages où bon lui semblerait. Les portes furent livrées, et, le lendemain, Louis alla remercier Dieu dans l’antique église de Sainte-Croix. Les Arabes en avaient fait une mosquée; les vainqueurs la rendirent à sa première destination.

Ce désastre ne fut pas le seul que cette année les Maures eurent à délorer. L’armée qu’ils avaient rassemlée à Saragosse, pour aller au secours de Barcelone, n’ayant pas osé attaquer Guillaume de Toulouse, remonta I Èbre et courut se jeter sur les Etats d’Alphonse, avec l’espoir de s’y venger des pertes qu’ils éprouvaient' dans la Catalogne; mais là au.ssi la fortune leur fut contraire : ils furent battus et contraints à prendre la fuite.

La victoire d’Alphonse fut suivie

d'un de ces événements qu’on a peine à s’expliquer. Une révolte éclata parmi ses sujets. Le roi fut renfermé dans un couvent par les conjurés; mais, après peu de temps, il fut délivré par quelques seigneurs qui lui étaient restés üdèles, sans que cette révolution d’un moment ait laissé d’autres souvenirs dans l’histoire.

Louis, après avoir créé Bera comte de Barcelone, continua ses conquêtes. Il eut peu de peine à s’emparer de Tarraaone, dont les murailles avaient été ruinées; il n’en fut pas de même de Tortose. Ferreras dit qu’il s’en r.mdit maître; cela n’est pas probable, et, dans tous les cas , s’il parvint à y pénétrer, il ne put s’y maintenir, car, à peu de temps de là , on la retrouve au pouvoir d'Al-Hakem. Ce prince, qui s’était montré si lent à venir au secours de Barcelone, ne laissa pas cependant les Français s’établir sans contestation sur le versant méridional des Pyrénées. Il avait réuni à Sarngosse une armée nombreuse, aval t repris Pampelune et II uesca. Tout le pays entre l’Èbre et les Pyrénées fut dévasté par les armées française ou musulmane. Pendant qu’Al-Hakem combattait ainsi à la frontière, il apprit que lesbabitantsdeTolède s’étaieht révoltés contre 1e lüs d’Amrou, leur gouverneur. Amrou fut lui même chargé d’aller rétablir l’ordre, et, à son arrivée, les troubles cessèrent. Mais Amrou n’en conserva pas moins un vif ressentiment contre les principaux citoyens qui avaient pris part à ce soulèvement, et il ne tarda jias à le prouver par une action atroce. Le Jeune Abd - el- Bahman , fils d’Al-Hakem, conduisait à la frontière un corps de cinq mille hommes, et les habitants de la ville, à l’instigation de leur gouverneur, engagèrent le fils de leur émir à se reposer dans leur ville. Abd-el- Rahman y consentit. Sa présence servit de prétexte à Amrou pour convier à un repas les principaux habitants de 1.1 ville, puis, à mesure qu’ils se rendaient à cette invitation, on les saisissait, on les entraînait dans une chambre souterraine, où ils étaient

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décapités , et leurs corps étaient jetés dans une fosse profonde que l’on avait creusée d’avance. Quatre cents des plus notables habitants furent, dit -on, ainsi sacrifiés, et les quatre cents têtes furent le lendemain montrées au peuple , qui resta frappé de stupeur.

Cependant la guerre se continuait entre l’Ébre et les Pyrénées sans avantage bien marqué de part ni d’autre.

Pendant deux années successives, les Français vinrent mettre inutilement le siège devant Tortose. Vers la fin de 810, les Arabes, fatigués de la rude guerre que leur faisaient les Français, se déterminèrent à demander la pai.\ à Charlemagne. Quelques auteurs pensent qu’elle fut conclue en cette année; mais il paraît plus probable qu’il n’y eut encore que des projets d’arrangement, car, au printemps suivant, une nouvelle tentative fut dirigée contre Tortose, dont cette fois le gouverneur se reconnut vassal du roi Louis.

