‹ Espagne (volume 2)Chapitre 2 sur 70 · V .ooglf · texte numérisé non relu

V .ooglf

L’UNIVERS

menses touffes de roseaux qui servent de refuge à des myriades d’oiseaux aquatiques.

Guadalquivir (*) est celui que les anciens désignaient sous les noms de Bœtis ou Tarteuus.

On a déjà vu que la Sierra Morena se divisait en plusieurs branches. L’une d’elles se dirige le long de la Méditerranée, à travers les royaumes de Murcie et de Grenade, c’est la Sierra Nevada.

La cbaîneprincipaledela SierraMorena se prolonge en courant vers l’ouest; puis , à une dizaine de lieues avant a’atteindre la frontière du Portugal , elle se détourne tout à coup vers le midi , et va finir à trente lieues environ au sud-est du cap Saint- Vincent.

C’est dans le bassin formé entre ces deux lignes de montagnes ime serpente le Guadalquivir. 11 prend sa source dans cette partie de la chaîne méridionale, qu’on appelle la Sierra de Segura. Ses ondes fertilisent les fameux haras de Cordoue et les campagnes de Séville. Les plaines qu’il arrose sont assez unies, surtout au-dessous de Séville en sorte que lorsqu’il vient à déborder, il couvre (Quelquefois une largeur de quatre lieues de terrain. Ses eaux ont de tout temps été renommées comme excellentes pour la teinture; voici à cet égard comment s’exprimait Martial (**) : «Bœtis aux cheveux « parés d’une couronne d’olivier, c’est « dans tes ondes limpides que les toi- « sons dorées prennent de si vives cou- « leurs. » Le Guadalquivir recjoit , audessous de Cordoue , les eaux du Genil qui descend des montagnes de Grenade. Il se jette dans l’Océan , à San Lucar de Barrameda.

La Guailiana a son lit tracé au fond du bassin formé au sud par la Sierra Morena ; au nord , par les monts de Tolède. Les anciens appelaient ce fleuve /4na ou Ànas, ce qui , dans la langue des Celtes, signifie mère ou nourrice. Les Arabes n’ont fait qu’ajou-

(*) Eu arabe Ouad-al-Quebir, le grand Fleuve.

(**) Batîi. olirifrrA crinem redimitc coronA, Aurna qui nitîdis Tellera tingis aquis.

ter avant son nom le mot ouadi , fleuve. Il sort de plusieurs étangs qui communiquent entre eux , et qui sont alimenté par des sources intarissables.

Après un cours de quatre lieues, il disparaît dans des prairies à côté d’Alcazar-san-Juan, dans la Manche. Sept lieues plus loin , il se montre de nouveau dans d’autres étangs, qu’on nomme les yeux de la Guadiana. C’est cette circonstance qui a fait dire que ce fleuve avait un pont de sept lieues, sur lequel on pouvait faire paître des milliers de moutons. La Guadiana ne s’engloutit pas dans un gouffre. Elle ne se précipite pas, comme le Rhône, sous une voûte creusée dans des collines. Elle décroît insensiblement à mesure qu’elle s’éloigne de sa source.

Pour expliquer ce phénomène, on a supposé que le sol était , jusqu’à une certaine profondeur, composé de fragments de roches et de pierres calcaires, sans mélange de terres fortes capables de retenir l’eau qui passe à travers les interstices de ces cailloux. Ce qui donne quelque vraisemblance à cette supposition , c’est que , dans la partie du terrain qu’on appelle le pont, on a creusé des puits , et qu’au niveau du fleuve, on a trouvé ae l’eau qui ne s’épuise jamais. Les yeux de la Guadiana .sont de grands éangs , ou plutôt des marais alimentés par des conduits souterrains. Lorsque le fleuve a reçu toute l’eau que ces étangs lui fournissent , il est assez fort pour faire tourner plusieurs moulins. Il a alors trentetrois mètres de large sur une profondeur de cent trente centimètres.

Le nom de ce fleuve , Anas , qui , en latin , signifie aussi un canard , a donné lieu à un jeu de mots que don Juan de Triarte a exprimé en deux vers latins, dont voici le sens (*) : « L’oiseau et le « fleuve Anas se ressemblent par leurs « habitudes ainsi que par leur nom ; « l’oiseau plonge dans l’eau ; le fleuve « plonge dans la terre. »

Les bords de la Guadiana sont couverts de pôturages si abondants que

(*) et ainnis Anas tnclant coin nomme inoroai Mergitur aléa a^uA; mergitur amnîs humo.

la plupart des troupeaux de l’Estramadure et de la Castille viennent y passer l’hiver. La Guadiana coule à rouest jusqu’à Badajoz. Un peu au-dessous de cette ville, et sur la frontière du Portugal , elle tourne vers le midi , et va se jeter dans l’Océan , à Ayamonte.

Elle sert, en plusieurs endroits, de limites entre I Espagne et le Portugal.

Le Tage coule dans le bassin qui existe entre les monts de Tolède et la Sierra de Guadarrama. Sa source est au couchant de Molina d’Aragon , sur un des plateaux les plus élevés de l’Espagne, puisque les eaux de ce fleuve vont se perdre dans l’Océan , et que la source du Guadalaviar, qui se jette dans la Méditerranée , se trouve fort voisine. Le Tage sort de la fontaine d’Abrega, dont les ondes sont trèsabondantes. Il n’est alors qu’un ruisseau , et fait tant de détours dans une petite vallée, nommée la plaine du Tage, qu’on est obligé de le traverser quatre fois dans l’espace d’une demi-lieue. Cependant, assez près de là , au village de Peralejos , il a déjà quinze mètres de large et quatre décimètres de profondeur. Il passe alors par une gorge très-étroite, qu’il a creusée entre deux montagnes de marbre blanc , coupées à pic et d’une hauteur de plus de cent vingt mètres.

En plusieurs endroits et notamment à Tolède son cours est ainsi resserré par des rochers. Son lit est souvent encaissé à une très-grande profondeur.

C’est , dit-on , ce qui lui avait fait donner, par les Celtes, le nom de Tag, qui signifie étranglé. Avant d’arriver à Aranjuez , il traverse des collines où il se charge de substances salines et calcaires, au point que ses eaux deviennent peu salubres et d’un goût désagréable. Elles tiennent alors en dissolution une proportion assez considérable de sulfate de chaux et de sels d’Epsom et de Glauber. Sept lieues plus bas , à Tolède , ces mêmes eaux se sont dépouillées des matières qui les altéraient. Aucune rivière ne s’est pourtant jetée dans le Tage pendant ce court trajet. C’est au-dessus d’Aranjuez que le Jarama lui a versé ses

ondes avec celles de l’Henarez et du Tajuno. Comment se fait donc cette purification surprenante? Dans son introduction à l’histoire générale de l’Espagne, Guillaume Bovrles, qui a séjourné pendantquelquetempsà Aranjuez, raconte le tait, mais il ne l’explique pas. Le Tage traverse Talaverala-Reyna , Alcantara , pénètre en Portugal , et va se perdre à Lisbonne , dans l’Océan. En Estrémadure et en Portugal, on substitue au nom de Tajo , que les Espagnols donnent à ce fleuve, celui de ’Tejo. C’est une légère modification occasionnée par la différence des idiomes.

