ABDICATION DB CE PRINCE
Mohammed fut reconnu, sans grande opposition , successeur de son père , mais la première année de son règne fut signalée par la rébellion des gouverneurs de Tolède et de Saragosse.
Déjà nous avons eu l'occasion de parler de .Muza , qui , malgré son origine gothique, avait embrasse le mahométisme, et était devenu un des principaux chefs , musulmans. Chargé de gouverner la partie de l’Espagne orientale qui restait encore au pouvoir des Sarrasins, il avait, par sa longue administration, établi solidement sa puissance dans ce pays, et pour s’y affermir encore, il avait fait alliance avec un seigneur nommé Garci, que tous les auteurs espagnols désignent comme ayvint été à cette époque le chef des Navarrais.
Pour cimenter davantage cette union, le chef musulman lui avait donné sa fille en mariage. Puis, avec le secours de son gendre, il avait franchi les Pyrénées, et porté ses ravages sur lés terres de France, où il avait ramassé un butin considérable. Charles le Chauve, qui, dans ce moment, avait à combattre bien d’autres ennemis que les Sarrasins , acheta la paix a force de présents, et Muza s’en retourna en Espagne, chargé du butin qu'il avait
L’UMVERS.
enlevé et des présents qu’il avait reçus. Il fut, dit-on, si fier de ses succès, qu'il se crut assez puissant pour oser se déclarer indépendant. 11 possédait depuis longtemps Saragosse, Tolède, Huesca et un grand nombre d'autres places entre l’Ebre et les Pyrénées. Son fils, AbenLopc, avait le gouvernement de Tolède. L’émir de Cordoue n’était sur le trône que depuis peu de jours. Aussi Muza necraignit-il pas de se proclamer le troisième souverain de l’Espagne. Mohammed et Alphonse étaient les deux autres. Quant au royaume de Sobrarbe, nous avons vu que depuis 832 il était détruit. Non-seulement le gouverneur de Saragosse pensa qu’il pouvait braver Mohammed , il crut qu’il pourrait en même temps combattre avec avantage contre les chrétiens des Asturies.
A la suite de la bataille de Clavijo, Ramirc avait enlevé aux Maures la ville d'Alvelda. Il paraît qu’Ordono en avait augmenté les fortifications, ce qui n’avait pas empêché Muza de s’en emparer soit de force , soit par surprise. Dès que le roi chrétien eut appris cette agression, il rassembla son armée et se mit en campagne. Il rencontra Muza dans les environs d’Alvelda , et lui livra bataille. La victoire fut chèrement disputée; enfin les Sarrasins furent mis en déroute et laissèrent dix mille des leurs sur le champ de bataille. Au nombre des morts , on compta Garci , gendre de Muza; ce général lui-même avait reçu trois blessures , et il n’aurait pu s’échapper si , pour faciliter sa fuite , un de ses amis, qui combattait dans l’armée d’Ordono, ne lui cilt donné un cheval. Malgré cette défaite, Muza fut encore assez puissant pour se maintenir dans son gouvernement , et pour résister aux attaques de Mohammed. Ce qu’il y a de plus remarquable, c'est qu'Ôrdoho, dont l’intérêt était d’entretenir la division entre les infidèles, après avoir battu Muza, ne tarda pas à faire alliance avec Aben- Lope, fils de celui-ci, et à lui envoyer des secours pour repousser l’armée de l’émir de Cordoue. L’assistance
d’Ordono n’empêcha cependant pas la ville de Tolède de capituler. Au reste, le roi chrétien fut bientôt dédommagé de ce peu de succès par les victoires qu’il remporta aux bords du Duero.
Il prit Salamanque et Coria, situées toutes les deux au midi de ce fleuve ; mais il ne crut pas devoir les conserver, et il les abandonna après en avoir détruit les remparts. Ordono mourut en 862, laissant cinq enfants : don Alphonse, don Bermude, don Nuno, don Odoario et don Froïla.
L’aîné des enfants d’Ordono avait à peine 14 ans. Cependant il fut proclamé roi. Mais Froïla (*), comte de Galice , personnage de sang ro)al , puissant par sa fortune et par ses alliances, prétendait à la couronne. Il répétait qu’il était contraire au bien public de choisir un enfant pour souverain. Et, appuyant scs prétentions par les armes, il s’avança Jusqu'à Oviedo à la tête des troupes de son gouvernement. Alphonse, qui n’avait aucune force à lui opposer, prit la fuite et chercha un refuge dans l’Alava. L’usurpateur fut, sans opposition, proclamé roi à Oviedo; mais, après peu de temps, il fut poignardé par les seigneurs qui avaient élu AI|ihonse. Ce jeune prince fut rappelé dans les Asturies et remis en possession de son royaume. Cependant la province d’Alava, sur laquelle les rois asturiens avaient toujours prétendu étendre leur souveraineté, était alors gouvernée par Eylon, parent de Zénon, qui était comte du reste de la Biscaye. Elle refusa de reconnaître le nouveau roi.