Epfin, en 812, ce prince conduisit une expédition dans la Navarre en franchissant les défilés de Roncevaux.

Après être restée quelque temps dans le pays, cette armee reprit le chemin par lequel elle était venue. Mais pour éviter les dangers de ce passage qui , trente-quatre ans auparavant, avait été si funeste à l’arrière-garde de son père, il eut recours à un expédient qui lui réussit parfaitement. Il battit les vallées hautes des Pyrénées , y enleva les femmes et les enfants des montagnards, et fit marcher ces otages dans les rangs de ses soldats jusqu’à ce que l’armée fdt arrivée dans un pays où elle n’avait plus d’embilches à craindre.

Mariana place , mais à tort, en cette année le désastre éprouvé en 778 , par l’arrière - garde de Charlemagne. Il mêle à son récit les hauts faits de Bernard del Carpio , que tous les critiques considèrent comme un héros purement imaginaire. Quoique ces.

aventures ne doivent être regardées que comme un roman agréable, ceendant elles sont tellement célères en Espagne, que lorsqu’on veut peindre le pays , il n’est pas permis de les passer sous silence.

L’UNIVERS

On se rappelle qii’en 757 Froïla, qui venait d’être élu roi à la place d’Alphonse le Catholique , avait porté la guerre en Navarre. Il y avait rencontré Monime, fille d’Eudes, duc d’Aquitaine (*). Épris de sa beauté, il l’avait choisie pour épouse. Il en avait eu deux enfants de caractères bien différents. L’un était Alphonse , dont la femme, dit-on, mourut vierge, et auquel l’histoirea donné le nomdeChaste.

I.’aiitre était Ximena, dont on traduit le nom par le mot de Chimène. Tous deux étaient encore bien jeunes lorsque leur père expia, par sa mort, le crime qu’il avait commis en poignardant son frère. Le trône était passé entre les mains d’Aurèle, puis de Silo, de Maurégat et de Bermude; mais, avec le temps, Alphonse, à son tour, avait été élu roi. Avec le temps aussi , Ghimène était devenue aussi belle que l’avait été sa mère. Un des plus vaillants chevaliers de la cour de son frère, Sancho Dias, comte de Saldana, lui avait inspiré de l’amour. I/infante et son amant , effrayés par le caractère sévère d’Alphonse, n’avaient osé s’unir qu’en secret. Cette alliance, néanmoins, ne put rester longtemps cachée. La naissance d’un fils vint la révéler au roi , qui , plein de courroux , fit enfermer sa sœur dans un couvent de religieuses. Il ordonna d’arrêter le comte de Saldana, qui, d’après ses ordres, venait pour lui baiser la main, de le charger de chaînes et de le jeter dans une des prisons du château de Luna. Quant au jeune infant, auquel on avait donné le nom de Bernard, il n’était pas coupable de la faute de ses parents; soigneusement élevé par les soins d’Alphonse, il devint bientôt un chevalier accompli , digne en tout point de sa noble origine. Cependant il ne la connaissait pas. Le roi avait fait jurer à tous ses chevaliers de ne jamais révéler à Bernard le secret de sa naissance ou le sort de son père;

(’) Celte parenté avec Eudes est fort douteuse. La charte d’Alaon , dont nous avons déjà parlé, ne fait aucune mention de cette prétendue fdle du due d'Aquitaine.

mais il avait oublié d’e.xiger le même serment des dames, et une d’entre elles apprit au jeune héros tout ce qu’on voulait lui cacher. Bernard prit alors des vêtements de deuil et alla se jeter aux pieds du roi pour lui demander la liberté de son père.jlMais Alphonse le repousa avec colère. » J’ai juré, lui dit-il , que de sa vie votre père ne vous verrait, et je garderai mon serment. »