Pour écrire , on se servait autrefois de roseaux au lieu de plumes. Ceux ue produit le Tage étaient au nombre es plus estimés. Enfin , le sable de ce fleuve contient des paillettes d’or.

Le Duero, le Durius des Romains, coule entre la chaîne des Asturies et celle du Guadarrama. Il descend d’un lac excessivement profond , situé sur la montagne d’Orbion. Il se dirige vers le couchant, presque sans faire de détours. Sur ses bords, on trouve Soria et Gormaz. Il passe dans les environs de. Valladolid , entre dans Toro, dans Zamora , traverse le Portugal , et, après un cours de plus de cent vingt lieues , il tombe dans l’Océan , au-dessous d’Oporto. C’est sur ses rives qu’était située la fameuse ville de Numance. Les champs arrosés par ce fleuve semblent être (a patrie première du jasmin. Il y pousse de lui-même sans culture et sans soins. Soit qu’on fasse venir le mot Duero du basque «r, eau, du celte dwr, ou du grec Cîwp, qui présentent le même sens, il exprimera simplement un courant d’eau.

Le Minno n'a que trente-cinq lieues de cours; il sort de terre au pied de la chaîne de montagnes qui fait suite aux Asturies. Il coule pendant vingtdeux lieues du nord au sud. Arrivé près d’Orense, il se détourne vers l’occident, et se perd dans l’Océan à quelques lieues au-dessous de Tuy.

Dans cette dernière partie de son cours, il forme la limite entre l’Espagne et le Portugal. Avec le Duero,

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il sert à désigner la province que les Portugais appellent Entre -Duero et * Minho. Les Romains l’appelaient Minium, sans doute parce qu’il était voisin de quelque colline où se trouve cette substance si commune dans la Péninsule.

Les fontaines sont aussi fort nombreuses en Espagne; en donner la nomenclature serait une entreprise fastidieuse et peut-être impraticable. Mais il en est cependant quelques-unes qui méritent d’être citées. Celles qui alimentent la capitale ont bien le droit de passer les premières. Elles viennent de sept lieues de loin , des montagnes de Guadarama. Voici comment les fontainiers les y conduisent avec beaucoup d’intelligence et de simplicité.

Quand ils ont reconnu l’existence d’une source, ils creusent un puits de trois pieds de diamètre jusqu’à ce qu’ils aient rencontré la nappe d’eau qu’ils cherchent. Alors ils étendent du milieu de leur puits une corde de huit mètres environ en se dirigeant en ligne droite vers l’endroit où ils veulent mener l’eau. A l’extrémité de cette ligne, ils percent un second puits de trois pieds de diamètre qu’ils réunissent à l’autre par une galerie pratiquée au niveau de la source. Ils font ainsi des puits et des galeries jusqu’à ce qu'ils aient amené T’eau au point où ils la veulent cond U i re ; ensuite on l’élève avec des norias {*) pour pouvoir la distribuer dans les fontaines publiques. Cette-méthode est simple et economique ; mais ces conduits souterrains ont Vinconvénient de s’ensabler rapidement. C’est pour cela sans doute que les eauxdes fontaines de Madrid sont maintenant si peu abondantes. Les aguadores, afin de recueillir celle qui leur est nécessaire pour servir leurs pratiques, sont obliges de rester constamment auprès de ces filets d’eau qui coulent goutte à goutte; et comme la quantité que les fontaines jettent pendant le jour ne leur serait pas suffisante, ils veillent chacun à leur tour pour amasser celle qu’elles versentpendant la nuit.

(') Boues à chapelet avec des aujcts.

Les sources médicinales sont fort abondantes en Espagne ; et sans s’éloigner de Madrid , a trois lieues seulement de cette ville, à Vacia-Madrid , on en trouve une qui Contient assez de sel de Glauber pour purger violemment.

Il y en a aussi beaucoup dont la température est très-élevée. Orense ne doit pas son nom à une autre cause. Les Romains ont appelé cette ville dquæ Urentes, les eaux brûlantes.

Ce dernier mot est resté seul; il s’est corrompu avec le temps et est devenu celui d’Orense. Cette ville possède en effet trois fontaines qui donnent des jets de la grosseur de la jambe, d’une eau dont la température est si élevée, qu’en y plongeant pendant quelques secondes un pied de mouton ou de veau, il est échaudé parfaitement, et on peut sans la moindre difficulté en enlever le poil et les ongles.

Alhama , dit Bernard Aldrete , tire aussi son nom de la chaleur de ses bains, et ces mots al-iam-mim sont un composé d'arabe et d’hébreu qui signifie la chaude eau.

Il existe dans le seul royaume de Valence plusieurs fontaines auxquelles on attribue des propriétés merveilleuses. Celle qui a le plus de renom est celle de l’Aveja. Voici, dit-on dans le pays, comment elle fut découverte.

Parmi les saintes du paradis, il en est une qui favorise les aveugles d’une protection toute spéciale, aest sainte Lucie, sans doute parce que son nom a quelque rapport avec le mot lux, qui exprime la lumière. Elle avait au piîed des montagnes de Valence une chapelle connue sous le nom de Sainte- Lucie de l’Aveja. Une pauvre femme depuis longtemps privée de la vue avait fait un pelerinage à ce sanctuaire; elle priait avec ferveur, lorsque la sainte lui fit entendre ces paroles :

« Ayez confiance en Dieu. Partez ; allez sans bâton et sans guide parcourir la montagne voisine. Dieu vous assistera et vous serez guérie. >> La bonne vieille n’hésita pas, et ce qui était inévitable arriva. Au bord d’un > précipice le pied lui manqua , et d’une

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hauteur considérable elle tomba la tête la première sur un rocber. Suivant toutes les lois de la nature, elle devait se briser le crâne. Mais les voies de la Providence sont incompréhensibles :

ce fut la roche qui s’entr’ouvrit. Il en sortit une fontaine, et le contact de son eau rendit à la malade la vue et la sauté. Dès ce moment, les eaux de l’Aveja acquirent un grand renom. Ce fait est-il exact? la légende est-elle apocryphe? Que d’autres le vérifient.

Ce (jiii est certain, c’est que chaque annee un grand nombre de malades se réunissent à l’Aveja, et boivent les eaux de sa fontaine, tout en déplorant que leur vertu curative ne soit plus tout à fait aussi puissante qu’au temps où le miracle a eu lieu.

Sur le territoire de Corpa , à deux lieues d’Alcala de Henarès , il existe une source à laquelle on a donné le nom de fontaine des Sept-Miches {de les Siete Hogazas). Voici comment on explique l’origine de ce nom. Un berger venait de recevoir la provision de pain qu’il ne devait manger qu’en sept jours, lorsque pour déjeuner il s’assit au bord de cette fontaine. Il en but pour se désaltérer. Mais à mesure qu'il buvait sa faim augmentait; si bien qu’en un repas et sans être rassasié il dévora les sept pains destinés à toute la semaine. Selon Ambrosio Moralez, qui'rapporte cette anecdote, elle aurait la vertu de donner de l’appétit. Cet auteur ajoute qu’il en a fait lui-même l’expérience. « J’ai , dit-il , l’estomac faible et délabré. J’ai bu abondamment de cette eau, et j’ai trouvé qu’elle me donnait des forces et favorisait mes digestions. » Une eau à l’aide de laquelle on peut dîner toujours! Oh! Brillât Savarin! oh! Grimod la Reynière! oh! Berchoux! oh!