Pour réprimer ce mouvement, dont Eylon était l’instigateur, Alphonse n’eut besoin ni de combattre ni de verser le sang; il suffit de sa présence. Elle rétablit le calme; et il se contenta de faire arrêter le principal coupable et de l’enfermer dans une prison.
(*) Quelques auteurs pensent que ce Froïla était fils de Bermude ; niais cela ne parait guère probable. Bermude était mort en 797 ; son fils ne pouvait donc, en 866, avoir moins de 70 ans : ce n’est guère l'ége auquel ou peut venir pour la première fois disputer une couronne.
Zenon , à son tour, voulut venger son parent. Il prit les armes; mais, vaincu par les Asturiens, il fut fait prisonnier.et ieté dans le même cachot où déjà Eylon était renfermé.
Alplionse eut bientôt des ennemis lus dangereux à combattre. Les Ara- es pensèrent que, sous un prince aussi jeune, ils pourraient impunément dévaster les terres des chrétiens. Mais, à la tête de l’armée qui, sous Ordono, avait si vaillamment combattu , le nouveau roi parcourut les deux rives du Duero. Il occupa au midi de ce fleuve la ville de Salamanque, et s’avança même jusqu’à Coria, située sur le no Alagon, à quelques lieues seulement de l’endroit où cette rivière se jette dans le Tage. Néanmoins il ne chercha pas à se maintenir dans ces' deux villes qui avaient dijà été prises par les chrétiens sous le régne de son père , et qu’ils avaient abandonnées après les avoir ruinées; mais il conserva Coïmbre, et, songeant à repeunler la rive droite du Duero, dont les ravages de la guerre avaient pres- (jiie fait un désert, il commença par elever près de Léon le fort de Sublancia, aujourd'hui Sollanzo. Dans le but de détruire ce nouvel établissement, El-Mundhir, Gis de l’émir de Cordoue, et un autre général sarrasin , nommé Ben-Gamin, vinrent courir la campagne dans les environs de Léon. Mais Alphonse surprit Ben-Gamin dans une lande située sur les bords de l’Orbigo, un des aflluents de l’Esla, et le força à livrer bataille. Mariana appelle Pulveraria l'endroit où ce combat eut lieu. I.es Maures se défendirent mal , ils fiirént défaits, et ils laissèrent, disent les chroniqueurs , plus de douze mille des leurs sur les bords de l’Orbigo.
Alphonse battit encore un autre corps de la même armée, en sorte qu’El- Mundhir, qui marchait vers Sublancia, ne se crut plus en état de résister aux Asturiens. Il se retira précipitamment, Gt demander la paix, et on convint d’une trêve de trois années. Dès que le terme de cette suspension d'armes fut expiré, Alphonse se jeta dans le pays des Maure-s; il y pénétra plus
avant que ne l’avait fait aucun de ses prédécesseurs, car il franchit le Tage et arriva jusqu’à Mérida, sur les bords de la Guadiana ; puis il retourna dans son royaume , emmenant un grand nombre de captifs et chargé d’un riche butin. Toutes ses expéditions contre les infidèles furent heureuses, en sorte qu'en 883 ils demandèrent de nouveau la paix , et Alphonse leur accorda encore une trêve de six années.
Jusqu’à ce jour, nous n’avons raconté que les succès du roi des Asturies. Cependant la victoire ne lui fut pas toujours Gdèle. En 888, selon Mariana, ou dès les premières années de son règne, suivant d'autres auteurs, les Basques se soulevèrent de nouveau contre la domination asturienne, et, réunis sous le chêne de Guernika, ils ploclamèrent leur indépendance. Dans les luttes qu'ils avaient précédemment soutenues contre Alphonse, leurs chefs, Eylon et Zénon , leur avaient été enlevés. Ils élurent pour les commander un étranger qui descendait, dit-on, des rois d’Écosse, et qu’on avait surnommé Jaon-Çouri-a , c’est-à-dire le seigneur blanc, sans doute à raison de la blancheur de ses armes (*). Les troupes d’Alphonse, étant entrées en Biscaye , rencontrèrent , dans une plaine appelée Padura, les insurgés auxquels s’était joint Sancha-Estiguiz, seigneur de Durango. A l’aide do ce secours , les Basques remportèrent sur les Asturiens une victoire complète. Elle fut, dit-on, si sanglante que la terre et les pierres contractèrent une couleur rouge que depuis elles n’ont jamais perdue, et qu’on appelle encore cet endroit Arri-Gorriaga ,
(*) La célébré famille de Qiiiros élève aussi la prétention de descendre d'un roi d'Ecosse; comme Jaon-Çoiiri, elle portait des armes blanclies avec (piatre roses rouges et quatre lis d'azur. Son écii était bordé d'une orle de gueules où étaient semés sejil sautoirs d'or. Il se pourrait que le nom de Quiros ne fût qu'une corruption de celui de Jaon-Çouri.