Bernard espérait qu’à force de bons services et de vaillance il contraindrait le roi à céder à ses prières. Il se montra le plus brave de tous les chevaliers espagnols. A chaque service qu’il rendait, il demandait la même grôee qui lui était toujours refusée; cependant , avec un dévouement inépuisable, il recommençait à servir le roi, croyant toujours qu’il parviendrait à llechir son ressentiment. Il n’y avait pas de combat , pas de tournoi où Bernard ne méritât d’être appelé le meilleur chevalier. Dans une bataille, les Maures avant tué le cheval d’Alphonse, ce prince se trouvait en grand danger de mort. Bernard vint l'arracher aux mains des ennemis et lui donna son propre coursier.

Enfin, Alphonse, accablé par l’âge et fatigué par les guerres éternelles qu’il avait à soutenir contre les Maures , et se voyant saii.t héritier, offrit son royaume' à Charlemagne, s’il voulait venir l’aider à chasser entièrement les ennemis de la foi. La noblesse d’Espagne fut révoltée de cette proposition et Bernard fut chargé de faire des représentations au roi, qui se vit contraint de retirer sa parole. Mais déjà Charlemagne était en marche. Alors les Espagnols se réunirent sous la conduite de Bernard del Carpio, attaquèrent l’armée française dans le défilé de Roncevatix, et Bernard tua de sa propre main le fameux Roland.

"rant de services n’ayant pu toucher le roi, Bernard del Carpio se retira dans son château et commença à faire une guerre acharnée à son souverain.

Pour obtenir la paix, Alphonse consentit à lui rendre son père. Il accomplit sa parole, dit le Romancero, et

ce fut encore une tromperie, car il ordonna qu’on ne mît le comte de S,nldana en liberté qu’après lui avoir crevé les yeux.

Mariana raconte différemment le dénoûment de cette histoire. Bernard continua à servir l’Etat pendant deux règnes , ceux de Ramire et d’Ordofio.

Sous AI|)honse le Grand , il présenta de nouveau sa demande au roi; mais celui-ci lui ayant répondu ^ue ce serait une offense à la majesté royale de revenir sur une décision prise par ses prédécesseurs, Bernard éleva, a quelques lieues de Salamanque, le château del Carpio, d’où il a reçu son nom. Il se mit à rourir les terrés du roi , enlevant les troupeaux et faisatit tous les dommages possibles. Effrayé de ses ravages , le roi réunit les grands à Salamanque pour les considter. Tous furent (l’avis qu’il fallait accorder à Bernai do del Carpio sa demande , pourvu qu’il livrât auparavant son château. Bernard fit ce qu’on exigeait; mais quand on alla pour mettre son père en liberté, on le trouva mort de vieillesse dans la prison où il était renfermé. .Mariana ajoute que de son temps on voyait à Aguilar del Campo un tombeau qu’on pensait être celui de Bernardo del Carpio. Il n’est pas besoin de répéter que, pour nous, tout ce récit n’est qu’un roman rempli d'invraisemblances et d’impossibilités (*).

(*) D’abord il n’est nullement prouvé qu’Alpbonse le Cbasie ail eu une sœur ; mai.*! si celle sœur a existé, comme son père ne s’élait pas marié avant raiiiiée 757, elle pouvait tout au plus avoir ao ans lors de la mort de Roland arrivée en 7 7 S. A siippo.ser qu’elle eût conçu à la ans , elle ii’aurait pu en 778 avoir qu’un lils de sept ans, qui se serait trouvé un peu jeune pour combattre le pins vaillant des douze pairs de Cbarleniagne. Aussi Mariana, pour rendre ce roman po.ssible, recnie-t-il la bataille deRoncevaux de 34 ans; c’est une licence plus bardie encore que celles d’Ennoldiis Nigellus.