Blaze! si vous l’aviez connue!...

Les lacs et les étangs sont trèsrares en Espagne ; il en est un cependant dont nous devons faire mention, car la vertu qu’on lui attribue se rattache à l’une des plus touchantes légendes de la Péninsule : nous voulons parler du lac de Saint-Vincent situé dans la Vieille-Castille, non loin de

Briviesca. Ses eaux ont, dit-on, la propriété de guérir le flux de sang et les autres maladies de ce genre. Sainte Casilda est la première qui en ait fait l’épreuve (*).

Au temps du saint roi don Fernando F' de Castille, vivait sainte Casilda, fille du roi maure Almenon de Tolède. C’était une jeune fille belle et vertueuse , aimant singulièrement son père, et pour laquelle se présentaient de riches alliances. Mais elle avait mis en sa volonté de rester vierge. Elle était si remplie de piété envers les captifs chrétiens, qu’elle s’en allait les visitant elle-même dans les mazmorras (**), où ils étaient prisonniers, et cela à l’insu de son pere.

Elle les pourvoyait de ce dont ils avaient besoin ; et comme le roi vint à apprendre cela, il se sentit fort indigné contre sa fille; on dit même qu’à ce sujet il la maltraita vivement de paroles ; mais elle n’eut aucun souci de ses menaces, et, bien mieux, elle continua à mener la conduite qu’elle avait tenue par le passé; et il arriva que comme le roi était un soir à la porte de son palais, la guettant pour voir s’il était vrai qu’elle portât du pain et d’autres choses encore aux chrétiens captifs , il lui dit : — « Ma fille , que portez-vous là? » — Elle lui répondit subitement : « Que serait-ce, si ce n’était des roses ? » Et comme il écarta le bas de sa robe longue qu’elle avait relevée, il vit en effet que c’étaient des

(*) Celte légende est rapportée par Alcocer dans son Histoire de Tolède, et presque dans les mêmes termes par Pedro de Medma dans ses Grandeurs d’Espagne. Elle a été traduite par M. Ferdinand Denis. Elle fait partie de son excellent ouvrage intitulé , Chroniques chevalesques de l’Espagne et du Portugal. Nous ne pouvions mieux faire que d’emprunter la traduction qu’il a donnée; et si nous y changeons trois ou quatre mots, c’est pour nous conformer au texte de Pedro de Médina qui nous a paru préférable à celui d’Alcocer.

(**) Les maanorrat étaient des culs de basse fosse creusés en terre comme des citernes ; c’est là que les Maures jetaient les prisonniers chrétiens.

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roses blanches et vermeilles, et ne prit plus |K)ur vérité ce qu’on lui disait de sa fille.

Casilda, après avoir vu ce miracle, s’en fut vers les chrétiens captifs et ie leur raconta; puis, ils se mirent tous, de concert avec elle, à rendre des grâces infinies à Dieu.

Verscetemps, ilarrivaque Casilda tomba dangereusement malade d’un flux de sang , et bien que de savants médecins s’occupassent de la guérir, et que son père fit de grandes dépenses à son sujet , elle ne put recouvrer la santé. Mais la jeune infante eut en songe une révélation ; il lui fut annoncé que si elle se baignait dans le lac de Saint-Vincent, à l’instant elle serait guérie. Et quand elle eut fait ce rêve, elle dit au roi son père qu’elle voulait aller prendre des bains danscelac.

Le roi ayant entendu son conseil, délibéra de lui donner permission, pour éviter qu’elle ne mourût de cette maladie, que les médecins disaient être incurable. 11 délivra tous les chrétiens qui étaient captifs à Tolède, et il les envoya avec sa fille Casilda ; il en écrivit au roi don Fernand , et la princesse maure s’en vint en Castille avec ces chrétiens, que son père avait mis en liberté , et le roi don Fernand la reçut à merveille, lui rendant beaucoup d’honneurs. De là, elle et ses compagnons s’en furent chercher le lac de Saint-Vincent. Elle se baigna dans ce lac et fut à l’instant guérie. Alors elle reçut le baptême et ne voulut plus retourner en son pays. Elle fit son habitation en un ermitage qu’elle fit construire auprès du lac , et là elle vécut chaste et sainte jusqu’à sa mort, et elle fut inscrite par l’Église au nombre des bienheureux.

On trouve enfin, sur plusieurs parties du littoral de l’Espagne, de grandi amas d’eau de mer; on donne à ces espèces de lacs salés le nom ÿAlbuferas. Leur pêche donne un produit assez abondant.

Dans beaucoup d’endroits de la Péninsule qu’on regarde comme arides, l’eau se trouve cependant à très-peu de profondeur, et parfois à quelques

varai seulement de la superficie. Il ne faudrait pour ainsi dire que frapper la terre du pied pour l’en faire jaillir : cependant on ne l’essaye pas. Sous le ministère d’OIavidès, on a fait en Espagne des tentatives de défrichement et de colonisation. Plusieurs systèmes ont été mis à l’épreuve. Dans quelques endroits les colons ont été parsemés sur le terrain, isolés les uns des autres; on leur a donné de la terre et des instruments pour labourer; mais, abandonnés à leurs propres forces , ils n’ont pu se creuser de puits et ont manqué d’eau , cette première condition de prospérité dans les pays chauds. Ils se sont découragés, ont abandonné la concession qui leur était faite , ou bien ils sont morts à la peine, épuisés de fatigue et de misère. Dans d’autres endroits, au contraire, on a rassemblé les colons ; alors ils ont pu réunir leurs efforts. Ils ont commencé par creuser des puits, par établir des norias, et bientôt la Carolina est devenue une des contrées les plus fertiles de l’Espagne. Qu’on ne dise donc plus que l’eau manque partout en Espagne.

Que des canaux soient creusés, que des étanM reçoivent cette fonte des neiges que les torrents vont sans profit porter à la mer ; qu’on la retienne comme une précieuse ressource pour le temps de la sécheresse ; qu’ou fasse pour toute l’Espagne ce que les Maures ont fait pour Valence , nul pays alors ne pourra se vanter de l’emporter sur elle en fertilité.

Des productions minérales. — Dès l’antiquité la plus reculée, on connaissait la richesse des mines de l’Espagne. Une tradition fabuleuse raconte, ue quand les Phéniciens abordèrent ans ce pays, ils y trouvèrent une telle abondance de miétaux précieux, que, ne sachant comment emporter la quantité considérable qu’ils en avaient rassemblée , ils furent contraints de faire en or et en argent leurs ancres ainsi que toutes les ferrures de leurs vaisseaax. Suivant Strabon, l’argent était alors chose si commune dans ribérlfe, qu’on s’en servait pour ferrer les chevaux. Le premier Livre des

Machabées fait mention de l’or qu’on tirait d’Espagne. Caton remit au trésor public vingt-cinq mille livres pesant d’argent en lingots , cent vingt mille en monnaies , et quatre cents d’or qui provenaient de ce pays. Helvius, qui n’avait eu que le gouvernement de la Bétique , y recueillit , en une seule année , trente-sept mille livres d’argent monnayé, et quatre mille livres en lingots. Minucius , lors de son triomphe , présenta , comme dépouilles des vaincus , quatre - vingt mille livres d’argent en lingots et trois cent mille de monnayé. Fulviiis Flaccus, triomphant à son tour, fit porter devant lui cent vingt-quatre couronnes d’or, trente et une livres en lingots du même métal , et cent soixante et dix mille monnayées. Pline ajoute que les Romains tiraient chaque année de la Lusitanie, de la Galice et des Asturies, soixante mille livres d’or. Justin affirme que dans la Galice l’or était en telle abondance , que souvent les laboureurs entr’ouvraient , avec le soc de leurs charrues, des mottes de terre toutes remplies de ce métal ; il ajoute enfin , que plusieurs fleuves coulaient sur un sable mêlé d’or , et qu’on en trouvait des grains qui pesaient quelquefois jusqu’à une demi-livre.