Quant au mot de jaon , il répond à celui de sieur ou seigneur; atiir,Jno;i-a, bonjour, monsieur.
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L’UNIVERS
c’est-à-dire, le champ des pierres rouges (*).
Cet infant donÇuria, seigneur de Biscaye, est communément regardé comme le premier seigneur de Biscaye, sans qu'on fasse aucun compte de ses prédécesseurs. C’est de lui , dit-on , que sont descendus les seigneurs de Haro qui, pendant si longtemps, furent seigneurs de Biscaye. C’est à partir de ce moment que les Basques jouirent de leurs fueros , et furent gouvernés par des souverains particuliers.
Alphonse n’eut pas à combattre seulement les ennemis du dehors , il vit plusieurs de ses sujets se soulever contre lui. Hanno, Witiza et Sarracino tentèrent successivement de soulever la Galice; mais toutes ces entreprises furent déjouées par la prudence et par l’activité du roi. Cependant sa famille elle-même lui fournit des ennemis. Un nommé Froïla, qui était son parent, et, disent même quelques auteurs, son propre frère, trama une conspiration pour le dépouiller de la couronne ; mais le complot ayant été découvert, Froïla se réfugia en Castille, où il fut pris avec ses frères Nuno, Bermude etOdoario. Alphonse leur lit crever les yeux et les fit retenir en prison. L’un d’eux , cependant , Bermude, parvint à s’échapper, et tout aveugle qu’il était, il souleva en sa faveur les villes d’Astorga , de Bentosa et plusieurs autres de ces parages.
Le roi s’empressa de venir faire le siège d’Astorga , où Bermude se défendit courageusement. Cependant comprenant qu’il ne pourrait résister seul aux forces du roi , il demanda l’appui de l’émir de Corddue. Celui-ci envoya une armée pour le soutenir; mais Alphonse marcha au-devant des troupes musulmanes qui s’avançaient le long de la rivière d’EzIa , leur livra bataille dans la plaine de Grajal de Bibera et les tailla en pièces. Bermude, qui à l’approche des Arabes était sorti de la
(*) j^rri signifie non-seulement une pierre, mais encore un amas de pierres. C’est ce que dans le Béarn on nomme une arrai/lère.
ville pour aller se mettre dans leurs rangs, fut du petit nombre de ceu.v qui purent fuir. Il alla chercher un asile dans les États de l’émir de Cordoue. Astorga, Bentosa et les autres places qui s’étaient soulevées , se soumirent au roi , et de leur côté les Arabes demandèrent la jiaix. Alphonse consentit à leur accorder une trêve de quelques années.
Le roi des Asturies profita dece temps de tranquillité pour relever les fortifications de plusieurs villes. Il augmenta celles de Gijon et d’Oviedo pour les mettre à l’abri des entreprises des Normands; mais il s'appliqua surtout à rétablir les villes situées sur la rive droite du Duero. Alphonse le Catholique et ses successeurs ne se trouvant pas assez puissants pour garder cette contrée, s^étaient efforcés d’en faire un désert. Mais deux siècles de victoires avaient considérablement accru les forces des Asturiens. Ils pouvaient reporter plus loin le théâtre de la guerre ; aussi Alphonse mit-il tous ses soins à fortifier ce pays et à le repeupler. Il avait pris Zamora sur la rive droite du Duero, à quelques lieues audessus de l’endroit où ce fleuve reçoit les eaux de l’Esla. Il en avait étendu et réparé l’enceinte; il avait aussi relevé les murailles de Toro et celles de Siinancas placée au confluent de la Pisuerga et du Duero. 11 ordonna aussi d’élever une ville presqu’à la source de l’Arlanzon, rivière qui se jette dans la Pisuerga. Cette cité, qui devint par la suite une des plus importantes de l’Espagne, fut fondée ou reconstruite par un comte de Castille. Dès le temps d'Alphonse le Chaste , on avait commencé à donner ce nom de Castille au pays des anciens Vaccéens, parce qu’a mesure que les chrétiens l’enlevaient aux Arabes, ils le couvraient de châteaux [castella). Les seigneurs auxquels était confiée la garde de ces forteresses prenaient le titre de comtes de Castille; ce qui ne paraît pas indiquer qu’ils fussent souverains de cette contrée, mais seulement que la ville ou les châteaux dont ils avaient le gouvernement s’y trouvaient situés;
KSPAGNK.
aussi voit-on plusieurs seigneurs à la fois porter le même titre. D. Diego Porcellos, Fernando Anzules, Almondar surnommé le Blanc, étaient en même temps comtes de Castille. A cette époque et même beaucoup plus tard , sous Garcia et sous Ordono II, ces comtes étaient seulement tenanciers de ces fiefs qui relevaient du royaume des Asturies. Lorsque les cortès se réunissaient, ils devaient y assister, comme ils devaient, à la tète d’un certain nombre de leurs vassaux, suivre le roi quand il faisait la guerre.