Mariana fait vivie le comte Sanebo de Saldaiia jusqu’à 874. Ce comte devait avoir au moins l’àge de sa femme, s'il n’était pas son ainé. Or le père de Cbiraène étant mort en 768 , le comte Sancho aurait eu en 874

Tl faut revenir maintenant à des faits plus sérieux et plus certains. Sans le secours fabuleux de Bernard , Alphonse remporta des avantages continuels contre les Maures. Mais, parmi les événements de ce règne , il en est un surtout qui eut sur le sort de l’Espagne la plus active influence : c’est la découverte du corps de saint Jacques, fils de Zébédée. Voici comment elle est racontée dans la chronique de Compostelle écrite, au commencement du douzième siècle , par les évêques de Porto et de Mondonedo :

« Dans le lieu où est aujourd’hui bâtie l’église de Saint-Jacques , au royaume de Galice , sur l'ancien diocèse d'Iria Flavia , nommé à présent F.l-Padron, il y avait un bois épais, sur lequel plusieurs personnes, dignes et respectables par leur sainteté , assurent que l’on voyait, toutes les nuits, descendre du ciel des lumières et des anges. Théodomir , personnage très-recommandable, qui occupait le siège d’Iria Fluvia, en ayant été informé, voulut , par lui-même, examiner la chose et s’assurer de la vérité. 11 se transporta une nuit près de ce lieu , et il vit de ses propres yeux tout ce qu’on lui avait raconté. Il fit siir-le-cbamp abattre le bois par quelques personnes pieuses qu’il avait amenéi'S avec lui, et il trouva un petit ermitage où était le tombeau qui renfermait le corps du glorieux apôtre.

C’est ainsi que Dieu révéla l’existence de ces restes précieux au saint évêque

au ninim 106 ans, ce qui est une assez belle vieillesse. On s’étonne à cet Age de le trouver moit dans sa prison ; il n’y a cependant pas de quoi rester surpris. Mais au milieu de toutes ces invraisemblances, le romancero de Rernardo del Carpio a de fort belles stropbes, très -patriotiques , et qui, pendant la guerre de 1808, se trouvèrent daus la buuche de tous les Espaguols :

£1 Frances lia por Tentura Esta tierra cnnquislado ?

Tictoria sin sandre qiiicreP Nol mieiitras tco^amos inano$.

Le Français par hasard a-t-il conquis cette terre? Veut-il la victoife sans qu’elle lui coûte de sang ? Non I tant que nous aurons des bras.

It.

L'UNIVERS

Théodomir et à un digne ermite, appelé Pélage , qui vivait dans ces montagnes, en grande opinion de sainteté.

Depuis ce moment la puissance suprême a prouvé par des miracles continuels la gloire du Gis de Zébédée. »

Théodomir, charmé d'une si heureuse découverte , en donna sur-lechamp avis au roi Alphonse, lui' faisant part de toutes les circonstances de cet événement. Le roi accourut aussitôt au lieu où était le corps du saint apôtre, et, après avoir vénéré ses précieuses reliques, il Gt bâtir au même endroit une église qui fut faite à la hôte et de simple brique, pour ne point arrêter la dévotion des Gdèles oui s’y rendaient en foule, par envie d’honorer ce corps glorieux. C’est en l’année 808 , et du temps de Charlemagne, que cette découverte eut lieu.

Le roi Alphonse, transporté de joie d’avoir dans ses États un trésor d’un si grand prix , s'occupa de ranimer le culte du patron de l' Espagne ; et, après en avoir obtenu la permission du pape, il transféra le siège épiscopal d'Iria Flavia à la nouvelle église qu’il venait de fonder. Ce lieu prit par la suite le nom de Coinpostelle, par corruption, dit-on, des mots Giacom Postolo, Jacques l’apôtre.

Les effets politiques de cette découverte ne se firent pas attendre, et quand, en 812, Alphonse appela les Caliciens pour faire la guerre aux infidèles, il les trouva tout brillants d’un nouveau zèle pour la religion. C’est à leur tête que , le premier depuis l’invasion des Maures, il pénétra dans la Lusitanie. Lorsqu’en 813 Al-Hakein vint pour ravager ses États, les Galiciens étaient encore au nombre des combattants , et la victoire fut si sanglante, que le roi maure , épuisé par tant de défaites, se détermina à demander une trêve.