Il y a certainement beaucoup d’exagération dans tous ces récits : il faut faire la part de la vanterie méridionale. Cependant , quand on considère ce qui reste des travaux faits par les anciens pour exploiter les mines de l'Espagne, on ne peut s’emp^her de reconnaître qu’une quantité immense de métaux précieux a dû en être enlevée. Les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains, les Goths et les Maures les fouillèrent successivement.

On distingue encore parfaitement les puits des Romains et ceux des Maures.

Les premiers , habitués à construire leurs tours d’une forme circulaire, creusaient aussi des puits ronds. Ils cintraient les voûtes de leurs galeries. Les Maures , au contraire , faisaient leurs tours carrées. Ils donnaient ta même forme à leurs puits et au ciel de leurs souterrains. On reconnaît en-

core les puits ronds des Romains dans les mines de cuivre de Rio-Tinto.

Quand on parcourt, au contraire, les environs de Linarès , on trouve des collines toutes criblées par les travaux des Maures. Pendant plus d’une lieue on voit leurs sommets percés de pdits pratiqués de quatre pas en quatre pas.

Ces endroits contiennent encore du plomb, dn cuivre et de l’argent.

On connaît plusieurs minesd’argent en Espagne. Il en existe une à Zalamea ; mais la plus célèbre est celle de Guadalcanal , qui se trouve dans la Sierra Morena, à quatre lieues de Llerena. La ville de Guadalcanal paraît avoir été fondée en 680 avant 1ère chrétienne , par les Celtes , qui lui donnèrent le nom de Teresei. Les Vandales , plus tard , y substituèrent celui de Canani. C’est aux Maures qu’elle doit celui qu’elle porte maintenant.

La mine est à une lieue de la ville.

Dans le dix-septième siècle, elle a été exploitée par des Allemands, les frères Marc et Christophe Fuggars , qui étaient plus connus en Espagne sous le nom de Fucares. La quantité de métal qu’ils en ont tirée est considérable. La portion qu’ils ont versée au trésor ne s’est pas élevée à moins de huit millions, qui ont servi à construire l’Escurial; encore faut-il dire qu’ils avaient trouvé le moyen de frauder les droits en battant monnaie dans l’intérieur même de la mine. En 1635, lorsqu’ils avaient déjà acquis une immense fortune , le ministre voulut changer les conditions de leur bail et les rendre plus onéreuses. Alors ils introduisirent dans la mine un courant d’eau , et la quittèrent précipitamment après l’avoir inondA:. On a fait depuis de nombreux travaux pour l’exploiter de nouveau.

Les mêmes frères Fuggars tinrent aussi à bail la mine de vif - argent d’Almaden. Ils avaient contracté l’obligation de donner annuellement au roi quatre mille cinq cents quintaux de mercure. Cette mine est, en effet, la plus productive de toutes celles de la Péninsule; elle est aussi 1a plus an-

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ciennement connue. Théophraste , qui vivait 300 ans avant Jésus - Christ , vante le cinabre d’Espagne. Vitruve, contemporain d’Auguste, en parle également avec éloge. Enfin, Pline rapporte qu’on la fermait soigneusemeht , et que le gouverneur de la province, dépositaire de la clef, ne permettait pas qu’on l’ouvrit sans un ordre exprès de l’empereur; et il veillait à ce qu’on la refermât aussitôt u’on en avait extrait le cinabre qu'on evait envoyer à Rome.

Almaden est le dernier village de la Manche. Il se trouve sur la limite du royaume de Cordoue , dont il n’est séparé que par un petit ruisseau. Son territoire est assez fertile; seulement, on y voit une grande quantité de roches de grès, semblables à celles de la forêt de Fontainebleau, dont sont faits en grande partie les pavés de Paris.

Le village est bâti sur le coteau même qui renferme la mine. Cette hauteur se dirige du nord-ouest au sud-est.

Elle peut avoir quarante mètres d’élévation. Sa longueur est environ de deux mille quatre cents mètres, sur une largeur de quatorze cents ; elle est presque entièrement formée de grès.

Son sommet est divisé par une crête de roches pelées , et semées de taches de cinabre, qui servirent d’indices à ceux qui découvrirent la mine. C’est le grès qui sert de matrice au cinabre.

Mais on le trouve aussi quelquefois, quoique plus rarement, dans du sulfure ue fer, dans du quartz blanc ou dans du spath léger. Le mercure s’y trouve en telle abondance, que le grès en contient quelquefois jusqu’à dix seizièmes de son poids. Quand on a recueilli une quantité suffisante de ce minerai , on le porte au fourneau, où il est distillé de manière à séparer le vif-argent du soufre et d’un peu d’arsenic qui le rainéralisent.

On connaît encore en Espagne plusieurs mines de cinabre. 11 y en a une dans la montagne d’Alcoraï, près d’Alicante. Il y a aussi près de Saint- Philippe, au royaume de Valence, une terre dure, blanche et calcaire, qui contient du mercure vierge. Mais ces

mines sont loin d’approcher de la richesse de celle d'Almaden.

L’Espagne produit beaucoup de cuivre. On peut citer l’exploitation de Rio-Tinto, qui était fort estimée des Romains, quoique son minerai soit très-difficile à réduire , à raison de la grande quantité de fer qu’il contient.

En 1762, dans une galerie ancienne et presque rebouchée par les décombres et les scories, on a trouvé une plaque de cuivre d’environ trois pieds sur deux. On y lisait une dédicace à Nerva, qui a possédé l’empire de 97 à 99.

Im. MERVAE . CAESABI . AUC PONTIFICI.MAXIMO TB...

. . . OTEST . P. P. cos III . . . G . IIII PUDENS . AUG. LIB . . . PBOCUBATOB .... 10 . POSUIT

La mine de cuivre des environs de Molina, en Aragon, connue sous le nom de la Platille, mérite aussi d’être citée. Quelques personnes se figurent que les vapeurs qui s’exhalent des mines sont nuisibles à la végétation , et qu’on ne doit les trouver que dans des roches nues et pelées. C’est une erreur. A Almaden, il pousse une grande quantité de plantes différentes dans le voisinage même des fourneaux. Les filons de la Platille, qui sont minéralisés par l’arsenic, ne sont pas, dans beaucoup d’endroits , recouverts par

filus d’un pied de terre. Cependant eurs émanations n’empêchent en aucune manière les arbres , les arbustes ou les herbes d’y croître avec vigueur. Ils sont couverts de chênes, de genévriers, de cistes, de romarins, d’églantiers , de sauges , de Jacinthes , de glaïeuls. Et dans d’autres parties , il y a des prés où les troupeaux viennent paître sans éprouver aucun inconvénient de la proximité du minerai.