D. Rodrigo est le premier de ces comtes dont l’iiistoire fasse mention.
La chronique d’Alvelda nous apprend que ce fut au fils de celui-ci, à D. Df'go Porcellos, que le roi Alphonse confia la construction de la ville qu'il voirlait élever sur les bords de l’Arlaiir^on.
D. Diego Porcellos avait donné en mariage sa fille Sulla Bclla à un seigneur allemand nommé Nuno Belchidès, qui, venu en pèlerinage au tombeau de saint Jacqrtes, s’etait établi dans le pays pour combattre les infidèles. Ce gendre de D. Diego aida à con.struirela ville, et lui donna le nom de. Burgos , formé d’un mot allemand qui signifie cité. C'est pour cela qu’on trouve dans les historiens D. Diego Porcellos désigné tantôt sous le titre de comte de Burgos, tantôt bous celui de comte de Castille.
Les travaux auxquels se livrait Alphonse furent pour les Arabes un nouveau motif de rompre la paix. Ils jugèrent que ees constructions étaient entreprises moins pour assurer la défense du terriloire chrétien que pour créer des moyens d’agression contre leur empire. Ils allèrent donc mettre le siège devant Zamora ; mais Alphonse les attaqua, les battit, et à la suite de cette victoire il fit une incursion dans le centre de l’Espagne , et ravagea le pays jusqu’à Tolède. Il avait même eu la pensée d’assiéger cette ville; mais elle se racheta en lui payant une rançon, et il revint dans ses États, chargé d’un riche butin.
Il y avait déjà quarante ans qu’il régnait. Il avait su repousser les en-
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nemis du dehors et réprimer les tentatives coupables de ceux qui avaient essayé de troubler la tranquillité intérieure de l’État, lorsque son propre fils, don Garcia, excité par Nuno Fernandez son beau-père, l’un des plus puissants seigneurs de la Castille , prit les armes pour se faire proclamer roi. Alphonse marcha aussitôt avec de bonnes troupes vers Zamora où se trouvait Garcia , le fit prisonnier, et l’envoya chargé de fers au château de Gaiizon. Ce ne fut pas un remède suffisant pour arrêter le mal. Nuno Fernandez Ordono, le second fils du roi, et la reine elle-même, se réunirent pour contraindre Alphonse à rendre la liberté à don Garcia. La guerre fut vive et dura deux années. Enfin, en 810, dans la quarante-quatrième année de son règne, Alphonse ne voulant pas livrer plus longtemps son pays aux horreurs de la guerre civile , iiiit don Garcia en liberté , réunit les grands du royaume, et en leur présence il abdiqua la royauté en faveur de ses fils. Garcia fut reconnu roi des Asturies. Ordono eut la Galice en partage. L’année suivante Alphonse fit un pèlerinage au tombeau de saint Jacques; ensuite, à la tête d’une armée, et comme lieutenant de don Garcia son fils et son roi , il Cl encore une dernière incursion sur les terres des Maures, puis il revint à Asiorga, où il mourut dans le cours de l’année U12. Il laissa cinq enfants nés de son mariage avec Dona Ximena : ce sont Garcia, Ordono, Froïla, Rainire et Gonzalve ; les trois premiers montèrent successivement sur le trône , et Gonzalve fut. archiprêtre de l’église d’Oviedo. Pendant son règne, Alphonse ne donna pas uniquement ses soins aux choses de la guerre; il protégea les lettres, et on lui attribue la clironique publiée sous le nom de Sébastien. Ses armées furent presque toujours victorieuses ; et quand on considère le résultat de son règne, quand on voit les frontières de son royaume reculées jusqu’au bord du Duëro , il est difficile de lui contester le nom de Grand que lui a donné l’histoire.
Digiiizeo ny Vjuuglfc
L’UNIVERS
SUITE DE LA REVOLTE DE MUZA. ~ r£-
YOLTE D'HApSOUir. MORT DE ZEID-BEK-
EÂSEM, PETIT-FILS DE T.'iMIR. RicifE
DE Et.-MUNDÏR. RECITE D^BD-ALLAH.