Al-Hakem profita de la paix pour appeler auprès de lui les principaux chefs de la nation, aGn de leur faire reconnaître d’avance pour émir Abd-el-Rahnian , comme son père l’avait fait reconnaître lui-même. Au reste, depuis longtemps déjà Abd-el-Rahman était

chargé du gouvernement de l’Espagne orientale. Quanta Al-Hakem, bien que la paix régnât dans l’intérieur 3e son royaume, il avait sans cesse quelques mécontents à punir, quelques murmures à étoufter. La longueur, la gravité des guerres qu’il lui avait fallu soutenir, l’avaient mis dans la nécessité de surcharger le peuple d'impôts ; aussi ne se passait-il pas de jour qu'il n’eût à signer quelque condfaiiination à mort pour réprimer ce qu’il appelait des rébellions.

AI Hakein est le premier, parmi les princes maures d’Espagne , qui , pour assurer en tout temps le maintien de son autorité, ait conservé un corps armé permanent. Il avait notamment une troupe de trois mille cavaliers étrangers, qui lui servaient de gardes du corps, et qui faisaient le service du palais. Ils portaient l’écu, la masse d’armes et l’epée à deux mains. Pour subvenir à l’entretien de cette troupe, il avait mis un droit nouveau sur les marchandises. On ne put en effectuer que difficilement la perception. Il se trouva des individus qui refusèrent de payer. Al-Hakem en Gt saisir dix qu’il condamna à être cloués à des poteaux plantés le long du Guadalquivir.

Au jour indiqué pour le supplice, une collision éclata entre les habitants du faubourg méridional de Cordoue et la garde de la ville. Les soldats furent poursuivis par le peuple en furie jusqu’à la porte du palais; alors Al-Ua- Kem, pour châtier cette émeute, lit sortir ses cavaliers étrangers, qui tuèrent beaucoup de monde , refoulèrent tous les révoltés dans le faubourg. Il tomba entre leurs mains trois cents prisonniers qu’AI-Hakem Gt clouer vivants à des poteaux rangés en Gle le long du Geiive. Ensuite il abandonna pendant trois jours le faubourg au pillage de ses troupes; et, après ce pillage, il le fit raser, et bannit impitoyablement tous ceux qui l’habitaient.

Quinze mille de ces malheureux passèrent en Afrique. Huit mille d’entre eux, accueillis par Edris-ben-Edris, se Gxèrent dans la ville de Fez. Les autres, augmentés de tous les aven-

(uriers qu’ils rencontrèrent dans leur marche, suivirent le littoral de l’Afrique, arrivèrent en Égypte, et, après avoir pillé à leur tour la ville d’Alexandrie, où l’on avait refusé de les recevoir, passèrent dans l’île de Crète, où ils s’établirent.

Ces exécutions sanglantes valurent à Al-Hakein le surnom de Jboul-Jssi, le Père du mal. Depuis le carnage du faubourg, l’émir était tombé dans un état de maladie étrange; il était attaqué d’une fièvre qui le minait sans relâche. Il était pâle et décharné. Par moment, il semblait avoir devant les yeux des gens qui combattaient. Il entendait le cliquetis des armes, les cris et les gémissements de gens qu’on égorgeait. Lorsqu’il était seul, il était saisi de frayeurs subites. Il fuyait dans les salles, sur les terrasses dé son palais, ap|)elant ses esclaves, ses gardes. Enfin , dans le courant de l’année 207 de l’hégire (822 de J. C.), il mourut dévoré par ses terreurs et par ses remords.

ABD-EL-RlHMÀir II EST PROCI.AHÉ ÉMIR.

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