Le fer se trouve dans presque toutes les montagnes de l’Espagne. Il est à peu près inutile de faire réloge des aciers espagnols. Il est convenu chez certains écrivains qu’un héros de la renaissance ne peut Jurer que par sa bonne lame de Tolède. Les plus estimées de ces dagues si acérées , de ces

épées si élastiques et si tranchantes , rendre témoignage. La nature y a rasportent les noms de Ferrara, de Pe- semblé tous les matériaux qui peuvent rillo de Saragosse, ou tout simple- être nécessaires à la construction : la ment ceux des villes de Sahagun ou chaux, le gypse, l’argile, l’ardoise, les Tolède. Elles étaient faites avec du granits et les carbonates calcaires.! fer tiré de la mine de Mondragon , C’est en granit gris qu’est fait le re-* dans la province de Guipuscoa. On l’y vêtement de l'aqueduc romain de Sétrouve dans une argile rouge. Il est govie (*), et la conservation parfaite assez difficile à fondre , mais il donne de cet antique monument atteste nonun excellent acier. seulement le talent de ceux qui l’ont

Le fameux fer de Somorostro, en construit, mais aussi la bonté des Biscaye, passe pour le plus fusible et matières qu’ils ont employées. La cale plus malléable qui soit connu. thédrale de la même ville est bâtie L’Espagne est remplie de mines de en pierre calcaired’une teinte jaunâtre

plomb qui , presque toutes , sont ar- et d’une grande solidité. Il y a beau-

gentifères. La ville de Réuss, en Ca- coup de grès propre à faire des pavés,

talogne, fait un grand commerce du Malheureusement il ne s’en trouve pas

plomb qui se tire dans son voisinage, dans les environs de Madrid ; aussi ne

La Galice a des mines d’éuin. Santa- fait-on usage, pour paver les rues de

Cruz-de-Mudela est enrichie par la fé- cette capitale, que de cailloux arrondis

condité de sa mine d’antimoine. AIca- dont les environs contiennent une

niz en possède une d’alun. Cardona grande quantité. Pour les rues princier la Migranilla exploitent des bancs pales on emploie des morceaux de si-

de sel gemme. On trouve aussi beau- iex qui s’usent très-vite et très-inéga-

coup de sel dans les environs de Sa- lement , en sorte que leurs aspérités

ragosse. C’est ce qui avait autrefois coupent les chaussures ; elles endom-

fait donner à cette ville le nom de magent même les fers des chevaux et

Salduba. les bandes de fer qui entourent les

On connaît en Espagne quelques roues. En un mot, elles faisaient, il y

mines de houille; mais Jusqu’à ce jour a un demi-siècle, le désespoir des per-

on en avait fort peu exploite. Le defaut sonnes obligées d’aller à pied. Aujour-

de voies de communication avait sans d’bui cependant on a, pour la commo-

doute été le principal obstacle à ce dité des piétons, placé de chaque côté

qu’on tirât parti de ce précieux com- des rues principales des dalles qui for-

bustible. Tout récemment , M. le mar- ment des espèces de trottoirs. Néan-

quis de Las Marismas vient de cons- moins , dans beaucoup d’endroits , le

truireuncheminpourfaciliterletrans- pavage est en mauvais état, et en ce port à Gijon du charbon qu’il fait ex- moment on peut citer celui de la rue

traire des houillères qu’il possède Hortaleza , qui depuis l’école Pie jus-

dans les Asturies. Dans la Sierra qu’à la montée de Santa-Barbara, est

Blanca, près de la source du Tage, dans un tel état de délabrement qu’un

on rencontre des filons de bois bitu- carosse n’y saurait passer sans éprou-

miiieux qui ont un pied d’épaisseur, ver de violents cahots , et que les voi-

Ce qu’il y a de singulier, c’est que tures à deux roues, pour peu qu’elles

ce charbon de terre contient aussi aillent vite, y sont sans cesse exposées

du plomb, et les paysans qui s’en ser- à verser. Fiez-vous , après cela , aux

vent recueillent le plomb qui en coule dictionnaires géographiques, qui s'en-

lorsqu’ils le brûlent , et en font de la tendent tous pour vous dire que Ma-

grenaille pour aller à la chasse. drid est une ville merveilleusement

Les marbres blancs ou de couleur y pavée. Les maisons de Madrid sont sont excessivement communs. On y construites en granit, en briques, en voit aussi des albâtres et des jaspes les bois et en cailloux. Les rochers de la plus variés. Les cinq cents colonnes de

la mosquée de Cordoue peuvent en (*) Voyez la planche g.

L’UNIVERS

Sierra de Gaadarrama ne «ont presque formés que d’une pierre de taille grise connue sous le nom de berroquena.

C’est celle qui a été employée pour la construction du fameux couvent de l’Escurial. Tolède s’élève sur un rocher qui peut avoir trois lieues de circonférence. Il est entièrement composé de berroquena. Au reste, ces matériaux ne se rencontrent pas partout avec la même profusion. Auprès de Séville, la vallée qu’arrose le Guadalquivir repose sur un terrain d’alluvion. Aussi n’y trouve-t-on aucune pierre ; et quand les Romains élevèrent les murailles qui servent encore d’enceinte à une partie de la ville , ils les construisirent avec un mortier qui est, avec le temps, devenu presque aussi dur que le silex.

Dei productions végétales. — Celui qui , se liant aux emphatiques descriptions qu’on a faites de l’Espagne, s’attendrait à y trouver partout de frais ombrages , des campagnes toujours vertes et toujours embaumées de fleurs, serait cruellement déçu lorsqu'il verrait la réalité. Au reste, il faut le-dire, il n’y a pas moins d’exagération dans les peintures contraires, qui nous présentent toute la Péninsule comme un désert aride. Les montagnes qui la couvrent en grande partie lui donnent nécessairement l’aspect le plus varié.

Choque localité a sa physionomie particulière. Juger tout le pays sous rimpression que vous laisse telle ou telle partie du territoire, c’est se préparer de continuels mécomptes. Les plaines sèches et monotones de la Vieille-Castilles ont-elles quelque similitude avec les champs de Valence, où la terre ne se repose jamais? Comment se figurer les ombrages frais et marécageux du Soto de Roma , lorsqu’on n’a vu que les montagnes boisées de la Navarre ou les pinèdes de Tortose? Quelle analogie peut-il y avoir entre les Asturies couvertes de rouvres , de hêtres , de chênes verts, et les coteaux d’Albayda, au pied desquels on cultive le blé, dont la croupe se pare de vignes , qui plus haut portent une ceinture de caroubiers et d’amandiers, et dont le sommet est couronné d’yeuses , de lièges

et de pins? Chaque localité ne prendelle pas elle-même avec la saison un aspect différent? Lorsqu’elles sont dépouillées de leur moisson , les campagnes si fertiles de la Manche ne présentent plus à l’œil du voyageur qu’une terre nue, blandie et poumeuse. Chaque province a son caractère particulier.

Dans les plaines des deux Castilles, on chercherait en vain à reposer son regard sur un arbre; on n’y trouve as un rameau de verdure, pas un uisson, pas un abri contre les ardeurs du soleil. Quelquefois au milieu du village, auprès de l’église, il existe un orme, un noyer; mais c’est le seul arbre des environs. Il ne faut pas croire pour cela qu’on doive attribuer au sol ou bien au climat cette complète absence d’ombrage. On voit dans le livre de vénerie d’Alphonse XI, qu’il existait autrefois dans ces plaines si nues, si dépouillées, des bois où il chassait l’ours et le sanglier. On pourrait donc, à force de soins, repeupler le terrain d’arbres qui lui renuraient un peu de fraîcheur, et accroîtraient encore sa fertilité. A Aranjuez, où l’on a utilisé l’eau du Tage pour arroser les dépendances de la résidence royale, on trouve des arbres d’une dimension colossale: des ormes, des platanes, des cèdres que plusieurs hommes auraient peine à embrasser. Mais les habitants ne veulent pas en planter, parce que, disent-ils, l’ombre fait pousser rherbe, augmente la quantité des tiges, en même temps qu’elle empêche les épis de mûrir. Enfin ils sont persuadés que les arbres ne servent qu’à multi-

f)lier les oiseaux qui viennent manger eur grain. Ne suffit-il pas d’énoncer ces motifs pour en reconnaître toute l’absurdité? Le royaume de Valence est couvert d’arbres , et cependant il n’a , pour la fertilité , rien a envier à la Castille, et le nombre des oiseaux n’y est pas plus considérable que dans ce pays.

Si quelques gouttes de pluie ont mouillé ces plaines arides , les rayons du soleil, qui ne rencontrent aucun obstacle, pénètrent profondément la

terre, et tarissent bientôt cette bienfaisante bunniditc. La rosée du matin, qui est sur cette terre plus abondante que dans les royaumes d'Andalousie, s^évapore cependant dès le point du jour. Les vents qui courent sur cette surface embrasée brûlent et dessèchent tout. Pour se faire une idée de cette chaleur dévorante, il faut, par le milieu du jour, avoir traversé cette ardente fournaise. Pendant la guerre de 1808, lorsque nos vieux soldats, si endurcis à la fatigue , étaient forcés de Voyager dans la Castille , il leur est souvent arrivé d’avoir la peau havie et les lèvres couvertes d’ampoules avant d'atteindre leur étape. Cependant l’eau s’y trouve à peu de profondeur : quelquefois à moins de deux deux pieds. La grande quantité d’hlèble et de bardâne qui pousse dans Iss champs en atteste la proximité. Des arbres viendraient donc facilement; mais pour en garnir le pays , il faudrait d’abord vaincre l’entêtement des cultivateurs; et, selon toutes les probabilités, la Castille restera longtemps telle qu’elle est aujourd’hui ; car, s’il ne faut que quelques années pour faire croître des bois, il faut des siècles pour déraciner un préjugé. D’ailleurs, le caractère insouciant des Castillans viendrait augmenter les obstacles. Vivant au jour le jour, ne s’embarrassant pas du lendemain , ils sont actifs, intelligents pour tout ce qui doit leur procurer un bénéflœ , un bien-être présent, actuel; mais ils ne veulent pas songer à l’avenir. Aussi un de leurs proverbes dit-il : Qui a vu le jour de demain? Quien ha visto manana? Pourquoi , se demandent-ils , pourquoi faire des plantations dont nous ne devons pas jouir?

La nature des guerres qui ont pendant si longtemps désolé fa Péninsule peut expliquer comment , en de certaines parties, elle $e trouve tellement dégarnie d'ombrage. Quand les Maures et les Espagnols entraient en campagne, c’était toujours en coupant les arbres, en incendiant les propriétés, en enlevant les troupeaux. C’est la même guerre de sauvages que les

Arabes nous font aujourd’hui dans l’Algérie. Ils entraient sur la terre ennemie , disent naïvement les vieux chroniqueurs, pour couper, brûler et voler : par talar, quemar y robar la tierra. Cette lutte de dévastation , continuée pendant huit cents ans, a détruit les arbres. Les conquérants ont trouvé la terre dépouillée. Dans leur esprit d'insouciance, ils l’ont presque partout conservée telle qu’elle était. Chaque génération l'a transmise à la génération suivante, sans arbres et telle qu’elle l’avait reçue de ses pères. Cependant, malgré son aridité, ta Castille est fertile ; on ne labours qu’à peu de profondeur. On ne fait, pour ainsi dire , qu’égratigner le ter-, rain. On y jette la semence sans précaution, et lorsqu’elle est poussée, les Galiciens viennent faire la moisson.

Le pays basque, c’est-à-dire, celui qui se trouve au pied de la partie occidentale des Pyrénées, a un aspect tout différent : a l’exception des terres qu’on laboure et du sommet des collines, qui se compose seulement de rochers pelés , tout le surplus est couvert de taillis de chênes, d’arbousiers, de tilleuls et de bruyère à feuille de myrte. Dans les endroits où la terre est moins profonde , on trouve de la bruyère ordinaire qui fournit pour les forges un combustible excellent. Le pays contient une grande quantité de châtaigniers , de poiriers et de cerisiers. Les pommes y sont en abondance, on en fait un assez bon cidre.

Les environs de Bilbao sont cultivés en jardins maraîchers qui produisent de superbes légumes.

Les raisins de la Biscaye sont beaux , ils ont la peau tendre; 'mais , soit que les Pyrénées , [en arrêtant les vapeurs de la mer , rendent le pays trop hu- 'rnide , et que les vif;nes ne puissent y atteindre une parfaite maturité , soit que le sol ne convienne pas à leur culture, le vin qu’elles produisent est âpre, aigre et sans substance. On l’appelle dans le pays du chacoli. C’est le vin de Surêne , le vin de Bric de la Péninsule.

La manière dont les Basques !«■

L’UNIVERS

bourent la terre est assez curieuse. La culture à la charrue serait souvent très-difficile dans les terrains en pente. Il est des plateaux où un cheval ne pourrait que difficilement parvenir.

Ils ont donc un outil particulier auquel ils donnent le nom de laya. Ils employent le verbe layar pour exprimer l’action de s’en servir. C’est une espèce de fourche qui a deux dents de fer droites, parallèles et séparées d’environ seize centimètres. Cet instrument offre cette particularité , que le manche n’est pas placé au milieu de la traverse qui réunit une dent à l’autre, mais au-dessus de l'une d’elles , en sorte que la laya ressemble à un trident dont une des dents latérales aurait été supprimée. Pour labourer, il faut toujours que plusieurs ouvriers travaillent ensemble ; un seul irait lentement et ferait de mauvaise besogne. Chacun tient deux layas ; une de chaque main.

Les travailleurs se rangent en file , enfoncent en terre devant eux leurs deux outils ; puis , pour les faire pénétrer plus profonuément , ils montent sur les deux traverses comme sur deséchasses; ensuite, agitant en avant et en arrière le manche de ces espèces de fourches , ils enlèvent une motte de terre qu’ils jettent devant eux en la retournant. Cette opération se fait assez vite, et souvent avec tant de précision , que les sillons qu’elle forme sont aussi droits que s’ils eussent été tracés par la charrue. Un autre ouvrier qui suit les premiers coupe les grosses racines des plantes -, ensuite on casse les mottes à coups de hoyau.

On trouve dans l’ Aragon, le long de l’Èbre , des campagnes bien cultivées.

Le canal impérial, commencé par Charles V , permet d’arroser les terres.

Celles qui peuvent recevoir le bienfait de l’irription sont très-fécondes, aussi a-t-on donné à la capitale de cette province le surnom de la rassasiée. On dit : Saragoza la harta. On y trouve aussi de beaux champs d’oliviers, qui seraient beaucoup plus productifs si les habitants savaient mieux tirer parti de cette richesse ; mais , soit incurie , toit impuissance , ils ne font que de

mauvaise huile. Au moment de la ré' coite , ils amassent les olives à terre par monceaux , et les abandonnent ainsi sans autre soin , jusqu’au moment où ils pourront les porter au pressoir. Celles qui sont au centre du tas , pressées par le poids des autres , s’écrasent; l’huile qui en découle sur la terre ne tarde pas à rancir; elle communique aux autres fruits un goût détestable, et l’huile, qui devrait être excellente , ne vaut absolument rien.

Au reste, ce n’est pas aux cultivateurs des bords de l’Èore seuls qu’il faut adresser ce reproche, mais à tous ceux de l’Espagne. On a beau leur répéter qu’ils devraient prendre plus de précautions , ils aiment leur huile telle qu’ils la font ; et si par hasard il leur arrive d’en obtenir qui ne soit pas corrompue , qu’on puisse manger sans être forcé de se boucher le nez et sans u’elle vous prenne à la gorge : Oh !

isent-ils avec dédain, elle ne sent rien ; elle est bonne pour des Français.

Les vins de l’Aragon , sans valoir ceux de la Manche ou du midi de la Péninsule, ne sont pas à dédaigner.

La contrée la plus riche de l’Espagne est incontestablement celle qui s’étend au bord de la Méditerranée, depuis le pied des Pyrénées jusqu’à l’embouchure de l’Èbre , c’est la Catalogne ; non pas que la nature l’ait avantagée plus que les autres , mais ses habitants sont actifs , industrieux , persévérants. Donnez-leur un rpcher, ils sauront le convertir en un coteau fertile : ils y feront la terre, la porteront par bottées , par pelletées s'il le faut ; ils la retiendront en l’entourant de pierres , et bientôt iis l’auront fécondée. Us cultivent beaucoup de noisetiers sur les hauteurs qui bordent la Méditerranée. Au pied de ces arbustes, et quand la noisette est nouée , ils sèment des pois ou d’autres plantes grimpantes , puis des choux ou quelque racine qui pivote ; la même terre leur donne ainsi trois récoltes : les avelines , dont ils font un assez grand commerce , les légumes qui ont ombragé de leur feuillage le pied de l’ar-

buste, les pois ou les haricots aux* quels ses branches ont servi de rames.

Ce n’est pas tout encore ; il n’est pas jusqu’au Lois qu’on en retire qui ne soit un avantageux produit. On brdle beaucoup de vin en Aragon et en Catalogne. Pour exporter les esprits , il faut une grande quantité de tonneaux.

On apporte du Nord les douves toutes préparées , mais on n’apporte rien pour les cercler, et le noisetier fait des cerceaux excellents.

La réglisse est un arbrisseau à fleurs légumineuses qui couvre des plaines entières. Comme ses racines s’étendent beaucoup et sont trés-difUciles à détruire, on la regarde comme une mauvaise herbe. Cependant on la récolte, et dans quelques endroits on en extrait le suc. Les manufactures de réglisse de la Catalogne peuvent rivaliser avec celles de la Calabre.

Ensuivant vers le sud-ouest le bord de la AJéditerranée , vous entrez dans le pays des Ëdétains,qui faisait partie de la Celtibérie. C’est aujourd'hui le royaume de Valence. Vous y retrouvez un grand système d’irrigation : c’est ce qu’on appelle en Espagne un jardinage, une huerta.

. « La huerta (*) de Valence propre- « ment dite occupe un espace d'un peu « plus de trois lieues carrées; elle a la « forme d’un triangle qui aurait la mer » pour base... Ce sont les Arabes qui <> ont doté Valence du système d’irri- « cation , qui subsiste encore tel qu’ils K l’ont établi. Les eaux du Turia ou « Guadalaviar, qui se jette dans la mer « un peu au-dessous de Valence, ont « été soutenues par une digue à deux <• lieues environ de son embouchure; et « sept coupures principales, dont trois « sur une rive et quatre sur l’autre, « vont distribuer dans la plaine ces « eaux qui s’étendent en éventail et « fertilisent toute la huerta contenue « et comme embrassée entre leurs deux « branches extérieures. Maintenant, « sur chacune de ces sept artères prin- « cipales le même système est répété

(*) Lcllres sur l'Espagne par Ad. Gueroiiit, Paris, i83g.

2* I.wraimn. (EsPAG^F..)

«en petit, et une multitude innom- « branle de veines secondaires viennent « prendre l’eau et la porter au plus « humble carré de terre caché au centre « de la plaine. Ce système, dont l’idée « est fort simple, offrait néanmoins « dans l'exécution une complication « dont les difficultés n’ont pu être « résolues que par la prévoyance la R plus ingénieuse. Une de ces diffi- « cultés se trouvait dans la nécessité « d’observer partout une telle gradua- « tion de niveau que tous les terrains ■ sans exception pussent jouir à leur « tour des bienfaits de l’irrigation. Or,

« la plaine, bien qu’assez égale, ne

< présentait pas cependant ce nivelle- « ment parfait et géométrique. On y a « suppléé par de petits canaux et des « ponts-aqueducs. En se promenant « dans la plaine, on voit à chaque « instant de petits canaux qui passent « sur les grands, et je ne sais combien « d’aqueducs en miniature construits « les uns sur les autres pour porter à « quelques perches de terre un volume « a’eau trois fois gros comme la cuisse. «Ailleurs, vous voyez au milieu d’un « terrain tout plat le chemin s’élever « tout à coup de quatre pieds, et vous « obliger de suspendre pendant douze • pas le trot de votre cheval. C’est un « aqueduc souterrain qui passe par là.

« Tout ce travail est peu apparent; la « plupart du temps fl se cache sous « terre, mais il est plein de détails et « de prévoyance. Une autre difficulté, « c’était de répartir les eaux équita- « blement, et que chacun pût en jouir «à son tour; car pour faire monter « les eaux d’une acequia (c’est le nom « des canaux) , il faut presque mettre « les autres à sec. Après le travail de « l’ingénieur venait uonc le travail de « l’administrateur et du légiste. Ce « travail a été paiement fait par les « Arabes et subsiste encore. A chacune « des sept branches mères correspond «un jour de la semaine; ce jour-ln,

< elle emprunte l’eau de ses voisines

■ pour élever les siennes au niveau

■ voulu; le tout, bien entendu, à « charge de revanche. Ce jour-là , tous « les petits filets qui s’alimentent des

L’UISIVERS.

« eaux de la grosse artère sont égale- « ment ouverts; mais comme leur « nombre est immense, et qu’en ve- > nant la sucer tous à la fois, » les eaux ne pourraient se maintenir à la hauteur nécessaire, et se précipiteraient tout à coup vers les fonds inférieurs qui seraient novés, tandis que les champs su^riéurs jouiraient à peine du bienfait de l’irrigation, on oommence par ouvrir ceux dont le niveau est le plus élevé. « Cha- « cun d’eux a son heure dans la jour- « née , comme la branche mère a son « jour dans la semaine... Quand cette « heure arrive, un des colons intéressés '< défait en trois coups de pioche la « digue de gazon qui forme sa rigole; « l’eau monte, et à mesure qtPelle « vient à passer devant chaque pièce «de terre, le colon, qui l'attend la «pioche à la main, lui donne accès « par le même proche ; alors la terre n est submergee et couverte de plu- « sieurs pouces d’eau pendant un temps « déterminé. Le lendemain , les choses « se passent de la même manière dans « une autre partie de la huerta , et au « bout de la semaine toute la campagne « a été imprégnée à son tour de ces « eaux fécondantes.

« Quelquefois il arrive qu’un pro- « priétaire impatient devance l’Iieure « prescrite, et donne par-ci par-là pen- « dant la semaine un coup de pioche « dan.» sa digue, au préjudice de son « voisin. De là des procès. » On comprend que s'il fallait instruire une procédure pour chacune des diflicultés auxquelles donne lieu la répartition des eaux , pendant que les gens de loi feraient des écritures l’eau coulerait.

Telle propriété privée de l’arrosage serait nrdlée par le soleil; telle autre serait noyée, et toutes perdraient leur récolte. Aussi dans tons les pays d’irrigation a-t-on établi en Espagne des magistrats connus sous le nom de alcaldêt de aguas, juges des eaux.

Tous les jeudis, à la porte de la cathédrale, on plaide devant Valcaldede agvn» les procès qui se sont élevés pendant le cours de la semaine et que Ce magistrat n’a pas encore terminés;

car le plus souvent, comme il y a urgence, il n’attend pas même ce jour pour vider la difficulté. Aussitêt qu’il reçoit la plainte, pendant que la cause de la discussion est encore flarante, il se transporte sur les lieux, écide sans désemparer, et sa sentence purement orale est exécutoire à l’instant même, sans opposition et sans appel. Afin que nulle procédure ne vienne ralentir cette justice expéditive , la législation qui institue les alcalde» de aguas leur interdit de se servir dans leurs fonctions de papier, d'encre et de plumes.

Indépendamment de ce mode d’arrosage, les propriétés, qui aux environs de Valence sont excessivement divisées, ont presque toutes des puits avec des norias. Dans un pays où ni l’eau ni la chaleur ne manquent jamais, on comprend que la fertilité doit être extrême; aussi la terre ne s’y repose pas, et donne jusqu'à trois récoltes et demie par année.

Il y a dans les environs de Valence des terrains qui restent presque constamment submergés, ce sont des rizières. Le riz qu’elles produisent n’est ni si gros ni si blanc que celui du Levant, mais il lui est préférable en ce qu’il ne contracte jamais d’âcreté.

La culture du mûrier blanc occupe à Valence une grande partie des terrains arrosés. Pour semer ces arbres, les cultivateurs se servent d’un procédé bien simple. Ils frottent avec des fruits qui ont atteint une parfaite maturité une corde grossière à laquelle s’attachent les graines; ils enterrent ensuite cette corde à une profondeur de deux pouces dans un sol léger.

Quand les arbres lèvent , on arrache le plant pour le repiquer beaucoup plus espacé. On le laisse dans la pépinière pendant deux ou trois ans. Après ce temps, on lève de nouveau les jeunes arbres pour les placer où ils doivent rester.

Les Valenciens émondent leurs mûriers tous les deux ans. Ils prétendent que cela rend la feuille plus tendre, et que si leur soie est plus fine que celle de Murcie, c’est parce que, dans

leroyaumedeMurcie , on ne les émonde que la troisième année ; cependant la soie la plus belle est incontestablement celle de Grenade, où l’on ne taille Ja* mais les branches. Mais il est juste d’ajouter que les mûriers de Grenade sont noi rs , tandis oue ceux de Valence et de Murcie sont blancs.

Il faut de f;rands soins pour élever les vers à soie ; et ce n’est pas ici la place de décrire toutes les précautions ue leur éducation exige. Mais, pour onner une idée de l'attention exces-* sive que cet objet réclame. Antonio Moralès va jusqu’à dire qu’on doit leur faire de la musique pendant qu'ils dorment, afin que des bruits fâcheux ne viennent pas troubler leur sommeil.

Je ne sais pas si, dans leurs magnaneries modèles, MM. Darcet et Camille Beauvais ont jugé nécessaire d’avoir recours à ce moyen d’hygiène.

Il y a des oliviers dans presque toute l’Espagne.^ On en trouve donc dans le royaume de Valence; mais, en général, cet arbre aime les endroits secs. Ceux qui viennent dans des terrains humides ^oduisent de moins bons fruits.

Les collines des environs de Valence Sont couvertes de caroubiers. La sillque que produit cet arbre est d’uné saveur douce et sucrée, en sorte que quelques personnes la mangent; mais, en général , elle est réservée, dans tout le midi de l’Espagne, pour la nourriture des chevaux et des bestiaux.

Dans les romans, au moins dand’ceux de la vieille école , on ne parle pas de l’Espagne sans vous entretenir de ses bois d’orangers. Sans doute ces bosquets embaumés ne sont pas tout à fait une fiction; on en trouve quelquesuns, mais ils ne sont pas très -communs. Il existait, il y a un demi-siècle, des bosquets d’orangers dans les Asturies et dans la Galice; ils fournissaient la plupart des oranges qu'on expédiait pour la France ou pour l’Angleterre. Mais, depuis qu’on en a beaucoup planté en Portugal , ceux de la Galice et des Asturies ont été remplacés par des champs de pommiers ; et la consommation du cidre s’est beancoup accrue dans ces deux provinces.

L’oranger, qui vient librement en pleine terre, est un arbre magnifique, presque toujours chargé en meme temps de fleurs, de fruits verts et de pommes dorées; il s'élance dans les airs comme une fraîche pyramide de verdure. Il n’a aucune analogie avec ces arbrisseaux rabougris qu’on mutile dans nos serres pour leur faire prendre la figure disgracieuse d’une boule. Par quel travers d’esprit se donne-t-on tant de mal pour gâter ce qui est bienf Comment se fait-il que nos horticulteurs S’obstinent à tailler en sphèré eet arbre que la nature a créé d’une fbrme conique ?

La même terre qui produit l’oranger voit aussi le palmier balancer dans les airs sa cime élégante. Cependant , quoique cet enfant de l’Afrique y pousse grand et vigoureux , ses fruits n’y viennent guère plus gros qu’une olive.

Ils sont bien loin de valoir les dattes de Barbarie , que les Maures de Tanger colportent dans les villes du midi de l’Espagne , où l’on ne saurait traverser une place publique sans les entendre crier, avec leur vOix accentuée : Christiano, quieresdatüei? Chrétien, veux-tu des dates? Malgré cela, on cultive le palmier, et on en voit beauéoup dans les environs d’Elche , ville du duché d’Arcos , au royaume de Valence. On lie et on entoure quelquesunes de Ses branches avec de là paille, ou plutdt avec un jonc appelé sparte.

Ainsi à l’abri du soleil, elles jaunissent comme les cardons ; c’est dans cet état u’on les vend dans toutes les églises 'Espagne, pour célébrer le dimanche des Rameaux.

Passer du dattier au palmiste , c’est aller du géant au nain. Le palmiste, phemix humitis , en casti I tan palniUo , en Valencien datilt de rabosa, dattiers de renard, ou bien encore margallons et margallonera , est une plante qui s’élève seulement à deux pieds de terre; elle vient naturellement dans presque tous les terrains.

11 existe, auprès de Valence, une plaine dans laquelle 6n en voit une si grande quantité , qu’on l’a nommée le désert des palmistes. On mange nne partie de

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